Égypte, Il faut accorder réparation à un une famille victime de disparition forcée

Egypte Disparition forcée

Les autorités égyptiennes doivent mener dans les meilleurs délais une enquête efficace et indépendante sur la disparition forcée pendant près de deux ans d’une jeune mère et de son bambin, ainsi que sur la disparition forcée dont est encore victime son époux, le père de l’enfant.

Elles doivent libérer immédiatement la mère, placée abusivement en détention provisoire, et garantir le droit de cette famille à des recours adéquats et à des réparations proportionnelles à la gravité des violations et des préjudices subis.

« Le bilan des autorités égyptiennes en matière de disparitions forcées et d’actes de torture infligés aux personnes considérées comme des opposants ou des détracteurs du gouvernement est bien sombre, et ce n’est pas nouveau. Cependant, arrêter une jeune mère et son bébé d’un an et les confiner dans une pièce pendant 23 mois, en les soustrayant à la protection garantie par la loi et sans aucun contact avec le monde extérieur, démontre que leur campagne visant à éradiquer toute dissidence et à instiller la peur est montée d’un cran dans la brutalité, a déclaré Philip Luther, directeur des recherches et des actions de plaidoyer du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International.

« Ces actes inexcusables bafouent les obligations qui incombent à l’Égypte en termes de droits humains, notamment l’interdiction absolue de la torture et des mauvais traitements et des disparitions forcées, et constituent des crimes au regard du droit international. Il faut mener sans délai des investigations indépendantes et efficaces, en vue de traduire les responsables présumés en justice dans le cadre d’une procédure équitable et de garantir des réparations pleines et entières aux victimes. » 

« Le bilan des autorités égyptiennes en matière de disparitions forcées et d’actes de torture infligés aux personnes considérées comme des opposants ou des détracteurs du gouvernement est bien sombre »

Les agents de l’Agence de sécurité nationale ont interpellé la professeure d’université Manar Adel Abu el Naga, 27 ans, son époux Omar Abdelhamid Abu el Naga, 27 ans, et leur garçonnet d’un an, al Baraa, à leur domicile à Alexandrie, le 9 mars 2019. Leurs proches inquiets et leurs avocats ont passé les deux dernières années à tenter en vain de les localiser. Malgré la décision d’un tribunal administratif en juillet 2019 ordonnant au ministère de l’Intérieur de révéler le lieu où ils se trouvaient, le ministère a nié leur détention à plusieurs reprises.

Le 20 février 2021, Manar Adel Abu el Naga a comparu devant le service du procureur général de la sûreté de l’État, une section spéciale du parquet qui est chargée d’enquêter sur les infractions liées à la sécurité nationale, et a été interrogée au sujet de son « appartenance à un groupe terroriste » et du « financement d’un groupe terroriste », accusations qu’elle réfute.

Conformément à la pratique de l’Agence de sécurité nationale dans d’autres cas de disparitions forcées recensées par Amnesty International, les forces de sécurité ont falsifié la date de son arrestation et ont fait pression sur elle pour qu’elle affirme avoir été arrêtée deux jours avant sa comparution devant le service du procureur général de la sûreté de l’État. Depuis son lieu de captivité, elle a été conduite directement au bureau du procureur, accompagnée par des policiers. Un avocat présent dans ces locaux a assisté à son interrogatoire, mais n’a pas été autorisé à s’entretenir avec elle ni à consulter son dossier. Le parquet a ordonné son maintien en détention pendant 15 jours dans l’attente d’un complément d’enquête. Selon des avocats et d’autres sources bien informées, les accusations portées contre elle reposent sur les investigations secrètes menées par l’Agence de sécurité nationale et sur deux notes manuscrites dont elle nie être l’auteure.

Manar Adel Abu el Naga a été transférée à la prison pour femmes d’Al Qanater et n’a pas été autorisée à communiquer avec sa famille pour l’instant.

Son fils, al Baraa, qui a bientôt trois ans, a été confié à sa famille, qu’il n’a pas vue depuis près de deux ans. Les personnes qui l’ont rencontré disent qu’il souffre d’une forte anxiété, de l’angoisse de la séparation et qu’il a besoin d’urgence d’une rééducation physique et psychologique. Il n’avait semble-t-il pas pris de bain depuis longtemps et ne cessait de répéter : « Je veux retourner dans la pièce », en faisant référence à la pièce où il était retenu prisonnier.

« Les autorités égyptiennes allongent la liste des violations infligées à Manar Adel Abu el Naga et à sa famille en la séparant de son enfant traumatisé et en la privant de ses droits élémentaires à une procédure régulière »

Sur sa page Facebook, l’oncle de l’enfant dénonce [1] l’impact dévastateur de sa disparition forcée sur sa santé mentale : « Un enfant qui ne connaît pas sa famille et a peur d’eux… Il a l’habitude de ne voir que des gens en uniforme. »

« Les autorités égyptiennes allongent la liste des violations infligées à Manar Adel Abu el Naga et à sa famille en la séparant de son enfant traumatisé et en la privant de ses droits élémentaires à une procédure régulière », a déclaré Philip Luther.

Au regard de l’utilisation abusive de la détention provisoire afin d’incarcérer des milliers d’hommes et de femmes pour des accusations infondées de terrorisme pendant des mois, voire des années, et au regard des terribles circonstances qui entourent la disparition forcée de sa famille, Amnesty International demande la libération immédiate de Mana Adel Abu el Naga. Toute déclaration faite durant sa disparition forcée doit être exclue des poursuites judiciaires intentées contre elle.

Le père de l’enfant, Omar Abdelhamid Abu el Naga, est toujours victime d’une disparition forcée, ce qui suscite des craintes pour sa vie et sa sécurité. Les autorités doivent révéler la vérité sur son sort et indiquer où il se trouve.

Les recherches menées par Amnesty International ces huit dernières années montrent que les forces de sécurité, et particulièrement l’Agence de sécurité nationale (NSA), font régulièrement « disparaître » des opposants et détracteurs réels ou présumés pendant des jours, des mois, parfois des années. Durant cette période, ils sont soumis à des actes de torture et des mauvais traitements, puis généralement contraints de confirmer les allégations de la NSA devant le service du procureur général de la sûreté de l’État, qui s’abstient systématiquement d’enquêter sur les accusations de disparitions forcées ou d’actes de torture visant des agents de la NSA.

« Ces violations choquantes commises par les forces de sécurité illustrent les effets dévastateurs du climat d’impunité qui règne en Égypte. Elles révèlent de façon criante la nécessité pour la communauté internationale d’agir de manière coordonnée, en appuyant la création d’un mécanisme de surveillance et de compte-rendu sur l’Égypte au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, a déclaré Philip Luther.

« En l’absence d’action internationale, les forces de sécurité se sentiront libres de continuer de commettre des violations des droits humains et des crimes de droit international, détruisant des familles entières dans leur sillage. »

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