Égypte, il faut libérer neuf coptes détenus pour avoir voulu rebâtir une église

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Les autorités égyptiennes doivent libérer immédiatement neuf chrétiens coptes, arrêtés arbitrairement après avoir manifesté pacifiquement pour dénoncer le fait que les autorités refusaient la reconstruction d’une église détruite par un incendie il y a plus de cinq ans, a déclaré Amnesty International ce mercredi 30 mars.

Le 30 janvier 2022, les forces de sécurité égyptiennes ont arrêté neuf habitants coptes du village d’Ezbet Farag Allah, dans le gouvernorat d’El Minya, et les ont placés en détention sur la base de charges liées à la manifestation. Ces villageois apparaissaient dans une vidéo mise en ligne une semaine plus tôt, le 22 janvier [1], dans laquelle ils manifestaient pacifiquement pour dénoncer le fait que les autorités refusaient la reconstruction de leur église, seul lieu de culte copte du village.

« Cela fait plusieurs années que les autorités égyptiennes ignorent les appels qui leur sont adressés en vue de la reconstruction de cette église, privant ainsi quelque 800 coptes de lieu de culte dans leur village. Aujourd’hui, cherchant de manière éhontée à étouffer ces appels, elles arrêtent des villageois arbitrairement, répriment des manifestations pacifiques et retiennent des charges grotesques contre les personnes qui osent dénoncer la situation », a déclaré said Philip Luther, directeur de la recherche et du plaidoyer pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International.

« Les coptes d’Égypte doivent se voir reconnaître le droit de pratiquer collectivement leur religion. Depuis trop longtemps, leur liberté religieuse est entravée par des lois et des pratiques discriminatoires, qui restreignent indument la construction et la rénovation d’églises et laissent toute latitude aux gouverneurs et aux forces de sécurité pour prendre les décisions quant aux réparations d’églises. »

Des villageois détenus dans des conditions s’apparentant à une disparition forcée

En 2016, l’église de Saint-Joseph et Abu Sefein a pris feu dans des circonstances suspectes. Selon un avocat, ces circonstances n’ont jamais donné lieu à une enquête en bonne et due forme. Depuis lors, les villageois sont contraints de se rendre dans des villages avoisinants pour pratiquer leur religion.

L’église a finalement été démolie en juillet 2021, puis une demande officielle de reconstruction a été déposée. Bien que l’église ait obtenu un statut officiel sur décision du gouvernement en 2011 [2], le gouverneur d’El Minya n’a donné aucune suite à cette demande à ce jour, alors qu’une loi de 2016 relative à la construction des églises dispose qu’une réponse doit être apportée dans un délai de quatre mois.

Le 22 janvier, un petit groupe d’habitants du village a organisé une manifestation pacifique dans le diocèse orthodoxe copte de Samalut, à El Minya. Une semaine plus tard, neuf manifestants ont été arrêtés et détenus au secret pendant au moins 48 heures à El Minya, dans un établissement relevant de l’Agence de sécurité nationale. Les yeux bandés, menottes aux poignets, ils ont été interrogés en l’absence d’avocats, sans qu’aucune information sur leur situation soit communiquée aux familles. Ces conditions de détention s’apparentent à une disparition forcée.

Des membres de l’Agence de sécurité nationale ont interrogé les détenus sur leur participation à la manifestation et leur ont demandé de révéler l’identité des personnes qui avaient appelé à cette action de protestation, filmé l’événement et mis les images en ligne. Les 2 et 3 février, les villageois ont été conduits au service du procureur général de la sûreté de l’État, où des procureurs les ont également questionnés sur leur participation à la manifestation et ont ordonné leur placement en détention provisoire. Ils sont maintenus en détention dans l’attente des résultats d’une enquête pour « participation à un rassemblement » et pour des charges infondées ayant trait au « terrorisme », uniquement pour avoir participé à une manifestation pacifique.

Discrimination envers les Chrétiens

Alors que les autorités égyptiennes présentent la Loi n° 80 de 2016 relative à la construction et à la rénovation des églises comme une avancée pour les droits des Chrétiens en Égypte, ce texte, dans les faits, est fréquemment utilisé pour empêcher les Chrétiens de pratiquer leur foi en limitant leur droit de construire ou de réparer des églises, y compris celles endommagées lors d’attaques interconfessionnelles. La procédure à suivre pour obtenir une autorisation de travaux est longue, complexe et opaque. La loi permet aux gouverneurs non seulement de refuser des permis de construction pour les églises, mais aussi de dénier aux demandeurs le droit de faire appel.

D’après l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR), une organisation égyptienne indépendante de défense des droits humains, moins de 40 % des demandes de construction ou de réparation d’églises ont obtenu une approbation conditionnelle depuis l’entrée en vigueur de cette loi, et 20 % seulement des demandes ont bénéficié d’une validation définitive.

« L’exercice du droit à la liberté de religion ne doit jamais être restreint pour des motifs discriminatoires »

Selon un chercheur spécialiste de la question, si les autorités acceptent sans trop de difficultés la construction de nouvelles églises dans les zones prospères, elles s’opposent souvent à la construction ou à la rénovation de petites églises dans les zones rurales défavorisées et les quartiers informels urbains.

Depuis 2016, les pouvoirs publics ont fermé au moins 25 églises pour « absence de statut officiel » ou parce qu’ils souhaitaient éviter des tensions interconfessionnelles, selon l’EIPR. En 2017, les forces de sécurité ont invoqué des « questions de sécurité » après avoir empêché des dizaines de coptes de prier dans une maison du village d’Alforn, à El Minya, et en 2019, elles ont fermé l’église de Naga al Ghafir, à Sohâg.

« L’exercice du droit à la liberté de religion ne doit jamais être restreint pour des motifs discriminatoires, y compris la confession des personnes, leur situation économique ou le lieu où elles se trouvent. Les autorités égyptiennes doivent abroger immédiatement la loi discriminatoire sur les églises et la remplacer par une loi garantissant à toute personne le droit à la liberté de religion, sans imposer de conditions ni d’obstacles supplémentaires aux minorités religieuses », a déclaré Philip Luther.

Complément d’information

Depuis 2013, les autorités égyptiennes s’abstiennent non seulement de protéger les coptes [3] contre les attaques interconfessionnelles répétées à leur encontre, mais aussi de traduire en justice les reponsables présumés de ces violences. À la place, elles font pression sur les membres des communautés coptes pour qu’ils s’en remettent uniquement aux systèmes coutumiers de « réconciliation » et acceptent des règlements à l’amiable approuvés par les autorités locales et les dirigeants religieux.

L’EIPR a recensé au moins 36 cas de violences contre des communautés coptes entre 2016 et 2019. La plupart des attaques interconfessionnelles signalées ont lieu en Haute-Égypte, à El Minya. Ce gouvernorat, où vit une vaste communauté chrétienne, est aussi l’un des plus pauvres du pays. Bien souvent, les violences sont déclenchées par des différends liés à la construction ou à la rénovation de lieux de culte chrétiens.

L’islam est la religion d’État, en vertu de la Constitution égyptienne, qui garantit aux Chrétiens le droit à la liberté de religion.

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