Communiqué de presse

Egypte. Il faut enquêter sur les agressions dont sont victimes les manifestantes

Les autorités égyptiennes doivent sans délai enquêter sur les allégations faisant état de harcèlement sexuel et d’agressions sexuelles contre des manifestantes lors d’un rassemblement au Caire, a déclaré Amnesty International lundi 11 juin.

Un groupe de militantes réclamant que cesse le harcèlement sexuel dont sont victimes les manifestantes auraient été tripotées et frappées par une foule d’hommes, alors qu’elles défilaient sur la place Tahrir vendredi 8 juin.

Cette agression s’est déroulée dans un contexte où l’on signale de plus en plus d’actes de harcèlement sexuel contre les manifestantes en Égypte.

« Ces femmes, qui se sont dressées pour réclamer que cesse le harcèlement sexuel, ont été la proie d’actes d’intimidation et d’agressions sexuelles, s’est indignée Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International.

« Durant le mouvement de protestation de 2011, la place Tahrir était un lieu où les femmes se trouvaient sur un pied d’égalité avec les hommes pour revendiquer leur liberté. Aujourd’hui, c’est une place où on isole les femmes pour mieux les harceler sexuellement.

Ces agressions doivent sans délai faire l’objet d’enquêtes et les responsables présumés doivent être amenés à rendre des comptes. Le fait d’enquêter aurait un effet dissuasif et contribuerait à protéger les manifestantes qui exercent leur droit d’exprimer pacifiquement leurs opinions. »

Selon des militants, un groupe d’hommes a essayé de déchirer les vêtements des manifestantes et de leur voler leurs affaires. Les manifestantes, ainsi que les hommes qui les accompagnaient, ont tenté de se défendre, mais les assaillants ont insisté.

Le rassemblement, qui avait démarré pacifiquement, a dégénéré lorsque plusieurs femmes ont été agressées, lors même que des hommes avaient formé un cercle autour d’elles pour tenter de les protéger.

« Nous sentions des mains nous toucher et voler nos affaires dans nos sacs et dans nos poches. C’était le chaos, on ne pouvait plus distinguer qui était avec nous et qui était contre nous », a déclaré Lobna Darwish, l’une des organisatrices et membre de Mosireen (« Déterminés »), collectif de réalisateurs et de journalistes citoyens d’Égypte.

Des hommes venus les soutenir ont raconté à Amnesty International qu’eux aussi étaient tripotés alors qu’ils tentaient d’aider les femmes et sentaient des mains fouiller dans leurs poches pour dérober leurs affaires pendant les échauffourées.

Les manifestantes ont finalement pu s’enfuir et se mettre à l’abri, ou trouver refuge dans les bâtiments alentour, jusqu’à ce que la situation s’apaise.

Début juin déjà, des hommes en bandes se seraient livrés à des actes de harcèlement et à des agressions.

Nihal Saad Zaghloul a raconté qu’elle était en route, avec trois amis, pour rejoindre une manifestation organisée après l’annonce du verdict dans le procès de Hosni Moubarak, lorsqu’elle a été attaquée par un groupe d’hommes le 2 juin, place Tahrir. Elle a été molestée et tripotée, et son foulard a été arraché, avant que d’autres hommes ne viennent lui porter secours.

Ses deux amies ont également été agressées et touchées par des hommes qui essayaient de déchirer leurs vêtements, tandis que son ami, accouru à leur secours, était roué de coups.

Les femmes en Égypte deviennent de plus en plus la cible d’agressions de la part de groupes d’hommes, qui restent impunis, mais aussi de la part des forces de sécurité.

En décembre 2011, des manifestantes ont été frappées par les soldats qui les ont rouées de coups de pied et les ont traînées dans les rues. Les forces armées ont emmené au moins huit manifestantes dans un bâtiment du Parlement, au centre du Caire. Ils les auraient frappées à coups de bâton, tandis que certaines ont été molestées par les soldats ou menacées d’agressions sexuelles.

En mai 2012, des manifestantes arrêtées lorsque les forces armées ont dispersé de force un rassemblement contre le régime militaire auraient été frappées et harcelées sexuellement.

« Que les agressions soient commises par des foules non identifiées ou par les forces de sécurité, c’est tout aussi préjudiciable pour les femmes et leurs droits humains », a indiqué Hassiba Hadj Sahraoui.

En 2011, les attaques contre des journalistes étrangères ont mis en évidence ce fléau.

Le 11 février 2011, la journaliste de CBS Lara Logan a été frappée et agressée sexuellement par un groupe d’hommes, place Tahrir.

Le 24 novembre 2011, la journaliste de France 3 Caroline Sinz a été agressée dans une rue proche de la place Tahrir.

Recourir au harcèlement et aux agressions sexuelles contre les manifestantes était une tactique fréquemment utilisée sous le régime de l’ancien président Hosni Moubarak.

En 2005, des voyous auraient été recrutés pour attaquer des femmes journalistes qui manifestaient en faveur du boycott du référendum sur la réforme constitutionnelle.

« Les femmes doivent être libres d’exercer leurs droits à la liberté d’expression et de réunion, en toute égalité, a affirmé Hassiba Hadj Sahraoui.

« Ces formes de harcèlement sexuel, d’agressions sexuelles et d’autres mauvais traitements dont sont victimes les manifestantes visent à les intimider et à les dissuader de participer pleinement à la vie publique.

Les autorités n’ont rien fait jusqu’à présent pour enquêter sur ces agissements. Il semble que l’impunité dont jouissent ceux qui agressent les manifestantes encourage la poursuite de ces pratiques.

Le harcèlement sexuel endémique en Égypte ne cessera que si les autorités, et la société dans son ensemble, affrontent les hommes qui se comportent comme si les femmes étaient des marchandises. Il importe d’en finir avec le climat d’impunité qui prévaut, et de traduire les auteurs présumés en justice. »

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