Communiqué de presse

Égypte. Il faut libérer trois manifestantes poursuivies sur la base de charges infondées

Les autorités égyptiennes doivent libérer immédiatement et sans condition trois jeunes femmes arrêtées en novembre dernier lors d’une manifestation à l’université de Mansoura, a déclaré Amnesty International.

L’organisation estime que les autorités doivent abandonner toutes les charges retenues contre ces trois personnes, dont le procès devait s’ouvrir samedi 8 février. Si elles sont déclarées coupables, elles encourent la réclusion à perpétuité.

« L’arrestation de ces trois femmes à l’université de Mansoura fournit encore un exemple de l’intensification de la répression visant les manifestants et la libre expression en Égypte. Les charges retenues contre elles sont forgées de toutes pièces et illégitimes, car elles ont simplement fait l’exercice de leurs droits. Les autorités ont fait preuve d’un mépris éhonté pour le droit de réunion pacifique ces derniers mois, et ont essayé d’étouffer toute forme d’opposition avec une nouvelle loi restrictive sur les manifestations », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Amnesty International les considère comme des prisonnières d’opinion, incarcérées uniquement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression et de réunion. Elles ont nié toute implication dans les affrontements, ce qui a été confirmé par le service de sécurité de l’université. Il est invraisemblable qu’elles encourent désormais la réclusion à perpétuité. »

Abrar Al Anany, 18 ans, et Menatalla Moustafa, 18 ans, toutes deux étudiantes à l’université de Mansoura, et Yousra Elkhateeb, 21 ans, jeune diplômée, ont été arrêtées le 12 novembre 2013 après que des affrontements aient éclaté sur le campus entre sympathisants des Frères musulmans et opposants à ceux-ci. Elles sont depuis lors incarcérées à la prison publique de Mansoura, où elles n’ont chacune droit qu’à une visite hebdomadaire de cinq minutes de la part de leur famille.

Ces heurts, qui ont commencé lors d’une manifestation organisée par des étudiants partisans des Frères musulmans, ont duré plus de cinq heures et ont fait au moins 70 blessés. Après que les responsables de la sécurité de l’université aient tenté de prendre le contrôle de la situation, en vain, le président de l’université a demandé aux forces gouvernementales d’intervenir. Celles-ci sont alors arrivées sur le campus à bord de véhicules blindés et ont utilisé du gaz lacrymogène pour disperser les étudiants. Au moins 23 étudiants ont été appréhendés, dont ces trois jeunes femmes.

« Les étudiants impliqués dans des actes violents doivent être traités conformément au droit et aux obligations de l’Égypte en matière de droits humains. Concernant les étudiants ayant moins de 18 ans, il convient de suivre les règles de la justice pour mineurs », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui.

Le ministère de l’Intérieur n’a pas autorisé les deux jeunes filles encore étudiantes à emporter leurs manuels en prison pour étudier et elles ont été empêchées de passer leurs examens de fin de semestre.

Elles sont inculpées d’appartenance à une organisation interdite employant des méthodes « terroristes » – charge régulièrement retenues par les autorités contre les personnes soupçonnées de soutenir les Frères musulmans. Elles sont par ailleurs accusées d’avoir manifesté sans permission, en vertu de la nouvelle loi égyptienne draconienne en la matière, ainsi que de vol, d’agression sur des membres des forces de sécurité et de destruction de biens publics.

Selon certains témoins et les avocats des jeunes femmes, elles n’ont pas pris part aux affrontements. Elles avaient participé de manière pacifique à une manifestation un peu plus tôt, puis s’étaient réfugiées dans une salle de la faculté de pharmacie quand les violences ont éclaté.

Amnesty International a lu un exemplaire d’une lettre envoyée par le service de sécurité de l’université de Mansoura au parquet, qui affirme que ces jeunes femmes n’avaient pas pris part aux violences et qui demande leur libération.

« Les autorités semblent déterminées à châtier quiconque exprime une opinion allant à contre-courant, quels que soient les faits », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui.

« Les autorités égyptiennes doivent arrêter de traiter les manifestants non violents comme des délinquants. Cette répression constante à l’égard des manifestations, de la liberté d’expression et du journalisme indépendant doit cesser. »

Complément d’information

Depuis le début de l’année universitaire, en septembre 2013, les « Étudiants contre le coup d’État », un groupe militant contre le gouvernement, a manifesté à plusieurs reprises dans des universités. Des heurts ont fréquemment lieu sur les campus, voire dans les résidences universitaires.
Les affrontements à l’université de Mansoura le 12 novembre 2013 ont duré plus de cinq heures et ont fait au moins 70 blessés. Les forces de sécurité ont lancé du gaz lacrymogène depuis l’extérieur de l’établissement afin de disperser les étudiants à l’intérieur. Elles sont plus tard entrées dans l’université, après que le président de celle-ci leur ait demandé d’intervenir pour mettre fin aux violences.

Des universités de toute l’Égypte ont été le théâtre de manifestations et d’affrontements, notamment les deux plus grandes de l’agglomération cairote – l’université du Caire et celle d’Ain Shams. L’université d’Al Azhar continue à être en proie aux troubles étudiants. Au moins cinq étudiants de cette université ont été tués dans le cadre d’affrontements avec les forces de sécurité, et plus de 200 autres ont été arrêtés. Les forces de sécurité ont employé une force excessive – en particulier, une force meurtrière – pour disperser les manifestations, et dans certains cas ouvert le feu ou pénétré dans l’enceinte des universités.

Des centaines d’étudiants ont été pris pour cible par les forces de sécurité dans le cadre de manifestations et d’affrontements à travers l’Égypte. Plus de 500 étudiants ont été arrêtés lors de diverses manifestations depuis le 3 juillet 2013. Des tribunaux ont déclaré des étudiants d’al Azhar coupables dans trois affaires, les condamnant à des peines allant d’un an et demi à 17 ans de prison.

La nouvelle loi restreignant le droit de se réunir en public, promulguée par le président par intérim Adly Mansour le 24 novembre 2013, n’est pas conforme aux normes internationales. Elle accorde au ministère de l’Intérieur de vastes pouvoirs discrétionnaires concernant les manifestations, y compris sur le recours aux armes à feu contre des manifestants pacifiques. Les manifestants déclarés coupables d’avoir bafoué cette loi risquent jusqu’à cinq ans de prison et une amende de 100 000 livres égyptiennes (soit environ 10 540 euros).

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