ÉGYPTE – L’homicide brutal d’un jeune homme imputé à des policiers doit donner lieu à une enquête

ÉFAI-11 juin 2010

Amnesty International demande l’ouverture immédiate d’une enquête exhaustive et indépendante sur la mort violente de Khaled Mohammed Said, un Égyptien de 28 ans, aux mains de membres des forces de sécurité dans la ville d’Alexandrie, le dimanche 6 juin.
Des photos choquantes de la dépouille de Khaled Mohammed Said, dont le visage était méconnaissable en raison de coups que lui auraient infligés des policiers égyptiens en public, ont été mises en ligne.
«  Ces photos effroyables fournissent une preuve choquante des violations perpétrées en Égypte, à mille lieues de l’image du pays véhiculée actuellement par les dirigeants égyptiens auprès des membres du Conseil des droits de l’homme des Nations unies et de leur réticence à reconnaître ne serait-ce que quelques méfaits mineurs », a déclaré Amnesty International.
« Ces photos donnent un aperçu rare et direct du recours généralisé à la force brutale parmi les forces égyptiennes de sécurité, qui ont l’habitude d’agir dans l’impunité, sans avoir à se justifier. »
Bien que les circonstances exactes de cet homicide n’aient pas encore été totalement établies, on sait en revanche que Khaled Mohammed Said a été sauvagement battu par deux policiers en civil dans un cybercafé. Il aurait été traîné hors du café et les coups ont plu jusqu’à ce qu’il meure.
D’après un avocat du centre El Nadim pour la réadaptation des victimes de violence, les proches de Khaled Mohammed Said ont été informés de sa mort, mais n’ont pas immédiatement été autorisés à voir son corps. La police les a amenés au poste de Sidi Gaber ; sur place, il leur a été dit que Khaled Mohammed Said avait avalé un sachet de narcotiques lorsque la police l’a abordé, et qu’il était mort d’une overdose.
La famille a porté plainte auprès du parquet lundi 7 juin, mais a eu la surprise d’apprendre que la police avait déjà déposé un rapport affirmant que Khaled Mohammed Said était mort des suites d’une overdose de stupéfiants. Le parquet a depuis lors diligenté une autopsie et l’enquête se poursuit.

Amnesty International demande qu’une enquête soit menée conformément aux normes internationales en la matière, comme celles figurant parmi les Principes des Nations unies relatifs à la prévention efficace des exécutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires et aux moyens d’enquêter efficacement sur ces exécutions.
Sous couvert de l’état d’urgence, qui dure depuis 29 ans en Égypte, les atteintes perpétrées par les forces de sécurité sont fréquentes et rarement sanctionnées ; en outre, les auteurs présumés de ce type de violations ne sont déférés à la justice qu’en de très rares occasions. L’état d’urgence a été prorogé de deux années supplémentaires au début du mois, bien qu’États et groupes internationaux de défense des droits humains aient demandé avec insistance qu’il soit levé, à l’occasion de l’Examen périodique universel, aux Nations unies.

« Les autorités égyptiennes doivent réagir immédiatement et avec le plus de fermeté possible à ce passage à tabac, qui s’est soldé par la mort d’un homme. Si elles n’agissent pas, elles enverront une nouvelle fois le message que ces violations seront tolérées et que leurs auteurs ne seront pas inquiétés, a ajouté Amnesty International. Les autorités égyptiennes doivent contrôler les forces de sécurité. Elles doivent garder à l’esprit que le monde les regarde avec de plus en plus d’attention ; du fait de la présence en ligne de ces photos, il leur est impossible de se dispenser d’une enquête rigoureuse en étouffant l’affaire. »

Note aux rédacteurs

L’article 3 de la Loi égyptienne relative à l’état d’urgence est le plus préjudiciable ; il autorise les autorités à : restreindre la liberté de réunion, de mouvement, de résidence ou de passage à certaines heures et en certains lieux spécifiques ; arrêter toute personne représentant un danger pour la sécurité publique et le maintien de l’ordre et à l’incarcérer ; diligenter des fouilles corporelles et des perquisitions sans que celles-ci ne soient conformes aux dispositions du Code de procédure pénale ; et à assigner ces tâches à n’importe qui. L’ensemble de ces pouvoirs peuvent être exercés sur ordre verbal ou écrit.

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