Égypte. Les familles de ceux qui sont morts durant les manifestations doivent être protégées contre tout acte d’intimidation

Communiqué de presse

25 février 2011

Amnesty International engage les autorités égyptiennes à veiller à protéger contre tout acte d’intimidation et de représailles les familles des personnes tuées lors des récentes manifestations antigouvernementales.

Elle lance cet appel après avoir reçu des informations selon lesquelles certains membres des forces de sécurité égyptiennes ont cherché à intimider des victimes ou leurs familles au lendemain du renversement du président Hosni Moubarak, afin qu’elles renoncent à demander justice et à porter plainte contre les agissements des forces de sécurité pendant les troubles.

Amnesty International a recueilli de nombreux témoignages dénonçant des comportements similaires sous le régime du président Moubarak, lorsque les autorités égyptiennes ne faisaient rien ou presque pour y remédier.

« Les autorités égyptiennes doivent maintenant faire tout ce qui est en leur pouvoir pour protéger les citoyens et les familles qui sont en butte aux représailles des forces de sécurité, a déclaré Philip Luther, directeur adjoint du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International.

« Il est important que les Égyptiens sachent que les actes qu’ils dénoncent feront l’objet d’enquêtes et que les auteurs présumés des récentes violences comparaîtront devant les tribunaux.

« Aussi Amnesty International exhorte-t-elle les autorités égyptiennes à prendre des mesures spéciales en vue d’aider ceux qui ont besoin d’informations à établir ce qui s’est passé et qui doit être tenu pour responsable. »

Les proches de Mohamed Mostafa Abdou El Sayed, étudiant de 19 ans abattu par les forces de sécurité le 28 janvier, ont raconté à Amnesty International qu’un policier accompagné d’une bande de malfrats s’est récemment présenté à leur domicile d’El Gomrok, quartier ouvrier d’Alexandrie.

Le policier a fait pression pour qu’ils abandonnent toute démarche devant les instances judiciaires et acceptent une indemnisation financière. Il a averti la famille qu’il reviendrait pour poursuivre les « négociations ».

Les proches de Mohamed Mostafa Abdou El Sayed avaient porté plainte au commissariat d’El Anfoushi et auprès du procureur général d’Alexandrie, accusant les policiers du commissariat d’El Gomrok d’être responsables de la mort de leur fils.

Ils veulent voir comparaître en justice ceux qui ont abattu Mohamed Mostafa, et ceux qui ont ordonné aux forces de sécurité de tirer à balles réelles sur les manifestants.

Faisant fi des intimidations, la famille demeure fermement déterminée à réclamer justice. Elle a déposé plainte auprès du procureur général d’Égypte, au Caire.

« Au lieu de faire pression sur la famille de Mohamed Mostafa Abdou El Sayed, il faut lui rendre justice, a estimé Philip Luther. Les Égyptiens attendent des autorités du Caire qu’elles annoncent clairement qu’il n’y a plus lieu de craindre les menaces des forces de sécurité. »

En tant que partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), l’Égypte est tenue de garantir aux victimes d’atteintes aux droits humains un accès à la vérité, à la justice et à des réparations satisfaisantes, y compris mais pas uniquement à une indemnisation financière et à des garanties de non-répétition.


« Si les autorités égyptiennes sont réellement déterminées à mettre en œuvre une réforme dans le domaine des droits humains, elles doivent immédiatement mettre fin au règne de la peur imposé par les forces de sécurité, a indiqué Philip Luther. Il convient de traduire en actes les promesses de changement et de respecter les droits fondamentaux de tous les Égyptiens. »

Complément d’information

Des manifestations pacifiques massives se sont déroulées à Alexandrie le 28 janvier, notamment sur les places Caid Ibrahim et El Mansheya, dans le centre de la ville, sur la place El Saah à l’est, et à El Agamy, dans l’ouest d’Alexandrie. Les rassemblements ont parfois dégénéré en affrontements violents entre manifestants et forces de l’ordre, généralement après que celles-ci eurent employé la force.

La délégation d’enquête missionnée par Amnesty International, qui s’est rendue à Alexandrie du 20 au 22 février, a constaté que les forces de l’ordre avaient recouru à une force excessive, parfois meurtrière, contre les manifestants, même lorsque ceux-ci ne représentaient pas de menace imminente pour leur vie ni celle d’autrui.

Elles ont utilisé des canons à eau, des gaz lacrymogènes, des fusils, des balles en caoutchouc et des balles réelles pour disperser les rassemblements. Certains manifestants ont agi avec violence, s’attaquant à des biens publics et privés associés à la répression et à la corruption, tels que des postes de police et des bâtiments des autorités locales, et s’en prenant aussi aux membres des forces de sécurité à l’aide de pierres et, plus rarement, de cocktails Molotov. Cependant, les agents de l’État ont eu recours à une force disproportionnée et ont utilisé des armes à feu alors que ce n’était pas absolument nécessaire. Des passants, des personnes se trouvant non loin des manifestations et des personnes qui venaient au secours des blessés ont aussi été blessées ou tuées. Dans la vaste majorité des cas, les blessés et les morts se comptent parmi les habitants des quartiers ouvriers.

Selon des sources médicales officielles émanant de l’hôpital principal et de la morgue centrale d’Alexandrie, au moins 54 personnes ont trouvé la mort lors des manifestations à Alexandrie. Amnesty International estime que ce chiffre est en fait supérieur à 80.

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