Égypte : Non à l’utilisation des bombes à sous-munitions

Les forces armées égyptiennes doivent cesser immédiatement d’utiliser des bombes à sous-munitions.

Des experts d’Amnesty International ont analysé une vidéo mise en ligne le 9 février sur le compte Twitter officiel du porte-parole des forces armées égyptiennes. Cette vidéo montre des militaires de l’armée de l’air en train de charger des bombes à sous-munitions dans des avions de combat égyptiens dans le cadre de ses récentes opérations dans le nord du Sinaï.

« Les bombes à sous-munitions sont des armes qui, par nature, frappent sans discrimination et infligent des souffrances inimaginables pendant des années après leur utilisation. Pour cette raison, elles font l’objet d’une interdiction internationale. Leur présence dans cette vidéo laisse supposer que les forces armées égyptiennes en ont déjà utilisé ou ont l’intention de le faire, au mépris flagrant des vies humaines », a déclaré Najia Bounaim, directrice régionale adjointe d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

L’armée de l’air égyptienne a déjà mené à plusieurs reprises des attaques illégales, même au moyen d’armes plus précises. Selon des témoins, en 2015, des avions de combat de type F16 ont procédé à des frappes aériennes dans des zones densément peuplées du Sinaï. Plusieurs dizaines d’habitants, dont des enfants, ont été tués ou blessés dans ces attaques. La même année, l’armée de l’air égyptienne a bombardé des habitations en Libye, faisant plusieurs morts parmi la population civile, dont des enfants.

« Les bombes à sous-munitions sont des armes qui, par nature, frappent sans discrimination et infligent des souffrances inimaginables pendant des années après leur utilisation. Pour cette raison, elles font l’objet d’une interdiction internationale. »

En septembre 2015, des frappes aériennes de l’armée égyptienne ont tué 12 personnes, dont huit touristes mexicains qui faisaient un safari dans le désert occidental. Malgré les demandes du gouvernement mexicain, l’armée n’a jamais réclamé de comptes aux responsables de cette attaque.

« Le climat de censure et de secret au Sinaï donne aux militaires le sentiment qu’ils peuvent commettre de graves violations des droits humains en toute impunité. Ce sentiment est exacerbé par la répression gouvernementale dont sont victimes les journalistes qui osent critiquer les opérations des forces armées », a déclaré Najia Bounaim.

Selon les experts en armement consultés par Amnesty International, les bombes à sous-munitions montrées dans la vidéo du 9 février sont des armes à effets combinés de type CBU-87, fabriquées aux États-Unis, contenant chacune 202 sous-munitions BLU-92/B. Ces informations concordent avec celles tirées de précédentes vidéos analysées en 2017, qui montraient des F16 égyptiens larguer dans le nord du Sinaï des bombes à sous-munitions de fabrication américaine, de type Mk-20 Rockeye, identifiables à leur forme et à leurs numéros de série.

Les États-Unis sont le principal fournisseur d’armes de l’Égypte depuis les années 1970. Amnesty International a eu connaissance de nombreux cas dans lesquels les forces de sécurité égyptiennes ont utilisé des armes de fabrication américaine, telles que des avions de combat F16, des véhicules blindés et des chars, pour commettre ou faciliter de graves violations des droits humains.

« Les États fournisseurs doivent immédiatement suspendre les exportations d’armes qui risquent d’être utilisées pour commettre de graves violations des droits humains ; aucune nouvelle exportation ne doit avoir lieu tant que ce risque subsiste et que les autorités égyptiennes n’amènent pas les responsables à rendre des comptes. L’Égypte doit quant à elle renoncer à l’utilisation de bombes à sous-munitions en toutes circonstances ; elle doit détruire ses stocks et adhérer à la Convention sur les armes à sous-munitions », a déclaré Najia Bounaim.

Complément d’information

Le 9 février, les forces armées égyptiennes ont annoncé le lancement de l’opération militaire Sinaï 2018. Cette opération, ont-elles affirmé, a pour objectif de détruire les bases des groupes insurgés et leurs stocks d’armes dans le nord et le centre du Sinaï. Elle a été lancée sur l’ordre du président Abdel Fattah al Sissi quelques semaines seulement avant l’élection présidentielle de mars.

Les habitants du nord du Sinaï ont subi depuis 2013 de nombreuses opérations des forces de sécurité destinées à écraser les groupes armés. Ces groupes ont commis des attentats contre des membres des forces de sécurité et des civils, parmi lesquels des membres de minorités religieuses, faisant des centaines de morts.

Le gouvernement égyptien se sert de l’instabilité au Sinaï comme prétexte pour réprimer les droits humains. Depuis 2013, l’armée égyptienne interdit aux journalistes, aux médias et aux observateurs de se rendre dans la péninsule. Il est donc extrêmement difficile d’obtenir des informations précises et de rendre compte des graves violations des droits humains commises au Sinaï.

Amnesty International a eu connaissance de la démolition d’habitations par l’armée et de l’expulsion forcée de milliers de familles, à qui aucune solution de relogement ni indemnisation n’a été proposée. De nombreuses autres personnes ont été arrêtées dans des conditions qui s’apparentent à des disparitions forcées ou à des placements en détention arbitraires, et certaines ont été victimes d’exécutions extrajudiciaires.

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