Communiqué de presse

Égypte. Les grâces octroyées à des prisonniers ne doivent leurrer personne à l’ONU

La communauté internationale ne doit pas se laisser berner par les semblants de réforme et les vaines promesses du président Abdel Fattah al Sisi, a déclaré Amnesty International avant le discours prononcé le 28 septembre devant l’Assemblée générale de l’ONU à New York.

Les grâces, largement médiatisées, octroyées à des prisonniers n’ont pas encore été pleinement appliquées. Si les deux journalistes d’Al Jazira Mohamed Fahmy et Baher Mohamed, ainsi que plusieurs militants de premier plan ont fait partie de ceux qui ont été remis en liberté le 23 septembre, sept autres militants sont toujours détenus alors qu’ils sont censés avoir été graciés la semaine dernière.

« La plupart de ceux qui ont été graciés par le président Abdel Fattah al Sisi n’auraient jamais dû être placés en détention, car ils n’avaient fait qu’exercer pacifiquement leurs droits à la liberté d’expression et de réunion. Comme les autorités ne tolèrent pas la contestation pacifique, de nouveaux détenus vont très rapidement venir remplacer dans les prisons ceux qui ont été libérés à la faveur de cette grâce, a déclaré Said Boumedouha, directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Les autorités égyptiennes utilisent de fait les prisonniers politiques comme monnaie d’échange : elles ne les remettent en liberté que si cela est utile sur le plan politique, ou quand elles ont besoin de dévier les critiques internationales portant sur le bilan catastrophique du pays en matière de droits humains. La communauté internationale ne doit pas laisser le président al Sisi et le gouvernement égyptien se tirer d’affaire au moyen des grâces récemment accordées. »

Les autorités pénitentiaires sont peu disposées à libérer sept militants au motif, semble-t-il, que ces derniers sont inculpés dans d’autres affaires. Or, le décret de grâce indique clairement que tous ceux qui ont été graciés doivent être immédiatement libérés à moins qu’ils n’aient été condamnés dans d’autres affaires. Les autorités pénitentiaires affirment en outre que certains d’entre eux ont déposé des recours en appel et qu’ils doivent rester en détention jusqu’à l’examen de leur recours, même s’ils ont été graciés dans l’affaire en question.

Figurent parmi les sept militants maintenus en détention Menat Alla Mostafa et Abrar Alaa Elenani, deux étudiantes de l’université de Mansoura condamnées à deux ans d’emprisonnement en 2014 pour avoir participé à une manifestation dans leur université. Amnesty International les considère comme des prisonnières d’opinion, incarcérées uniquement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression et de réunion.

La liste des personnes graciées fait apparaître des omissions qui en disent long sur le réel attachement du gouvernement égyptien à l’état de droit. Parmi les personnes oubliées sur cette liste on peut citer les blogueurs très connus Alaa Abdel Fattah et Ahmed Douma, les militants du Mouvement de la jeunesse du 6 avril Ahmed Maher et Mohamed Adel, ainsi que la défenseure des droits humains Mahienoor Elmasry. Manquent aussi deux autres prisonniers d’opinion : le photojournaliste Mahmoud Abu Zeid, également connu sous le nom de Shawkan, et l’étudiant Mahmoud Hussein.

Amnesty International sait que des milliers d’autres journalistes et d’autres militants à travers le pays ont été emprisonnés sous le régime du président al Sisi.

« Si le président veut convaincre l’Assemblée générale de l’ONU, lors de son discours du 28 septembre, que le bilan catastrophique de l’Égypte en matière de droits humains appartient au passé, il va devoir mettre en œuvre d’importantes réformes, notamment en faisant libérer les centaines de personnes détenues uniquement parce qu’elles ont exercé leurs droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique, a déclaré Said Boumedouha.

« Les États, notamment les États-Unis et la France, doivent mettre fin aux transferts vers l’Égypte d’armes de petit calibre, de munitions et d’autres équipements pour le maintien de l’ordre qui sont utilisés pour commettre des violations massives contre les manifestants. »

Amnesty International a mis en évidence le fait que les forces de sécurité égyptiennes utilisent souvent une force meurtrière injustifiée contre les manifestants, et que des centaines de personnes ont été condamnées à mort par des tribunaux à l’issue de procès manifestement iniques. Elle appelle en conséquence tous les États à mettre fin aux transferts vers l’Égypte d’armes de petit calibre, de munitions et d’autres équipements pour le maintien de l’ordre qui sont utilisés pour commettre des violations massives contre les manifestants.

Complément d’information

Sept personnes, emprisonnées au titre d’une loi répressive relative aux manifestations, qui ont été graciées sont pourtant maintenues en détention. Il s’agit des personnes suivantes :

• Menat Alla Mostafa et Abrar Alaa Elenani, emprisonnées après avoir manifesté devant l’université de Mansoura en 2014 ;

• Nahed Sherif Abdel Hamid et Momen Mohamed Ramadan Abdeltawab, emprisonnés après avoir manifesté devant le palais présidentiel au Caire, en juin 2014 ;

• Asmaa Abdelaziz Shehata, une ancienne enseignante de Guizeh qui souffre de schizophrénie, emprisonnée après avoir manifesté au Caire ;

• Mamdouh Gamal El Din et Mohamed Hossam El Din, emprisonnés après avoir manifesté devant la chambre haute du Parlement égyptien au Caire. Ils sont maintenus en détention pour avoir commis un « délit » en prison.

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