Égypte, les manifestants et les militants détenus pour avoir exprimé leur solidarité avec la Palestine doivent être libérés

Il faut libérer les personnes détenues pour avoir manifesté leur solidarité avec la Palestine ou critiqué la fermeture du poste-frontière de Rafah, et doivent enquêter sur les plaintes pour agressions sexuelles et autres atteintes commises en garde à vue contre certaines détenues

Depuis sept mois, Amnesty International et des organisations égyptiennes de défense des droits humains ont rassemblé des informations sur l’arrestation de plus de 123 personnes ayant exprimé leur solidarité avec les Palestiniens de Gaza par le biais de manifestations pacifiques, de commentaires en ligne, de banderoles accrochées ou de slogans sur les murs. Au moins 95 d’entre elles sont toujours en détention provisoire et font l’objet d’enquêtes pour de fausses accusations de participation à des activités terroristes, diffusion de fausses nouvelles ou rassemblement illégal.

En avril, un groupe de manifestantes libérées a porté plainte contre la police pour violences sexuelles, mais aucune enquête n’a encore été ouverte sur ces allégations.

« Ils n’ont fait qu’exercer leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique »

« Les autorités égyptiennes maintiennent leur tolérance zéro à l’égard des manifestations pacifiques ou du militantisme indépendant qui n’est pas officiellement autorisé, même lorsqu’il s’agit de faire preuve de solidarité avec les Palestiniens, ce qu’ont également exprimé des représentants de l’État. Elles répriment particulièrement toute critique de la politique du gouvernement dans le conflit armé à Gaza, ce qui montre très clairement que toutes les expressions de solidarité avec les Palestiniens ne sont pas forcément acceptées, a déclaré Sara Hashash, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnesty International.

« Elles doivent libérer tous ceux qui sont arbitrairement détenus dans le cadre de la répression contre la solidarité pro-palestinienne, car ils n’ont fait qu’exercer leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique. Elles doivent également ouvrir des enquêtes indépendantes et impartiales sur les violences sexuelles dénoncées par des femmes détenues et amener les responsables à rendre des comptes. »

Amnesty International s’est entretenue avec trois manifestantes, dont deux ont été brièvement détenues, des défenseurs des droits humains, des chercheurs et des avocats qui ont assisté aux interrogatoires menés par le Service du procureur général de la sûreté de l’État (SSSP).

Selon l’Initiative égyptienne pour les libertés individuelles [1] (EIPR) et la Commission égyptienne pour les droits et les libertés [2] (ECRF), deux organisations locales de défense des droits basées au Caire, entre octobre 2023 et mai 2024, au moins 123 personnes ont été arrêtées arbitrairement pour avoir exprimé leur solidarité avec la Palestine depuis le début du conflit armé à Gaza. Certaines étaient légalement représentées par l’ECRF et L’EIPR.

Auparavant, Amnesty International avait recensé des dizaines d’arrestations arbitraires, dont des mineurs, en octobre 2023, en lien avec les manifestations de solidarité avec la Palestine dans les gouvernorats du Caire, de Gizeh, d’Alexandrie et de Dakahlia, où certains s’étaient rassemblés en dehors de zones désignées par les autorités ou avaient scandé des slogans hostiles au gouvernement. Au Caire, les personnes arrêtées ont été frappées à coups de matraques et de bâtons par des hommes en civil. La plupart ont subi une disparition forcée et ont été détenues dans les camps des Forces centrales de sécurité ou au siège de l’Agence nationale de sécurité pendant des périodes allant jusqu’à sept jours. Au moment de la rédaction de ce document, au moins 53 manifestants, dont deux mineurs, sont toujours en détention provisoire dans l’attente d’enquêtes sur des accusations liées au terrorisme, à la participation à des rassemblements non autorisés portant atteinte à la sécurité nationale et à l’ordre public, et au vandalisme, selon l’ECRF [3] et l’EIPR [4] .

Détentions arbitraires du fait de publications sur les réseaux sociaux

Les 8 et 9 mai, les étudiants Mazen Daraz et Ziad Basiouny ont été interpellés, accusés d’avoir « rejoint un groupe terroriste » et « publié de fausses nouvelles » en lien avec leur participation à un groupe d’étudiants soutenant la Palestine (Students for Palestine) [5] , selon le Front égyptien des droits de l’homme (EFHR).

Les forces de sécurité l’avaient escorté vers un centre non divulgué de l’Agence nationale de sécurité où des agents l’avaient retenu les yeux bandés et menotté pendant quatre jours

Ce groupe d’étudiants avait publié des déclarations sur Instagram et Facebook appelant les ministères égyptiens de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur à boycotter les produits qui financent l’occupation israélienne, demandant au gouvernement d’offrir des facilités aux étudiants palestiniens en Égypte et dénonçant l’offensive terrestre contre Rafah. Ils ont été détenus au secret pendant quatre à cinq jours avant d’être présentés devant le service du procureur général de la sûreté de l’État le 13 mai. Mazen Daraz et Ziad Basiouny sont toujours en détention provisoire au moment de la rédaction de ce document.

Au cours de son interrogatoire, Ziad Basiouny a déclaré au service du procureur général de la sûreté de l’État que lors de son arrestation, les forces de sécurité l’avaient escorté vers un centre non divulgué de l’Agence nationale de sécurité où des agents l’avaient retenu les yeux bandés et menotté pendant quatre jours, violant l’interdiction absolue des mauvais traitements, et l’avaient interrogé à six reprises, selon le Front égyptien des droits de l’homme (EFHR). Les plaintes qu’il a déposées n’ont pas donné lieu à une enquête.

Détention arbitraire pour avoir accroché des banderoles ou écrit sur des murs

Certaines arrestations ont fait suite aux critiques concernant le rôle de l’Égypte dans la fermeture prolongée du point de passage de Rafah. Le 28 avril, six personnes ont été arrêtées arbitrairement chez elles à Alexandrie, quelques jours après avoir accroché dans la rue une banderole sur laquelle on pouvait lire « Brisez le siège de la Palestine, libérez les détenus et ouvrez le poste-frontière de Rafah » et en avoir publié une photo sur Facebook, selon l’EFHR [6] . Elles ont été détenues au secret dans des lieux inconnus avant d’être présentées devant le service du procureur général de la sûreté de l’État (SSSP) le 30 avril, où elles ont été interrogées en lien avec des accusations d’appartenance à un groupe terroriste, rassemblement illégal et diffusion de fausses informations. Les procureurs généraux de la sûreté de l’État ont ordonné leur détention pendant 15 jours dans l’attente d’une enquête ; toutes demeurent incarcérées au moment de la rédaction de ce document.

Le 8 mars, six personnes, dont un mineur, ont été arrêtées arbitrairement à leur domicile à Dar El Salam, au Caire, après avoir écrit des slogans sur un pont en solidarité avec la Palestine, ainsi qu’un slogan qui disait « Sissi, dégage », selon le Front égyptien des droits de l’homme (EFHR). Quatre d’entre elles n’ont été présentées devant le service du procureur général de la sûreté de l’État (SSSP) que le 18 mars, après avoir passé environ neuf jours en détention au secret, selon l’EFHR. Au moins deux ont déclaré aux procureurs que des agents de l’Agence nationale de sécurité au poste de police de Dar El Salam les avaient giflés au visage et leur avaient asséné des coups avec les mains et des coups de pied. Le SSSP a ouvert des enquêtes contre les six accusés pour appartenance à un groupe terroriste, diffusion de fausses nouvelles et utilisation abusive des réseaux sociaux, et a ordonné leur détention pendant 15 jours dans l’attente des conclusions.

Arrestation arbitraire de manifestant·e·s pacifiques et plaintes pour violences sexuelles

Le 23 avril, un groupe de défenseures des droits des femmes a pris le risque d’organiser une manifestation pacifique en solidarité avec les femmes en Palestine et au Soudan, et a choisi de le faire devant le bureau d’ONU Femmes au Caire. Une vingtaine de défenseures des droits, de journalistes et d’avocates notamment s’étaient rassemblées lorsque, quelques minutes plus tard, des policiers en civil les ont dispersées de force : ils ont bousculé violemment plusieurs manifestantes, ont frappé au moins deux d’entre elles sur plusieurs parties de leur corps et en ont traîné une au moins au sol. Ils ont arrêté 16 manifestantes, ainsi que deux hommes, au moins, qui passaient par là.

L’avocate des droits humains Mahinour El Masry et la militante May El Mahdy, qui ont toutes deux été arrêtées, ont déclaré à Amnesty International que la police avait emmené les manifestantes dans des fourgonnettes et des taxis sans marquage vers plusieurs postes de police à proximité, dont celui de Maadi. Elles n’ont pas eu le droit de communiquer avec leur famille ni de demander un avocat et lorsqu’un avocat spécialiste des droits humains s’est enquis de leur sort au poste de police de Maadi, il s’est vu répondre qu’aucune d’entre elles n’y était détenue. Le même jour, la police les a transférées vers divers postes au Caire et vers le camp des Forces centrales de sécurité de Tora, un centre de détention non officiel, où elles ont été détenues au secret pendant quelques heures.

Durant leur détention, l’Agence de sécurité nationale a interrogé plusieurs détenues en l’absence d’un avocat

Le lendemain, toutes ont été déférées devant le service du procureur général de la sûreté de l’État, qui a ouvert des enquêtes à leur encontre et les a interrogées au sujet d’accusations d’appartenance à un groupe illégal et de participation à un rassemblement illégal. Elles ont toutes été libérées sous caution le même jour.

Durant leur détention, l’Agence de sécurité nationale a interrogé plusieurs détenues en l’absence d’un avocat. May El Mahdy a déclaré qu’elle avait été questionnée pendant environ deux heures au sujet de la plateforme de communication qui avait servi à organiser la manifestation, des raisons de son intérêt pour les questions des droits des femmes et des raisons du choix du lieu, à savoir devant le bureau d’ONU Femmes.

Le 23 mai, un groupe de femmes qui avaient été libérées a annoncé dans un communiqué [7] qu’elles avaient porté plainte auprès du procureur général, alléguant que certaines avaient été victimes d‘« agressions sexuelles » lors de fouilles au corps et de « harcèlement » pendant leur détention. L’une d’entre elles a indiqué que des manifestantes libérées avaient déposé des plaintes pour violences sexuelles contre des policiers au poste d’Hélouan, où certaines des manifestantes avaient été détenues. Le ministère public a renvoyé la plainte au service du procureur général de la sûreté de l’État (SSSP) qui n’avait toujours pas ouvert d’enquête au moment de la rédaction du présent document, selon Mahinour El Masry. En 2019, Amnesty International avait constaté que le SSSP se rendait complice de violences policières en ignorant systématiquement les plaintes formulées par les accusés et en s’abstenant de mener des enquêtes.

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