Communiqué de presse

Égypte : multiplication inquiétante des poursuites pénales pour blasphème

Les charges pénales de « diffamation religieuse » retenues dans plusieurs affaires à travers l’Égypte doivent être abandonnées, a déclaré Amnesty International mardi 11 juin, après qu’une enseignante a été déclarée coupable d’outrage à l’islam et au prophète Mahomet en classe.

Le jour même, un tribunal de Louxor avait infligé à Dimyana Obeid Abd Al Nour, une enseignante copte, une amende de 100 000 livres égyptiennes (environ 10 750 euros) pour outrage à l’islam et au prophète Mahomet lors d’un de ses cours. Par ailleurs, il avait renvoyé l’affaire devant un tribunal civil afin que celui-ci détermine le montant des dommages et intérêts.

La condamnation de Dimyana Obeid Abd Al Nour au pénal ne présage rien de positif pour les autres Égyptiens qui sont jugés dans des affaires similaires. Amnesty International est convaincue que les charges pesant sur ces personnes visent à ériger en infraction les critiques ou les injures ayant trait à des convictions religieuses.

« Il est totalement scandaleux d’accabler des personnes de charges pénales débouchant sur de lourdes amendes et, dans la plupart des cas, des peines d’emprisonnement alors qu’elles n’ont fait qu’exprimer leurs opinions ou avaient simplement des convictions religieuses différentes, a déclaré Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.


« Les prétendues accusations de diffamation religieuse ne doivent pas servir à fouler aux pieds les droits aux libertés d’expression et de conscience. Toutes les charges de ce type doivent être abandonnées et les condamnations qui s’y rapportent doivent être annulées. »

Récemment, Rumany Murad, un avocat copte de 25 ans, a également été déclaré coupable de « diffamation religieuse ». Le 1er juin, un tribunal d’Assiout – ville située à 360 kilomètres au sud du Caire – l’a condamné par contumace à un an d’emprisonnement, ainsi qu’à une amende de 500 livres égyptiennes (environ 54 euros) et à 10 000 livres égyptiennes (environ 1 076 euros) de dommages et intérêts en faveur des plaignants.

Le point de départ de l’affaire est la plainte déposée par deux confrères de Rumany Murad installés à Assiout. Ceux-ci l’ont accusé d’avoir été irrespectueux envers l’islam lors d’une conversation qu’ils avaient eue tous les trois en juillet 2012 à la bibliothèque du Syndicat des avocats, à Assiout.

L’un des plaignants avait, semble-t-il, demandé l’avis de Rumany Murad au sujet de « miracles » rapportés dans la Bible. Alors qu’il avait tenté d’éluder la question, Rumany Murad a découvert quelques jours plus tard qu’il était accusé de « diffamation religieuse ».

À deux reprises au moins, lors d’un débat sur Internet et de vive voix, des avocats d’Assiout avaient déjà conseillé à Rumany Murad de garder ses opinions pour lui parce qu’il avait fait part de sa déception quant aux résultats du premier tour de l’élection présidentielle – qui opposait Ahmed Shafiq à Mohamed Morsi, le candidat des Frères musulmans, ce dernier ayant finalement remporté le scrutin.

Pour des raisons de sécurité, l’avocat de Rumany Murad n’était pas présent lors de l’ouverture du procès, le 27 avril. Des avocats du Parti de la construction et du développement, la branche politique du groupe islamiste Gamaa al Islamiya, ont mis en garde Rumany Murad quant à la sécurité de tout avocat qui se présenterait au tribunal d’Assiout.

Les informations recueillies par Amnesty International ont fait état d’une forte présence des avocats islamistes et de leurs sympathisants lors des audiences.

À la deuxième audience, le 11 mai, l’un des avocats aurait même demandé au juge de renvoyer l’affaire devant le parquet afin que celui-ci requière la peine de mort. Plusieurs personnes présentes au moment où la condamnation a été prononcée, le 1er juin, auraient jugé la décision trop clémente.

Rumany Murad devrait interjeter appel de sa condamnation par contumace. Ses avocats tentent actuellement de faire transférer le procès au Caire car le climat qui règne au tribunal d’Assiout n’est pas propice au respect des normes d’équité des procès, notamment du droit à une défense convenable.

Avant les deux dernières condamnations en date, Amnesty International avait reçu nombre d’informations concernant d’autres personnes accusées et déclarées coupables de blasphème en Égypte. Il s’agissait majoritairement de blogueurs et de professionnels des médias dont les idées étaient « considérées comme offensantes » ainsi que de coptes, en particulier en Haute-Égypte.

Dans le gouvernorat de Sohag, en Haute-Égypte, un autre enseignant sera jugé le 25 juin pour « diffamation religieuse ».

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