Égypte, Les personnes à risque ne sont pas vaccinées en priorité

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Du fait de la gestion aléatoire par les autorités égyptiennes de la campagne de vaccination contre le COVID-19 et de leur incapacité à élaborer une stratégie nationale fluide, les personnes à risque et marginalisées ne sont pas prioritaires pour la vaccination et continuent de se heurter à des obstacles sapant leur droit à la santé. Parmi les personnes concernées, citons les habitants des zones urbaines informelles ou des zones rurales reculées, les prisonnières et les prisonniers, les réfugiés et les migrants.

Amnesty International demande aux autorités de rectifier les lacunes actuelles et d’éliminer tous les obstacles d’ordre pratique qui empêchent les personnes à risque et les personnes en situation vulnérable d’avoir accès au vaccin.

« La campagne de vaccination en Égypte pèche par l’absence de stratégie bien définie et de transparence de la part des autorités, ce qui conduit à des retards et à des délais, et ne permet pas d’atteindre ceux qui en ont le plus besoin ni de surmonter la réticence à la vaccination au moyen de campagnes de sensibilisation ciblées, a déclaré Philip Luther, directeur des recherches et du plaidoyer pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient à Amnesty International.

« Nous invitons le gouvernement à veiller à ce que les groupes prioritaires aient bien, dans les faits, la priorité et à ce que le plan de distribution soit ouvert à tous, accessible et non-discriminatoire. »

Étant donné l’absence de campagne nationale pour diffuser l’information sur l’accès aux vaccins, sans quasiment aucun panneau d’affichage ni publicité à la télévision ou à la radio, les gens ayant un accès limité ou inexistant à Internet se heurtent à des obstacles d’ordre pratique pour s’enregistrer pour la vaccination, d’autant que les inscriptions à l’hôpital sont semées d’embûches en raison de l’absence de procédures claires et cohérentes. Ceux qui ont tenté de s’inscrire via la hotline ont obtenu des résultats mitigés, certains rencontrant difficultés et retards.

« Il est de la responsabilité des autorités égyptiennes de veiller à ce que le programme vital de vaccination couvre de manière équitable l’ensemble de la population : des habitants des quartiers urbains informels aux habitants des zones rurales reculées, de ceux qui sont en liberté à ceux qui sont en détention, des ressortissants égyptiens aux réfugiés et aux migrants »

Amnesty International s’est entretenue avec des professionnel·le·s de santé, des journalistes et des chercheuses et chercheurs et militant·e·s des droits humains, qui travaillent étroitement avec les personnes ou les groupes à risque et en situation vulnérable. Elle a également examiné des publications sur les réseaux sociaux dans lesquelles les gens partagent leur expérience personnelle ou celle de leurs proches, ainsi que des déclarations de représentants de l’État, d’ONG et des articles parus dans les médias.

« Il est de la responsabilité des autorités égyptiennes de veiller à ce que le programme vital de vaccination couvre de manière équitable l’ensemble de la population : des habitants des quartiers urbains informels aux habitants des zones rurales reculées, de ceux qui sont en liberté à ceux qui sont en détention, des ressortissants égyptiens aux réfugiés et aux migrants », a déclaré Philip Luther.

Le plan national de vaccination manque de clarté

Le programme de vaccination du gouvernement a été annoncé le 24 janvier [1] et sa distribution souffre de graves déficiences. L’enregistrement en ligne a ouvert pour les professionnel·le·s de santé, les personnes âgées et les personnes souffrant de problèmes de santé antérieurs le 28 février, et plus de 150 000 personnes se sont inscrites dans les quatre premiers jours [2]. Les inscriptions ont été ouvertes à l’ensemble de la population le 6 mars [3], avant que des millions de personnes âgées [4] et souffrant de maladies chroniques [5] ne soient vaccinées. Parallèlement à l’ouverture des inscriptions à l’ensemble de la population, le gouvernement a augmenté le nombre de centres de vaccination, mais les personnes appartenant à des groupes prioritaires qui s’étaient inscrites auparavant ont dû attendre longtemps et n’ont pas pu obtenir de rendez-vous dans les centres nouvellement ouverts.

Amnesty International a connaissance d’au moins 11 cas en avril de personnes jeunes, sans pathologies antérieures, qui ont été contactées pour prendre un rendez-vous vaccinal avant des membres de leur famille plus âgés et d’autres personnes à risque. Ces problèmes de répartition ont été partiellement résolus depuis mai, mais le problème perdure. Un homme a déclaré en mai que sa mère âgée de 72 ans, atteinte d’affections chroniques, avait été inscrite pour la vaccination le 20 mars et n’avait toujours pas été contactée pour un rendez-vous.

« L’accès aux soins de santé est un droit fondamental. Tous les détenus devraient avoir accès aux vaccins contre le COVID-19 »

Le 24 juin, le ministre de la Santé a annoncé que 4 millions de personnes avaient reçu la première injection, mais n’a pas fourni de répartition des profils des personnes vaccinées.

La communication floue du gouvernement sur le programme de vaccination et l’absence de campagne de sensibilisation de la population, au sujet de l’accès au vaccin et de la réticence à la vaccination, ont conduit à l’exclusion des groupes marginalisés d’un point de vue socioéconomique et à des statuts juridiques illégaux.

Le gouvernement n’a pas mené de campagne ciblée satisfaisante de sensibilisation à destination des zones urbaines défavorisées et des zones rurales reculées, y compris celles qui étaient fortement touchées par la pandémie de COVID-19, comme en témoignent les centres de vaccination vides. Par exemple, des médecins, des militants et des habitants des gouvernorats pauvres de la Haute-Égypte et des quartiers informels du Grand Caire, ainsi que des communautés de réfugiés et de migrants, ont déclaré à Amnesty International que de nombreux habitants n’étaient pas au courant du programme de vaccination et que parfois, les professionnels de santé locaux diffusaient l’information en l’absence de directives du gouvernement.

En avril, le site médiatique indépendant Mada Masr a signalé que des parlementaires et leurs familles ont bénéficié d’un traitement de faveur [6] pour choisir entre AstraZeneca et Sinopharm et ont reçu leur première dose en quelques jours, alors qu’aucun d’entre eux n’était officiellement identifié comme appartenant à un groupe prioritaire.

« Ne pas vacciner à titre de sanction contre des dissidents politiques ou des personnes détenues arbitrairement parce qu’elles ont exercé leur droit à la liberté d’expression serait une violation flagrante des droits humains »

Au cours du même mois, le gouvernement a aussi ciblé les professionnels du tourisme en créant des centres de vaccination à l’intérieur des hôtels, dans les zones touristiques. Le 3 juin, des représentants de l’État ont déclaré qu’un million de professionnels du tourisme [7] avaient été vaccinés. À ce jour, les autorités doivent encore atteindre de manière proactive les travailleurs et travailleuses essentiels fortement exposés, notamment dans le secteur des transports et de l’agroalimentaire.

En janvier, le ministère de la Santé a déclaré qu’il accordait la priorité aux équipes médicales qui soignent les patients atteints du COVID-19 dans les hôpitaux publics, de la police et de l’armée. D’autres professionnels de santé, dont certains sont en contact régulier avec des patients atteints du COVID-19, ont été exclus des premières attributions. En avril, le Syndicat des médecins égyptiens a fait part de son inquiétude [8] quant au faible nombre de médecins vaccinés. Il a déclaré que 578 médecins étaient morts du COVID-19 [9]. Cependant, le ministère de la Santé continue de minimiser les conditions de travail dangereuses des professionnels de santé, assurant que seulement 115 des médecins décédés avaient contracté le coronavirus au travail [10], le reste étant dû à la transmission communautaire.

Les autorités égyptiennes doivent publier leur plan national de vaccination et consulter dûment les organisations indépendantes de la société civile, notamment le Syndicat des médecins, afin d’intégrer les normes relatives aux droits humains, en veillant à accorder la priorité aux groupes à haut risque et marginalisés et à mettre en place des garanties contre la discrimination et l’exclusion.

Accorder la priorité aux groupes à haut risque et en situation vulnérable

Conformément à la feuille de route [11] du Groupe stratégique consultatif d’experts sur la vaccination (SAGE) de l’OMS, qui détermine les priorités d’utilisation des vaccins contre le COVID-19 dans le contexte d’un stock limité, les autorités doivent s’acquitter de leurs obligations relatives aux droits humains et veiller à vacciner les personnes systématiquement marginalisées dans leur accès aux soins de santé. Cela englobe les prisonniers et les détenus, les réfugiés, les demandeurs d’asile et les migrants, ainsi que les habitants à faibles revenus des quartiers informels et des zones rurales reculées.

Des représentants de l’État égyptien ont confirmé le lancement d’une campagne de vaccination à l’intérieur des prisons le 17 mai [12], avec des injections faites à 5 000 prisonniers âgés ou atteints de maladies chroniques, mais n’ont pas exposé le processus de vaccination, le calendrier ni les critères d’éligibilité.

Des avocats [13] et des défenseurs des droits humains [14] ont alors intenté des actions en justice contre les ministères de l’Intérieur et de la Santé, au motif qu’ils n’ont pas vacciné plusieurs prisonniers et détenus incarcérés en lien avec des affaires politiques. Huit personnes ayant une connaissance directe de la situation dans neuf prisons à travers l’Égypte, notamment des proches et des avocats, ont déclaré que nombre des personnes détenues dans le cadre d’affaires à caractère politique n’ont toujours pas eu accès à un vaccin contre le COVID-19.

« Nous invitons le gouvernement à veiller à ce que les groupes prioritaires aient bien, dans les faits, la priorité et à ce que le plan de distribution soit ouvert à tous, accessible et non-discriminatoire »

Le 14 avril, l’avocat du détenu âgé de 69 ans Abdelmonim Aboulfotoh, ancien candidat présidentiel et fondateur du parti de l’opposition Misr AlQawia, a soumis une requête [15] au procureur afin d’autoriser son client à recevoir un vaccin contre le COVID-19 en prison, étant donné son âge et ses problèmes de santé. Abdelmonim Aboulfotoh est détenu de manière arbitraire depuis février 2018, sans procès, dans des conditions inhumaines et cruelles et a été délibérément privé de soins. À ce jour, il n’a pas reçu une seule dose.

À la lumière des pratiques des autorités égyptiennes analysées par Amnesty International, qui consistent à priver délibérément des opposants présumés de l’accès aux soins de santé, l’organisation leur demande de veiller à ce que les prisonniers d’opinion et d’autres détenus incarcérés pour des motifs politiques ne soient pas exclus ni victimes de discriminations. Elle s’inquiète également du manque de structures et de personnel médical adaptés dans les postes de police et dans les prisons centrales, qui accueillent les personnes condamnées à de courtes peines de prison ou n’ayant pas réglé leurs dettes.

« Nous saluons les promesses faites de vacciner les prisonniers, mais les autorités doivent fournir des informations sur la procédure, le calendrier et les critères d’éligibilité afin que tous les détenus dans les lieux de détention puissent bénéficier d’un vaccin contre le COVID-19, dans la transparence et en temps voulu, et sur la base de critères objectifs, en commençant par les plus à risque, a déclaré Philip Luther.

« La campagne de vaccination en Égypte pèche par l’absence de stratégie bien définie et de transparence de la part des autorités, ce qui conduit à des retards et à des délais, et ne permet pas d’atteindre ceux qui en ont le plus besoin ni de surmonter la réticence à la vaccination au moyen de campagnes de sensibilisation ciblées »

« L’accès aux soins de santé est un droit fondamental. Tous les détenus devraient avoir accès aux vaccins contre le COVID-19. En outre, ne pas vacciner à titre de sanction contre des dissidents politiques ou des personnes détenues arbitrairement parce qu’elles ont exercé leur droit à la liberté d’expression serait une violation flagrante des droits humains. »

Divers obstacles d’ordre pratique entravent l’accès aux vaccins pour les réfugiés, les demandeurs d’asile et les migrants. Les étrangers peuvent s’inscrire en ligne avec leur passeport, leur titre de séjour et leur numéro d’identification fournis par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), mais les sans-papiers ou ceux qui s’efforcent de légaliser leur statut sont exclus. On ignore également si la procédure inclut les dizaines de personnes détenues arbitrairement dans les postes de police en Haute-Égypte sur la seule base de leur situation migratoire irrégulière.

En outre, les autorités égyptiennes doivent s’adresser de manière préventive aux réfugiés, aux demandeurs d’asile et aux migrants dans des langues qu’ils comprennent, quel que soit leur statut au regard de la loi.

À ce jour, l’Égypte a recensé [16] plus de 280 394 cas confirmés de COVID-19 depuis le début de la pandémie, dont 16 092 décès. Selon le comité national chargé de lutter contre le coronavirus en Égypte, les chiffres réels sont probablement 10 fois plus élevés [17] que les chiffres officiellement recensés. Les journalistes, les professionnels de santé et les personnes qui remettent en cause la gestion de la pandémie par le gouvernement ou les statistiques officielles sont en butte aux menaces, aux poursuites et aux détentions, et autres mesures d’intimidation.

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