Communiqué de presse

Émirats arabes unis. Il faut mettre un terme au harcèlement « honteux » des familles de détenus

Les autorités des Émirats arabes unis doivent mettre un terme à leur campagne cruelle de harcèlement visant les familles de prisonniers condamnés pour de vagues chefs d’accusations relatifs à la « sécurité nationale », a déclaré Amnesty International à la veille de la reprise, le 17 décembre, d’un second procès qui concerne 10 des détenus.

Certains proches de 69 détracteurs du gouvernement emprisonnés à l’issue d’un procès commun en juillet ont expliqué à Amnesty International avoir été persécutés, menacés et stigmatisés par les autorités, qui cherchaient à étouffer leurs appels en faveur de la justice.

« Ces personnes ont été emprisonnées à l’issue d’un procès manifestement inéquitable, elles n’ont pas eu le droit de se pourvoir en appel, et maintenant leurs familles sont également prises pour cible dans leur vie quotidienne », a déclaré Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord pour Amnesty International.

« Les autorités des Émirats arabes unis doivent mettre fin à cette campagne de persécution, honteuse et vindicative. Les familles des détenus ne doivent pas être punies au motif qu’elles cherchent à obtenir justice pour leurs proches. »

En juillet 2013, à l’issue d’un procès au cours duquel ont comparu 94 personnes, 69 hommes, dont des avocats, des juges, des professeurs d’université et des chefs de file d’étudiants, ont été déclarés coupables d’avoir comploté en vue de renverser le pouvoir. Ils ont été condamnés à des peines allant de sept à 15 ans de prison.

Dix des condamnés, tels que l’éminent avocat et prisonnier d’opinion Mohammed al Mansoori, risquent de voir leur peine prolongée à l’issue d’un nouveau procès commun, qui reprend le 17 décembre. Ils comparaissent aux côtés de 20 Égyptiens devant la Cour suprême fédérale d’Abu Dhabi.

Ces 30 hommes sont jugés pour des motifs en rapport avec leurs liens supposés avec une branche internationale basée aux Émirats du mouvement politique égyptien des Frères musulmans.

Au cours d’une visite dans le pays du 18 au 23 novembre 2013, des délégués d’Amnesty International ont recueilli des informations sur 12 cas dans lesquels des proches de détenus condamnés lors du procès commun en juillet ont été exposés à des formes diverses de harcèlement. L’organisation a appris que de nombreuses autres familles subissaient le même traitement.

D’après les recherches d’Amnesty International, des membres des familles de ces hommes ont été menacés par des agents de la Sûreté de l’État, ont été empêchés de voyager et se sont vu refuser des habilitations de sécurité pour des emplois.

Plusieurs personnes ont reçu des tweets de menaces émanant soit d’individus identifiés ayant des liens présumés avec les services de la Sûreté de l’État, soit de comptes Twitter anonymes.

Des familles de détenus ont été dénigrées dans les médias nationaux, largement favorables au gouvernement. Un documentaire sur les 94 personnes jugées en juillet diffusé à Dubaï en novembre passe sous silence les préoccupations relatives aux droits humains liées à leur procès.

Depuis que ces hommes ont été arrêtés, au moins deux de leurs parents proches ont été empêchés, sans explication, de prendre des avions à destination de l’étranger.

Des membres des familles ont également indiqué à Amnesty International que les services de la Sûreté de l’État refusaient de leur accorder des habilitations de sécurité, les empêchant ainsi d’obtenir certains postes alors qu’ils avaient passé tous les tests et les entretiens préalables. Aucune raison n’a été fournie pour ces refus.

Le harcèlement des autorités s’étend même aux amis des familles des détenus : certains ont reçu des appels téléphoniques de personnes se présentant comme des agents de la Sûreté de l’État qui leur déconseillaient d’avoir des contacts avec les familles, ou les menaçaient en leur disant que des emplois leur seraient refusés s’ils restaient amis avec elles.

« Les détenus et leurs familles sont victimes de ce qui semble être une campagne de diffamation très élaborée », a déclaré Philip Luther.

« L’épreuve qu’ils subissent met en évidence l’écart entre l’image progressiste que le gouvernement des Émirats arabes unis veut présenter au monde et la réalité d’une répression grandissante dans le pays.

« Les autorités doivent permettre aux familles des détenus d’exprimer leur opinion sur des problèmes liés aux droits humains et de chercher à obtenir des informations auprès de représentants du gouvernement sans avoir à craindre d’être harcelées ou intimidées. »

Le harcèlement est exacerbé par le fait que les familles de nombreux détenus rencontrent des difficultés financières en raison de mesures judiciaires en place depuis l’enquête sur leurs proches.

Les comptes bancaires de certaines personnes ont été suspendus, d’autres ont vu leurs actifs vendus ou leurs licences commerciales leur être retirées.

Les proches de détenus avec lesquels Amnesty International s’est entretenue ont demandé à l’organisation de ne pas révéler leur identité car ils craignent de nouvelles représailles de la part d’agents de la Sûreté de l’État.

Complément d’information

Aux Émirats arabes unis, une petite partie de la société réclame des réformes dans la mouvance des soulèvements qui ont eu lieu depuis 2010 au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Ces personnes sont victimes d’une répression grandissante de la liberté d’expression et d’association.

Le procès de 20 Égyptiens et 10 ressortissants des Émirats, actuellement en cours, viole les normes internationales d’équité des procès de la même manière que celui à l’issue duquel 69 personnes ont été condamnées en juillet. Des allégations faisant état de torture ont été formulées, des détenus ont été maintenus à l’isolement dans des lieux tenus secrets pour de longues périodes et le droit des prévenus à consulter un avocat avant le procès n’a pas été respecté. Bien que le procès touche à sa fin, les détenus n’ont toujours pas été autorisés à voir leurs avocats.

Au moins quatre des hommes jugés en juillet (les avocats Mohammed al Roken et Mohammed al Mansoori, le physicien Hussain Ali Alnajjar Alhammadi et l’ancien enseignant Saleh Mohammed al Dhufairi) ont été condamnés à 10 ans de prison. Ces hommes sont des prisonniers d’opinion.

Amnesty International considère qu’ils ont été emprisonnés uniquement pour avoir exercé, de manière pacifique, leurs droits à la liberté d’expression et d’association, y compris leur droit de former ou de rejoindre une association avec d’autres, ou, dans le cas de Mohammed al Roken, pour avoir exercé son métier en tant qu’avocat de la défense et plaidé pour le respect des droits humains des prévenus.

Amnesty International demande la libération immédiate et inconditionnelle de ces personnes.

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