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Enrique Peña Nieto doit s’engager à affronter la question de la torture

Si on s’en tenait aux gros titres de la presse internationale, on pourrait penser que les choses s’améliorent au Mexique. Le président mexicain, Enrique Peña Nieto, a déclaré qu’il s’était engagé sur un chemin de transformation et de modernisation du pays.

Cette année, le magazine américain TIME a mis le président en couverture, titrant « Sauver le Mexique ». Le gouvernement a joué un rôle de taille dans la promotion du dialogue relatif aux droits humains avec d’autres nations, notamment en défendant le traité sur le contrôle des armes ces deux dernières années. Un économiste a par ailleurs cité le Mexique parmi les marchés en expansion à suivre, l’incluant dans un groupe fermé d’économies montantes connu sous le nom de MINT (Mexique, Indonésie, Nigeria et Turquie).

Globalement, le Mexique a l’ambition de jouer un rôle moteur au sein des MINT et du G20.

Cependant, comme l’indique le dernier rapport que lui a consacré Amnesty International, les visées internationales du Mexique sont compromises par ses politiques et pratiques nationales.

Les violations des droits humains y sont monnaie courante et la violence continue à gangrener le pays.

Notre rapport indique que le nombre de plaintes déposées contre des policiers et des militaires au Mexique pour des actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements a été multiplié par six au cours de la décennie écoulée - et depuis la guerre contre la drogue -, ce qui est énorme. Quelque 1 500 cas ont été signalés l’an dernier.

Décharges électriques, viols et simulacres d’exécution sont quelques-unes des méthodes de torture employées. Le rapport est difficile à lire.

Les conversations que j’ai eues avec des victimes de la torture au Mexique m’amènent à penser que tous les représentants de l’État dans ce pays - du policier local au président lui-même - doivent en lire chaque page.

Comme un rescapé l’a dit : « La torture est hors de toute mesure au Mexique, et cela n’affecte pas seulement la personne qui en est victime, mais la société dans son ensemble. »

Lorsque j’ai rencontré le président Peña Nieto à Mexico en février, il m’a dit qu’il était fortement attaché à la protection et au respect des droits humains. Il est désormais temps pour lui de faire la preuve de cet engagement, il ne faut pas attendre un jour de plus.

Le Mexique a signé de nombreux traités et protocoles internationaux et régionaux. Mais le président n’a ni publiquement reconnu le problème, ni sérieusement commencé à le combattre.

Les organes officiels chargés d’enregistrer et de traiter les cas de torture manquent lamentablement à leurs devoirs. Les plaintes sont fréquemment rejetées ou minimisées sans raison par les procureurs et les juges.

Moins d’un pour cent des victimes de violations des droits humains, y compris celles qui ont été torturées, ont vu la Commission nationale des droits humains formuler une recommandation publique sur leurs cas. L’immense majorité des plaintes sont mises sous clé, soustraites à tout éventuel examen public approfondi, et même les victimes ne peuvent les consulter.

Cela favorise une culture de l’impunité dont bénéficient les auteurs d’actes de torture, qui ne sont que rarement, voire jamais, poursuivis pour leurs agissements. Seuls sept tortionnaires ont à ce jour été déclarés coupables par des tribunaux fédéraux mexicains, et c’est encore pire au niveau des États.

Il est terrifiant de constater que pour 20 personnes qui portent plainte pour des actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements auprès de la CNDH, seule une est examinée par des médecins légistes dans le cadre d’une information judiciaire ouverte par le parquet fédéral.

Les enquêtes qui sont ouvertes bafouent souvent les normes internationales inscrites dans le « protocole d’Istanbul ». Les résultats sont fréquemment déclarés négatifs sans aucune justification, et ces conclusions défaillantes mettent souvent fin à la quête de justice menée par les victimes.

Même pour l’infime minorité de victimes reconnues par la CNDH, la probabilité d’obtenir justice est très faible.

Une femme à qui nous avons parlé, qui avait été violée par des militaires, s’est vu proposer des réparations qui comprenaient des séances de thérapie avec des psychologues de l’armée dans une base militaire. Cela est consternant.

La police et l’armée jouent un rôle clé dans tout cela. La torture occupe une place centrale dans les opérations de maintien de l’ordre et de sécurité publique. Elle est souvent employée dans le but d’obtenir des « aveux » forcés ou d’impliquer d’autres personnes dans des crimes graves.

Les garanties contre la détention arbitraire et celles qui favorisent l’accès à une assistance juridique sont régulièrement bafouées, et les procureurs comme les juges ferment les yeux. En résultent des procès iniques et des condamnations contestables, tandis qu’un grand nombre des véritables auteurs de crimes graves ne sont jamais inquiétés par la justice.

À Mexico, j’ai également rencontré Claudia Medina, qui a fait l’objet d’une détention arbitraire, et a reçu des coups et des décharges électriques, dans une base navale de Veracruz. Elle a été contrainte à signer des « aveux » qu’on ne lui a jamais laissé lire.

Les rapports médicaux effectués par la suite ont confirmé les allégations de torture qu’elle a formulées et Claudia continue courageusement son combat en faveur de la justice. À ce jour cependant, personne n’a été amené à rendre de comptes et le parquet poursuit la procédure sans fondement engagée contre elle, qui s’appuie sur son placement arbitraire en détention et sur des éléments de preuve arrachés sous la torture.

Cela ne peut ni ne doit être le Mexique que le président Peña Nieto désire. Aucun pays ne peut tolérer de violations de cette ampleur.

Quand j’ai rencontre le président cette année, j’ai souligné à quel point il était important de s’attaquer au climat d’impunité. Il s’est dit ouvert aux messages d’Amnesty International. En substance, cependant, rien n’a changé.

Le président doit désormais agir rapidement et fermement pour mettre en œuvre les recommandations émises par Amnesty International et d’autres, notamment la société civile mexicaine.

Il doit commencer par s’engager publiquement à affronter la question de la torture, qui échappe véritablement à tout contrôle au Mexique.

Le pays a besoin d’une refonte du système d’enregistrement et de traitement des allégations de torture et d’autres formes de mauvais traitements, et les arrestations arbitraires doivent cesser.

Il s’agit là d’un objectif qui peut clairement être atteint, si le président est prêt à en faire une priorité politique.

Il n’est pas trop tard pour rendre justice à Claudia, et aux milliers d’autres personnes dans son cas. Cela est essentiel pour le futur du Mexique.

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