ÉQUATEUR. HALTE À L’UTILISATION ABUSIVE DE LA JUSTICE PÉNALE POUR RÉDUIRE LES VOIX CRITIQUES AU SILENCE

Amnesty International accueille avec inquiétude la nouvelle de la condamnation à un an de prison et à une amende de 100 000 dollars (75 000 euros) de Mónica Chuji, défenseure des droits humains, et dénonce le recours indu à la justice pénale visant à faire taire les détracteurs du gouvernement.

Mónica Chuji est active au sein de la communauté Sarayaku de Sucumbíos, dont elle est issue et qui dépend de la Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur. Au premier semestre 2007, elle a été ministre de la Communication du gouvernement.

Dans un entretien publié le 6 février 2011 par le journal El Comercio, Mónica Chuji, exprimant son opinion sur le gouvernement actuel, a qualifié Vinicio Alvarado, le secrétaire général de l’administration publique, de « nouveau riche ». Le 25 novembre elle a été condamnée pour injures calomnieuses sur la base de ces déclarations. Rafael Correa, le président, a personnellement assisté à l’audience à l’issue de laquelle la condamnation a été prononcée. Le lendemain, dans une émission télévisée, il a affirmé : « Mónica a été jugée parce que c’est une menteuse. » Amnesty International a suivi avec préoccupation l’implication de l’exécutif dans cette affaire, susceptible de générer une pression indue risquant de compromettre l’impartialité et l’indépendance de la justice.

Cette condamnation, prononcée par un juge des garanties pénales de Quito, s’inscrit dans une série de cas dans lesquels Amnesty International a constaté un recours indu à la justice pénale dans le but d’affaiblir et de restreindre le droit à la liberté d’expression et de pensée en Équateur. C’est le cas, par exemple, des journalistes de la publication El Universo qui, en juillet 2011, ont été très lourdement condamnés pour avoir utilisé le mot « dictateur » pour faire référence au président Correa dans un article d’opinion.

Des organisations régionales et internationales de défense des droits humains ont signalé que les cas de diffamation à l’égard des autorités doivent donner lieu à des procès civils et non pas à des procédures pénales.

Il est fort préoccupant que le gouvernement équatorien utilise la justice de manière indue afin d’étouffer des critiques légitimes. Ces condamnations constituent une atteinte directe à la liberté d’expression et d’opinion en Équateur, et envoient un message inquiétant aux journalistes, aux défenseurs des droits humains, aux dirigeants indigènes et à toute autre personne souhaitant émettre des critiques sur le gouvernement. Conformément aux instruments internationaux relatifs aux droits humains auxquels l’Équateur est partie, la liberté d’expression et d’opinion doit pouvoir être exercée sans craintes de représailles.

La défense de Mónica Chuji a formé un recours contre la condamnation et demandé l’annulation de la procédure en raison d’irrégularités et du fait que cette femme ait été inculpée d’une infraction n’ayant jamais existé. Le juge doit désormais déterminer s’il convient de l’innocenter ou de réexaminer le cas.

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