ESPAGNEAu Pays basque, ceux qui veulent s’exprimer librement risquent de le payer de leur vie

Index AI : EUR 41/001/2003

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Amnesty International a appelé ce lundi 10 février 2003 le groupe armé basque Euskadi Ta Askatasuna (ETA) à renoncer une bonne fois pour toutes à étouffer la liberté d’expression au Pays basque en ayant recours à des fusillades, des attentats à l’explosif et des campagnes d’intimidation.

L’organisation a lancé cet appel à la suite de l’homicide par balle dont un militant du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) a été victime samedi 8 février et dont la responsabilité a été attribuée à l’ETA.

Membre actif du Parti socialiste basque, Joseba Pagazaurtundua était un des organisateurs du mouvement Basta Ya (Ça suffit) qui s’oppose fermement à la violence de l’ETA. Il avait milité dans les rangs de l’ETA politico-militaire, une faction qui s’était auto-dissoute dans les années 70. Au moment de sa mort, le chef de la police municipale d’Andoain (Guipuzcoa) était en congé pour maladie après avoir reçu plusieurs menaces de mort.

" Cet homicide, s’il est effectivement imputable à l’ETA, ne peut être interprété autrement que comme un acte d’intimidation dirigé contre ceux qui adoptent une position ou une politique différente de celles du groupe armé basque ou opposée à celles-ci ", a déclaré Amnesty International.

L’ETA avait annoncé à la fin du mois de septembre 2002 que les bureaux et les meetings du Parti populaire, au pouvoir, et du PSOE seraient considérés comme des " cibles militaires " ; le groupe avait aussi menacé de mort des militants politiques. L’ETA avait déclaré peu de temps avant, au mois d’août, qu’il allait " prendre des mesures " contre les partis politiques n’ayant pas voté contre la Loi sur les partis politiques. Cette nouvelle loi - aux termes de laquelle, les partis politiques ne respectant pas les principes de démocratie et les valeurs définies par la Constitution sont frappés d’illégalité - est souvent considérée comme une étape importante de la campagne menée en vue d’obtenir l’interdiction du mouvement politique Herri Batasuna.

Amnesty International a toujours condamné sans réserve les atteintes aux droits humains perpétrées par l’ETA.

" Les homicides délibérés sur la personne de membres de partis politiques ou de militants, ainsi que les actes de violence perpétrés contre eux pour les intimider, violent les droits humains fondamentaux que sont le droit à la vie et le droit à la liberté d’association et d’expression ", a déclaré l’organisation.

" De tels homicides et menaces de mort ne sont jamais justifiés. "

Complément d’information
L’ETA a tué cinq personnes en 2002, et en a blessé un bien plus grand nombre.
Herri Batasuna est une coalition parlementaire considérée généralement comme l’aile politique de l’ETA. En mai 2002, Amnesty International a exprimé sa préoccupation au sujet de certains aspects de la Loi sur les partis politiques, en s’inquiétant en particulier de l’ambiguïté de certains termes de ce texte pouvant conduire à une interdiction des partis ayant les mêmes objectifs politiques que certains groupes armés mais n’ayant pas recours à la violence et ne préconisant nullement son usage.
En septembre 2002, Amnesty International a appelé les autorités basques et espagnoles à veiller à ce que le droit fondamental à la liberté d’expression au Pays basque ne pâtisse pas des mesures liées à la suspension et à l’éventuelle interdiction de Herri Batasuna.

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