États-Unis. Amnesty International demande aux autorités de l’Arizona de limiter le recours inhumain aux cellules d’isolement

Le régime d’isolement cruel pratiqué dans les prisons de l’État de l’Arizona déshumanise les détenus, tandis que les autorités échouent dans leur mission visant à répondre aux besoins fondamentaux de ceux-ci en matière de santé physique et mentale, écrit Amnesty International dans un rapport publié mardi 3 avril.

Ce rapport, intitulé Cruel isolation : Amnesty International’s Concerns about Conditions in Arizona Maximum Security Prisons, explique que plus de 2 000 détenus sont confinés pendant des mois, voire des années à leur cellule dans des conditions d’isolement et de privation sensorielle extrêmes.

En Arizona, plus d’un détenu sur 20 est à l’isolement – une proportion excessivement élevée dans un pays qui placerait déjà plus de prisonniers à l’isolement qu’aucun autre au monde.

Une douzaine d’adolescents de 14 à 17 ans se trouveraient également en détention à l’isolement dans cet État dans une unité accueillant spécifiquement des mineurs ayant été jugés et condamnés comme des adultes.

« La détention à l’isolement en Arizona est inhumaine », a souligné Angela Wright, spécialiste des États-Unis à Amnesty International. « Tout, des cellules à l’absence de soins de santé et de possibilités de réinsertion, semble être spécifiquement conçu pour déshumaniser les prisonniers. »

« L’isolement ne doit être utilisé qu’en dernier recours et pour de brèves périodes. Il ne doit jamais être imposé à des mineurs ou à des prisonniers présentant des troubles mentaux. »

La plupart des prisonniers placés à l’isolement en Arizona se trouvent dans les quartiers administratifs spéciaux du complexe carcéral public d’Eyman. Les prisonniers des quartiers administratifs spéciaux passent près de 24 heures par jour dans de petites cellules sans fenêtre, où la lumière du jour et l’air frais ne pénètrent que très peu. Ils n’ont pas droit aux programmes de travail, d’éducation ou de réinsertion. Ils ne sont autorisés à quitter leur cellule que trois fois par semaine maximum pour deux heures tout au plus afin de prendre une douche et de faire de l’exercice seuls dans une petite cour qui reçoit rarement les rayons du soleil.

Un écran empêchant tout contact physique les sépare des parents ou avocats leur rendant visite.

Dans une lettre envoyée à Amnesty International, un prisonnier incarcéré depuis des années dans une cellule d’isolement en Arizona a décrit des conditions insupportables – de la nourriture, de l’urine et de la matière fécale sont collées aux murs de certaines cellules. De nombreux prisonniers souffriraient d’infections cutanées à staphylocoque.

Les prisonniers placés à l’isolement sont considérés par les autorités comme étant ceux qui présentent le risque le plus élevé pour le public et le personnel. Il semble cependant que tous ces prisonniers ne correspondent pas à ce profil ; certains auraient ainsi été placés à l’isolement pour des infractions mineures répétées.

Beaucoup souffrent de troubles mentaux ou du comportement – problèmes susceptibles de dégénérer du fait de leurs conditions de détention.

Des professionnels de santé ont affirmé qu’un isolement tel que celui qui est imposé aux détenus en Arizona est susceptible de provoquer de graves problèmes psychologiques, comme l’anxiété et la dépression, des distorsions de la perception et des épisodes psychotiques - y compris chez ceux ne présentant pas de troubles préexistants.

Des études et des données de diverses provenances révèlent que les suicides sont plus nombreux dans les cellules d’isolement que parmi la population carcérale dans son ensemble.

Entre octobre 2005 et avril 2011, au moins 43 prisonniers se sont suicidés dans les prisons pour adultes de l’Arizona. Dans 22 des 37 cas sur lesquels Amnesty International a obtenu des informations, le détenu se trouvait à l’isolement.

Plusieurs États à travers les États-Unis ont récemment réduit le nombre de cellules d’isolement, voire les ont supprimées, à la suite de décisions de justice ou pour réduire les coûts.

En 2007, le Mississipi a renforcé ses critères concernant le placement de prisonniers dans des cellules d’isolement et a commencé à introduire des activités de groupe, récréatives et autres, permettant au bout du compte le transfert de ces prisonniers dans les installations accueillant la population carcérale générale ; le quartier d’isolement a été fermé en 2010. Les autorités affirment que ces changements ont conduit à une amélioration considérable du comportement des prisonniers et à une réduction de la violence et du recours à la force.

« Nous reconnaissons qu’il est parfois nécessaire de séparer certains prisonniers du reste de la population carcérale, pour des raisons disciplinaires ou de sécurité », a poursuivi Angela Wright. « Aucun prisonnier ne doit cependant être privé d’éléments de confort tels que la possibilité de faire suffisamment d’exercice, de bénéficier de sources de lumière naturelle, d’air frais et de véritables rapports humains. »

Alors qu’elle effectuait ses recherches, la délégation d’Amnesty International a demandé à se rendre dans les quartiers administratifs spéciaux d’isolement à l’ASPC-Eyman ; cette requête a été rejetée. Les autorités carcérales ont refusé de rencontrer les délégués lorsque ceux-ci se trouvaient en Arizona en juillet 2011, ce qui a empêché ces derniers de mener eux-mêmes une inspection du siège de l’administration pénitentiaire et de centres de détention. Les préoccupations dont Amnesty International fait état dans son rapport lui ont été inspirées par les informations que lui ont fourni diverses sources, dont des prisonniers et des défenseurs de prisonniers, d’anciens et actuels membres du personnel, et les lignes directrices et procédures écrites en vigueur au sein de l’administration pénitentiaire de l’État de l’Arizona.

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