États-Unis. Déception devant le refus de libération conditionnelle pour Leonard Peltier, détenu depuis plus de trente-deux ans

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

ÉFAI-
21 août 2009

Amnesty International a exprimé ce vendredi 21 août sa déception devant la décision du Comité des libérations conditionnelles des États-Unis de ne pas accorder ce droit à Leonard Peltier, alors que des interrogations subsistent quant à l’équité du procès à l’issue duquel il a été condamné pour meurtre en 1977. L’organisation a demandé que ce militant puisse bénéficier sans délai d’une libération conditionnelle. Il purge actuellement deux peines consécutives de réclusion à vie et a déjà passé plus de trente-deux années derrière les barreaux.

Membre bien connu du Mouvement indien d’Amérique (AIM), Leonard Peltier a été déclaré coupable d’avoir tué, le 26 juin 1975, les agents du Bureau fédéral d’enquêtes (FBI) Jack Coler et Ronald Williams lors d’un affrontement dans la réserve indienne de Pine Ridge (Dakota du Sud) dans lequel étaient impliqués des membres de l’AIM. Leonard Peltier reconnaît avoir été présent lors de ces faits, mais il a toujours nié avoir tiré sur les agents à bout portant, ainsi que l’a soutenu l’accusation lors du procès.

Le crime pour lequel Leonard Peltier a été condamné est bien entendu grave, déclare Amnesty International. L’organisation n’en demeure pas moins préoccupée, pour avoir suivi l’affaire de près depuis plusieurs années, par le caractère inéquitable de la procédure ayant abouti à la condamnation de Leonard Peltier, notamment par les éléments qui établiraient un lien entre lui et les coups de feu mortels et par les contraintes exercées sur un témoin présumé.

Amnesty International constate en particulier que l’extradition de Leonard Peltier du Canada – où il s’était réfugié après la fusillade – a été obtenue, en 1976, sur la base d’une déposition faite sous la contrainte par un témoin présumé, alors que le FBI savait que ce témoignage était faux. La femme qui avait déclaré avoir vu Leonard Peltier tirer sur les agents, Myrtle Poor Bear, s’est par la suite rétractée mais lors du procès le juge de première instance s’est opposé à ce qu’elle soit citée comme témoin à décharge. L’organisation est également préoccupée, entre autres, par le fait que l’accusation a empêché que soient produits des éléments de preuve balistiques qui auraient pu revêtir une importance capitale et assister Leonard Peltier dans sa défense.

« C’est en accordant à Leonard Peltier une libération conditionnelle que l’on servirait au mieux la justice, a déclaré Angela Wright, chercheuse d’Amnesty International aux États-Unis. Compte tenu des questions qui se posent autour de sa condamnation, et vu que les recours en appel devant les tribunaux sont épuisés depuis longtemps et qu’il a déjà passé plus de trente-deux années en prison, nous prions instamment le Comité des libérations conditionnelles de revenir sur sa décision. »

Le 28 juillet, lors d’une séance de plus de quatre heures, le Comité a tenu sa première audience plénière consacrée à cette affaire depuis 1993. Leonard Peltier et son avocat ont soulevé des questions concernant l’équité de sa condamnation et demandé sa libération conditionnelle au vu de sa bonne conduite en prison et de l’accueil que lui réservait la tribu de Turtle Mountain une fois qu’il serait libre.

Complément d’information

Leonard Peltier, amérindien anishinabe-lakota, était membre du groupe militant Mouvement américain indien (AIM) qui œuvrait pour la défense des droits des Indiens « traditionnalistes » lors d’une période très conflictuelle des années 1970. Durant les deux années qui ont précédé l’affrontement au cours duquel les deux agents avaient trouvé la mort, plus de 60 Indiens de la réserve de Pine Ridge avaient été tués, semble-t-il par des groupes paramilitaires liés au gouvernement tribal, mais personne n’a jamais été poursuivi en justice dans ces affaires. Des membres de l’AIM qui s’étaient rendus à la réserve pour assister les «  traditionnalistes » opposés au gouvernement tribal auraient eux aussi été menacés. Les relations entre l’AIM et le FBI étaient tendues, les autorités étant accusées de ne pas avoir fait assez pour protéger les personnes de la réserve qui couraient des risques.

L’affrontement a eu lieu après que les deux agents eurent pénétré dans la réserve munis d’un mandat d’arrêt concernant quatre personnes, et se soient mis à suivre une camionnette. Une fusillade a eu lieu. D’après les éléments de preuve présentés au tribunal, les agents ont été touchés de plusieurs balles avant d’être rapidement immobilisés puis tués à bout portant. Dans un premier temps, deux autres dirigeants de l’AIM, Darelle Butler et Robert Robideau, ont été accusés des deux meurtres et jugés séparément : aucune preuve n’a été versée au dossier pour établir un lien entre les accusés et les coups de feu qui ont achevé les deux agents.

Le tribunal les a acquittés après avoir entendu des récits sur l’atmosphère de violence et d’intimidation qui régnait dans la réserve. Il a conclu que, d’une certaine façon, ils avaient peut-être agi en légitime défense lorsqu’ils ont été pris dans la fusillade.

Après l’acquittement de ces deux hommes, le FBI a redoublé d’efforts pour poursuivre en justice Leonard Peltier, qui s’était réfugié au Canada. Lors de son procès, l’accusation a soutenu que l’arme à feu qui avait tué les agents du FBI appartenait à Leonard Peltier. À l’occasion d’enquêtes menées par la suite, la défense a découvert un message télétex laissant entendre que l’arme en question n’était pas munie du même percuteur que celle qui avait servi à tuer les agents ; cette information avait été évoquée en appel et une audience consacrée à l’examen des preuves a eu lieu au cours de laquelle les autorités ont contesté la signification du message. En appel, le gouvernement a également soutenu que les éléments produits à l’audience étaient suffisants pour prouver que Leonard Peltier était complice des meurtres, même s’il n’avait pas lui-même appuyé sur la gâchette.

Amnesty International pense néanmoins que l’issue du procès aurait pu être différente si Leonard Peltier avait eu les moyens de contester plus efficacement les éléments balistiques qui le liaient aux coups de feu mortels.

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