Éthiopie. Des Oromos ont été arrêtés, torturés et tués par l’État qui réprime toute opposition

L’État se montre impitoyable envers des milliers d’Oromos, membres de la principale ethnie en Éthiopie, au seul motif de leur opposition supposée au gouvernement, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport rendu public mardi 28 octobre.

Ce document, intitulé “Because I am Oromo” – Sweeping repression in the Oromia region of Ethiopia, révèle que les Oromos sont régulièrement victimes d’arrestations arbitraires, de détentions prolongées sans inculpation, de disparitions forcées, d’actes de torture répétés et d’homicides illégaux dans le cadre des incessantes tentatives du gouvernement visant à étouffer l’opposition.

« La répression inlassable du gouvernement éthiopien contre l’opposition réelle ou supposée au sein de la communauté oromo, est très étendue et d’une brutalité souvent choquante », a déclaré Claire Beston, spécialiste de l’Éthiopie à Amnesty International.

« Le but est semble-t-il de mettre en garde, et de contrôler ou brider tous les signes de "désobéissance politique" dans la région. »

Amnesty International a recueilli plus de 200 témoignages expliquant comment l’hostilité générale du gouvernement éthiopien à l’égard des dissidents a mené à des violations systématiques des droits humains dans la région d’Oromia, où les autorités redoutent une forte opposition. Tout signe d’opposition présumé dans la région est traqué et réprimé, souvent de manière préventive et brutale.

Au moins 5 000 Oromos ont été arrêtés entre 2011 et 2014 en raison de leur opposition pacifique avérée ou supposée au gouvernement.

Figurent parmi eux des manifestants non violents, des étudiants, des membres de partis politiques d’opposition et des personnes faisant état de leur héritage culturel oromo.

Outre ces groupes, des personnes de tous les horizons - paysans, enseignants, professionnels de la santé, fonctionnaires, chanteurs, hommes et femmes d’affaires, et beaucoup d’autres - sont régulièrement arrêtées dans la région d’Oromia pour la seule raison qu’on les soupçonne de ne pas soutenir le gouvernement. Beaucoup sont accusées de « monter » d’autres personnes contre le gouvernement.

Il arrive que des membres de la famille de suspects soient pris pour cible par association - tout simplement parce qu’on les soupçonne de partager les opinions de leur proche, ou d’en avoir « hérité » - ou qu’ils soient appréhendés au lieu de la personne recherchée.

Un grand nombre de ceux qui ont été arrêtés sont incarcérés sans inculpation ni procès depuis des mois voire des années, et soumis à des actes de torture répétés. À travers la région, des centaines de personnes se trouvent dans des centres de détention non officiels dans l’enceinte de camps militaires. Beaucoup sont privées de contacts avec leurs avocats et leur famille.

Des dizaines d’opposants avérés ou supposés ont été tués.

La majorité des personnes prises pour cible sont accusées de soutenir le Front de libération oromo (FLO) - groupe armé actif dans la région.

Ces allégations sont cependant rarement prouvées car de nombreux détenus ne sont jamais inculpés ni jugés. Souvent ce n’est qu’un prétexte pour faire taire les voix critiques et justifier la répression.

« Des personnes sont arrêtées pour les motifs les plus ténus, comme le fait de créer un groupe culturel étudiant, ou parce que leur père avait précédemment été soupçonné de soutenir le FLO ou qu’elles ont aidé à mettre au monde l’enfant d’un membre suspecté du FLO. Souvent, c’est parce qu’elles ont refusé de rejoindre le parti au pouvoir  », a déclaré Claire Beston.

En avril et mai 2014, des événements survenus dans la région de l’Oromia ont eu un retentissement international, les forces de sécurité ayant utilisé des balles réelles lors de plusieurs actions de protestation et frappé des centaines de manifestants et de passants non violents. Des dizaines de personnes ont été tuées et des milliers d’autres arrêtées.

«  Ces événements sont loin d’être sans précédent dans la région d’Oromia. Il s’agissait seulement des épisodes les plus récents et sanglants, dans le cadre d’une politique de répression qui dure depuis déjà longtemps. Bien souvent, cependant, la situation dans la région d’Oromia est passée sous silence », a déclaré Claire Beston.

Torture

Le rapport d’Amnesty International donne des informations sur le recours régulier à la torture contre des dissidents oromos avérés ou supposés, que ce soit dans des postes de police, des prisons, des camps militaires ou à leur propre domicile.

Un enseignant a expliqué avoir reçu un coup de baïonnette dans l’œil lors d’une séance de torture en détention parce qu’il refusait de faire de la propagande pour le parti au pouvoir auprès de ses élèves.

Une jeune fille a dit qu’on lui avait déversé des braises ardentes sur le ventre quand elle était incarcérée dans un camp militaire parce que son père était soupçonné de soutenir le FLO.

Un étudiant a été attaché dans des positions très inconfortables et suspendu au mur par un poignet parce qu’il avait été considéré qu’un business plan sur lequel il travaillait pour un concours à l’université était sous-tendu par des motivations politiques.

Des anciens détenus ont parlé à maintes reprises de méthodes de torture parmi lesquelles des passages à tabac, des décharges électriques, des simulacres d’exécution, des brûlures infligées à l’aide de métal chauffé et de plastique fondu, ainsi que des viols, en réunion notamment.

Si la majorité des anciens détenus interrogés ont déclaré qu’ils n’avaient jamais été déférés à la justice, beaucoup ont affirmé qu’on les avait torturés pour leur arracher des « aveux ».

« Nous avons rencontré des anciens détenus à qui il manquait des doigts, des oreilles et des dents, dont les yeux avaient été abîmés et le corps était couvert de cicatrices laissées par des passages à tabac, des brûlures et des coups de couteau, séquelles d’actes de torture selon leurs dires  », a déclaré Claire Beston.

Les conditions de vie des détenus sont épouvantables ; la surpopulation est sévère, certains sont incarcérés dans des cellules souterraines, certains doivent dormir à même le sol, tout en ne recevant qu’une faible ration de nourriture. Beaucoup ne sont jamais autorisés à quitter leur cellule, sauf pour les interrogatoires et, dans certains cas, pour se rendre aux toilettes une ou deux fois par jour. Plusieurs ont dit avoir porté des fers aux poignets ou aux jambes pendant des mois.

Alors que des élections générales doivent avoir lieu en Éthiopie en 2015, il est probable que les efforts déployés par le gouvernement pour lutter contre l’opposition, notamment par le biais d’arrestations, de détentions arbitraires et d’autres violations, se poursuivent sans faiblir, voire s’intensifient.

« Le gouvernement éthiopien doit mettre un terme aux pratiques honteuses consistant à prendre systématiquement pour cible des milliers d’Oromos au seul motif de leurs opinions politiques réelles ou supposées. Il doit cesser d’utiliser la détention sans inculpation, la torture et d’autres formes de mauvais traitements, la détention au secret, les disparitions forcées et les homicides illégaux pour museler les opposants avérés ou supposés », a déclaré Claire Beston.

Les personnes interrogées ont dit à de multiples reprises à Amnesty International que cela ne valait pas la peine de porter plainte ou de chercher à obtenir justice dans les cas de disparition forcée, de torture, d’homicides présumés ou d’autres violations. Certaines ont été arrêtées quand elles ont demandé quel sort avait été réservé à un proche ou où il se trouvait.

Amnesty International pense qu’il est urgent que les organes régionaux et internationaux de protection des droits humains interviennent en ouvrant des enquêtes indépendantes sur les allégations de violations des droits fondamentaux dans la région d’Oromia.

Complément d’information

Ce rapport s’appuie sur plus de 240 témoignages recueillis par Amnesty International, dont 176 dialogues directs avec des réfugiés oromos, qui se sont déroulés entre juillet 2013 et juillet 2014, principalement dans les quatre lieux suivants : Nairobi et le camp de réfugiés de Kakuma, au Kenya ; Hargeisa, au Somaliland ; et Kampala, en Ouganda. Une quarantaine de conversations téléphoniques et échanges de courriels ont été menés avec des personnes dans différents endroits de la région d’Oromia et à Addis-Abeba entre 2012 et 2014, et 30 autres dialogues directs ont eu lieu en Éthiopie, en Égypte et au Kenya entre 2011 et 2012. Amnesty International n’a pas été autorisée à se rendre en Éthiopie pour y effectuer des recherches depuis 2011.

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