Communiqué de presse

Éthiopie. Il faut que les autorités respectent les décisions de justice et libèrent des membres de l’opposition détenus

Les autorités éthiopiennes doivent cesser de harceler deux hommes et deux femmes liés au parti Semayawi (Parti Bleu) qui sont actuellement détenus et les libérer immédiatement, a déclaré Amnesty International alors que ces personnes devaient faire l’objet de poursuites supplémentaires mercredi 1er juillet devant un tribunal de la capitale, Addis-Abeba.

« À cinq reprises au cours des 10 derniers jours, trois juridictions ont ordonné à la police de relâcher ces quatre personnes, a déclaré Michelle Kagari, directrice régionale adjointe d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est, la Corne de l’Afrique et les Grands Lacs. Leur maintien en détention est manifestement illégal et porte atteinte à leurs droits à la liberté et à un procès équitable. »

Woyneshet Molla, Ermias Tsegaye, Daniel Tesfaye et Betelehem Akalework ont été arrêtés en avril dernier et inculpés d’incitation à la violence lors d’un rassemblement à Addis-Abeba. Ils ont été placés en détention dans l’attente de leur procès. Le 22 juin 2015, ils ont été déclarés coupables et condamnés à deux mois de prison par le tribunal pénal fédéral de première instance de Kirkos. Le juge a ordonné leur libération immédiate étant donné qu’ils avaient déjà purgé leur peine, mais la police n’en a pas tenu compte et les a renvoyés dans les prisons de Kality et Kilinto.

Ils ont été remis en liberté le lendemain matin, avant d’être immédiatement ré-arrêtés sans mandat par des policiers et d’autres agents des forces de sécurité et conduits au 6e poste de police de Kasanchiz. Le 25 juin, ils ont été présentés pour les mêmes faits devant le juge qui avait ordonné leur libération. Celui-ci a prononcé un non-lieu et ordonné à nouveau leur libération immédiate, mais la police n’a pas suivi cet ordre et a tenté en vain d’obtenir qu’un autre juge du tribunal accepte d’examiner l’affaire.

Le lendemain, elle les a conduits devant un nouveau juge au tribunal fédéral de première instance de Keraa, en les accusant d’avoir menacé des témoins des faits qui leur étaient reprochés. Le 30 juin, cette juridiction a accepté d’examiner l’affaire, mais ordonné que les prévenus soient libérés sous caution jusqu’à la reprise de l’audience le 1er juillet. Une nouvelle fois, la police n’a pas tenu compte de la décision rendue et ces quatre personnes restent détenues.

Par ailleurs, la Haute Cour fédérale de Lideta a accepté le 29 juin d’examiner le recours formé par le ministère public contre le premier jugement, mais elle a rejeté sa demande de maintien en détention des prévenus. L’audience consacrée à l’examen du recours a été renvoyée au 3 juillet.

« Cette mascarade doit cesser. Ces quatre personnes ont déjà purgé leur peine de prison. Ce mépris flagrant des décisions de justice et les tentatives visant à engager de nouvelles poursuites contre elles s’apparentent à de la persécution. Le harcèlement et l’intimidation y atteignent de nouveaux sommets, a déclaré Michelle Kagari.

« En maintenant Woyneshet Molla, Ermias Tsegaye, Daniel Tesfaye et Betelehem Akalework en détention, les autorités éthiopiennes nuisent à la crédibilité et l’autorité de la procédure judiciaire et affaiblissent l’état de droit. Elles doivent cesser de harceler les membres de l’opposition et veiller au respect du droit à un procès équitable. »

Complément d’information

De nombreux manifestants, parmi lesquels des membres et des responsables de partis d’opposition, ont été arrêtés et accusés d’incitation à la violence lors d’un rassemblement organisé le 22 avril à Addis-Abeba. Cet événement s’inscrivait dans un deuil de trois jours honorant 26 Éthiopiens tués par le groupe armé État islamique en Libye. Amnesty International a publié une déclaration publique appelant la police à faire preuve de retenue lors de la gestion des manifestations et à respecter les lois et normes régionales et internationales.

Des membres du Parti Bleu figuraient parmi les membres de partis d’opposition arrêtés. Certains responsables du parti qui ont été arrêtés à Addis-Abeba à la suite du rassemblement du 22 avril – Blen Mesfin, Tewachew Damtew, Matias Mekuriya, Sintayehu Chekol, Tewodros Assfaw et Meron Alemayehu – sont toujours derrière les barreaux. Nigist Wondefraw et Wondemagegen Assefaw, également membres du Parti Bleu, ont été arrêtées à Addis-Abeba respectivement le 27 mai et le 3 juin et accusées d’incitation à la violence lors de ce rassemblement. La seconde a été remise en liberté au bout de quatre jours, mais la première reste détenue.

Amnesty International a appris que plusieurs autres manifestants, dont des membres du Parti Bleu, arrêtés pendant la campagne électorale sont toujours en détention et font l’objet de procès. Natnael Yalemzewud a été condamné à trois ans d’emprisonnement pour incitation à la violence lors du rassemblement du 22 avril et pour avoir insulté le Premier ministre lors d’un discours prononcé en public pendant la cérémonie de deuil organisée sur la place Mesqel. Quatre autres personnes qui ne sont pas membres du parti ont été condamnées le 2 juin 2015 à cinq mois de prison pour les mêmes faits, ainsi que pour avoir chanté des chansons antigouvernementales lors du rassemblement.

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