ÉTHIOPIE : Présentation d’Amnesty International au Parlement européen au sujet de la situation des droits humains dans le pays

Index AI : AFR 25/018/2006

DÉCLARATION DE MARTIN HILL, CHERCHEUR À AMNESTY INTERNATIONAL SUR L’ÉTHIOPIE ET LA CORNE DE L’AFRIQUE, PRÉSENTÉE À STRASBOURG LE 15 MAI 2006, DATE ANNIVERSAIRE DES ÉLECTIONS DE MAI 2005 EN ÉTHIOPIE, LORS DE LA RÉUNION COMMUNE EXTRAORDINAIRE DE LA COMMISSION DU DÉVELOP-PEMENT DE LA SOUS-COMMISSION "DROITS DE L’HOMME" ET DE LA COMMISSION DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DU PARLEMENT EUROPÉEN

Cette présentation porte principalement sur le procès pour trahison de prisonniers d’opinion ouvert dans le sillage des élections de l’année dernière. Des informations complémentaires sur cette affaire et la situation générale des droits humains en Éthiopie se trouvent dans le rapport qu’Amnesty International a rendu public le 2 mai 2006 sous le titre Éthiopie. Des prisonniers d’opinion jugés pour trahison : dirigeants de l’opposition, défenseurs des droits humains et journalistes (index AI : AFR 25/013/2006 ; http://web.amnesty.org/library/index/fraafr250132006).

Septante six personnes sont jugées pour des infractions passibles de la peine de mort, à Addis-Abeba, dans le cadre d’une procédure qui en est aujourd’hui à ses débuts et devrait durer plusieurs mois. Parmi les accusés se trouvent des membres imminents de la Coalition pour l’unité et la démocratie (CUD), mouvement d’opposition, ainsi que des députés, des avocats et des professeurs d’université.

Parmi les personnes jugées figurent des défenseurs des droits humains comme le professeur Mesfin Woldemariam, fondateur du Conseil éthiopien des droits humains qui, à l’âge de soixante-seize ans, est en mauvaise santé. Se trouvent également parmi les défenseurs des droits humains jugés Daniel Bekele, membre de la direction du bureau éthiopien d’ActionAid, organisation internationale pour le développement basée en Afrique du Sud, et Netsanet Demissie, directeur de l’Organisation pour la justice sociale en Éthiopie. Ces deux avocats spécialisés dans la défense des droits humains participent à la Campagne d’action mondiale contre la pauvreté. Kassahun Kebede, représentant de l’Association des enseignants éthiopiens à Addis-Abeba, est aussi un des accusés.

Quatorze journalistes de la presse indépendante sont également jugés dans le cadre de cette dernière attaque en date du gouvernement contre la liberté de la presse. Parmi eux figure Serkalem Fasil, enceinte de sept mois, qui se plaint du manque de soins médicaux et prénatals.

Toutes ces personnes sont accusées d’avoir organisé des manifestations violentes contre le gouvernement et le parti au pouvoir en réaction à des allégations de fraude électorale. Les dirigeants de la Coalition pour l’unité et la démocratie (CUD) nient ces accusations et boycottent le procès, qu’ils considèrent comme forcément inique. Ils maintiennent qu’ils ont organisé des manifestations pacifiques et qu’ils ne sont pas responsables de la violence qui a éclaté, en particulier lorsque les forces de sécurité ont utilisé des balles réelles contre les manifestants, tuant des dizaines d’entre eux.

Amnesty International considère que ces dirigeants de la CUD, journalistes et défenseurs des droits humains sont des prisonniers d’opinion qui ne devraient pas être inculpés d’infractions passibles de la peine de mort telles que trahison, atteinte à la Constitution, incitation à la rébellion armée et, inculpation ici absurde, « tentative de génocide ». Il est possible que parmi les personnes jugées figurent d’autres prisonniers d’opinion.

Comme les ambassadeurs du Groupe des donateurs à Addis-Abeba, dont fait partie la Commission européenne, Amnesty International a demandé la libération inconditionnelle de ces dirigeants de l’opposition, défenseurs des droits humains et journalistes. Il est difficile de croire le gouvernement lorsqu’il affirme que ces personnes bénéficieront d’un procès équitable, compte tenu des procès politiques iniques que compte le gouvernement à son actif.

La nomination par l’Union européenne d’un observateur international à ce procès constitue une garantie importante. Le Groupe de donateurs a lancé quant à lui un appel en faveur d’une réconciliation politique entre le gouvernement et les partis de l’opposition.

L’appel d’Amnesty International au Parlement européen
Amnesty International exhorte le Parlement européen à réagir à ces violations des droits humains suivant les quatre axes suivants :

1. faire tout ce qui est en son possible, y compris par le biais de ses propres contacts avec le Parlement éthiopien ou de visites dans le pays, pour obtenir sans délai la libération de ces prisonniers d’opinion et surveiller de près la manière dont ils sont traités en détention ;

2. soutenir le droit à la liberté d’opinion, d’expression et d’association en Éthiopie, et en particulier le droit de manifester pacifiquement, le droit de publier librement des points de vue par le biais de la presse indépendante, et le droit de participer aux activités militantes de la société civile ;

3. adopter une résolution sur la situation des droits humains en Éthiopie, visant en particulier à protéger et soutenir les défenseurs des droits humains dont le procès est en cours, en accord avec les Orientations de l’Union européenne concernant les défenseurs des droits humains ;

4. demander à la Commission européenne et au Conseil de l’UE et ses États membres d’enquêter plus activement sur les violations des droits humains dans tout le pays et d’attirer l’attention du gouvernement éthiopien et de la communauté internationale sur les violations ainsi mises au jour pour y trouver des solutions.