Faire la lumière sur la disparition de la militante Illuminée Iragena

Les autorités rwandaises doivent révéler ce qu’il est advenu d’Illuminée Iragena, infirmière et militante qui a disparu de façon soudaine et suspecte il y a un an, a déclaré Amnesty International le 26 mars.

Illuminée Iragena, qui était infirmière et membre du parti d’opposition non enregistré Forces démocratiques unifiées (FDU-Inkingi), a disparu le 26 mars 2016 alors qu’elle se rendait à son travail à l’hôpital Roi Fayçal à Kigali, la capitale du pays.

« Des sources proches de l’enquête pensent qu’Illuminée Iragena a été torturée et est morte en détention, mais elles ne disposent d’aucune information officielle quant au sort qui lui a été réservé, a déclaré Sarah Jackson, directrice régionale adjointe pour l’Afrique de l’Est, la Corne de l’Afrique et la région des Grands Lacs à Amnesty International.

« Cela doit être très dur, pour ses amis et ses proches, de ne pas savoir ce qui est arrivé à Illuminée. Une année s’est écoulée, et nous demandons aux autorités rwandaises de dire la vérité sur ce qu’il est advenu d’elle. »

Les proches d’Illuminée Iragena ont signalé sa disparition à la police, mais ils n’ont jamais reçu de réponse officielle. Préoccupées par l’absence d’informations sur sa situation, Amnesty International et d’autres organisations ont également envoyé aux autorités des demandes restées sans réponse. Jusqu’à présent, les autorités n’ont toujours pas indiqué si elles la détenaient ou non.

Si elle est en détention, il faut que soit immédiatement révélé le lieu où elle se trouve, et qu’elle soit inculpée ou remise en liberté. Si elle est décédée, les circonstances de sa mort doivent sans délai faire l’objet d’une enquête exhaustive, et les autorités doivent rendre publiques les conclusions de cette enquête.

Le gouvernement doit publier les informations concernant toute enquête ouverte ou autre mesure prise pour déterminer où elle se trouve.

Illuminée Iragena s’est portée candidate aux élections législatives de 2008 pour le Parti social-démocrate.

Son mari, Martin Ntavuka, est l’ancien représentant des FDU-Inkingi pour Kigali. Ils avaient, par le passé, tous les deux été arrêtés en raison de leurs activités politiques.

Une autre membre des FDU-Inkingi, Léonille Gasengayire, a été arrêtée le 26 mars 2016, le jour même de la disparition d’Illuminée Iragena. Elle a été libérée au bout de trois jours, puis à nouveau arrêtée en août et inculpée d’incitation à l’insurrection. Elle a été acquittée et remise en liberté le 23 mars.

Les deux femmes ont souvent rendu visite à la dirigeante des FDU-Inkingi, Victoire Ingabire, qui purge une peine de 15 ans d’emprisonnement pour conspiration contre les autorités par le terrorisme et minimisation du génocide de 1994.

« Un certain nombre de cas de disparition ont été signalés récemment, et cela suscite des inquiétudes en ce qui concerne l’élection présidentielle qui se tiendra en août, a déclaré Sarah Jackson.

« Le fait que les autorités ne répondent pas aux demandes d’information contribue à créer un climat très inquiétant pour l’opposition politique au Rwanda. »

Complément d’information

Illuminée Iragena fait partie d’un ensemble de personnes qui ont disparu :

Violette Uwamahoro, l’épouse d’un militant du Congrès national rwandais, parti interdit, a disparu le 14 février et l’on a su par la suite qu’elle avait été détenue au secret pendant deux semaines.

John Ndabarasa, journaliste de radio dont on était sans nouvelles depuis le 7 août 2016, a réapparu à Kigali le 6 mars.

Jean Damascène Munyeshyaka, le secrétaire national du Parti démocratique vert du Rwanda chargé des questions d’organisation, est porté disparu depuis le 27 juin 2014. On ignore toujours ce qu’il est advenu de lui.

Le gouvernement s’est engagé à créer un bureau spécialisé dans les enquêtes relatives aux cas de disparitions forcées, sous l’égide de la police nationale rwandaise, mais aucune information n’est disponible quant à son statut.

Toutes les infos

Infos liées

Toutes les actions

Actions liées

Les Rohingyas persécutés et privés d’aide humanitaire

Au Myanmar, les forces de sécurité mènent une campagne violente et sans pitié contre les Rohingyas. Il faut agir pour que cela cesse