FÉDÉRATION DE RUSSIE : La prise d’otages dans un théâtre moscovite est " un nouvel exemple de non-respect des droits humains ". Un nouveau rapport dénonce les nombreuses atteintes aux droits humains perpétrées en Russie

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Moscou. Au moment où elle publie un nouveau rapport sur les violations des droits humains en Russie, Amnesty International dénonce la prise d’otages qui a eu lieu dans un théâtre de Moscou, rue Melnikov, qu’elle considère comme " un exemple de plus de la façon dont sont bafoués les droits fondamentaux des simples citoyens " en Fédération de Russie.

À l’heure où la nation toute entière est encore sous le choc de la tragédie, la secrétaire générale d’Amnesty International, Irene Khan, déclare : " Je pleure les victimes et j’exprime toutes mes condoléances et ma sympathie aux familles endeuillées, à tous ceux qui ont été blessés, physiquement ou psychologiquement, par cette épreuve. "

Irene Khan rappelle que le conflit en Tchétchénie a déjà coûté très cher en vies humaines. Elle prie instamment les autorités de garantir le respect des droits fondamentaux de tous les civils, russes et tchétchènes.

Le rapport de 102 pages présenté aujourd’hui (mardi 29 octobre) au public, à Moscou, et intitulé Fédération de Russie. Un pays sans véritable justice, dénonce les très nombreuses atteintes aux droits humains perpétrées en Russie. Il montre que les victimes ne parviennent pas à obtenir justice et restent vulnérables à de nouveaux abus, tandis que les auteurs de violations jouissent généralement d’une totale impunité et restent pour ainsi dire libres de poursuivre leurs méfaits.

Amnesty International, qui mène ici sa toute première campagne consacrée à la Fédération de Russie, demande que des mesures soient prises de toute urgente pour lutter contre le " cycle infernal des atteintes aux droits humains " dans ce pays.

" La terrible prise d’otages survenue dans un théâtre de Moscou vient rappeler de sinistre manière que la situation en Tchétchénie n’est toujours pas résolue. Nous condamnons cet acte, qui constitue une atteinte ignoble aux droits humains, " affirme Irene Khan.

" Cette prise d’otages de grande envergure est une atteinte révoltante de plus aux droits fondamentaux de la personne commise en conséquence de ce conflit, qui a déjà engendré de terribles souffrances pour tous les êtres impliqués, dans un pays où les abus sont courants et où les victimes ont peu de chances d’obtenir réparation. "

" Dans le monde entier, lorsqu’on pense aux violations des droits humains en Russie, on pense à la Tchétchénie. Ce que l’on sait moins, c’est que le climat d’impunité qui caractérise la situation en Tchétchénie imprègne malheureusement l’ensemble du système de justice russe. "

Le nouveau rapport d’Amnesty International dénonce les violations des droits humains perpétrées dans tout le pays : torture dans les commissariats, conditions de détention cruelles, inhumaines et dégradantes dans des prisons surpeuplées et insalubres, violences racistes dirigées contre les membres des minorités ethniques ou religieuses et contre les étrangers, enlèvements, " disparitions " et torture (viols, notamment) en Tchétchénie.

" Il existe à l’heure actuelle en Russie un enchaînement pernicieux des atteintes aux droits fondamentaux de la personne, " souligne Irene Khan. " Si le président Poutine veut promouvoir le rôle de son pays sur la scène mondiale, il doit commencer par garantir la justice et le respect des droits à toute personne vivant en Russie. "

" Alors que la Russie se trouve à un moment crucial de son histoire, le président Poutine doit faire preuve de sens des responsabilités politiques internationales et ne doit pas commettre les mêmes erreurs que les Occidentaux, en restreignant les droits humains au nom du combat contre le "terrorisme international".

" Le président Poutine ne doit pas se servir de la "guerre contre le terrorisme" pour éluder le problème que pose le déni de justice qui affecte l’ensemble de la société russe, " conclut la secrétaire générale de l’organisation de défense des droits humains.

Amnesty International formule des dizaines de recommandations en vue de réformes immédiates et appelle tant les autorités russes que la communauté internationale à les mettre en œuvre. Elle recommande notamment l’adoption d’une loi faisant de la violence au foyer une infraction à part entière, la mise en place d’un organisme indépendant qui serait chargé d’enquêter sur les actes de torture, et l’abolition totale du système de passeports internes et d’enregistrement du lieu de séjour, qui donne lieu à des pratiques discriminatoires systématiques.

Le nouveau rapport d’Amnesty International cite toute une série de cas d’atteinte aux droits humains, dont voici quelques exemples :
– Marina T. a été arrêtée par la police de la circulation de Iaroslav, le 5 mars 1999. Estimant apparemment qu’elle était en état d’ébriété, les policiers ont conduit la jeune femme à un centre de dégrisement. Une fois arrivée, elle aurait été, selon son témoignage, déshabillée de force par trois policiers et un membre du personnel médical, qui lui auraient cogné la tête contre le mur et lui aurait donné un coup de poing dans la figure. Les policiers l’auraient ensuite emmenée, en la tirant par les cheveux, dans une pièce voisine, où elle aurait été violée par quatre hommes. Marina T. a comparu le lendemain matin devant un tribunal. Elle aurait essayé d’expliquer au juge qu’elle avait été torturée, mais celui-ci l’aurait interrompue, en l’accusant d’avoir insulté les policiers avant qu’ils ne l’arrêtent.
Marina T. a porté plainte auprès du parquet. Deux ans plus tard, l’un des policiers a finalement été déclaré coupable de coups et blessures avec préméditation, mais il a été libéré immédiatement en application d’une amnistie couvrant les délits mineurs. Deux autres policiers ont été condamnés à des peines avec sursis, assorties d’une interdiction de travailler dans la police pendant deux ans. Les avocats de Marina T. ont fait appel de ces verdicts. La procédure n’est toujours pas terminée.
– Alaoudine Sadykov, cinquante et un ans, est enseignant à Grozny. Il a été arrêté le 5 mars 2000, par des agents des services de sécurité russes, qui l’ont ensuite conduit dans un commissariat de police du quartier Oktiabrski. Les policiers l’auraient alors passé à tabac, l’auraient obligé à manger ses cheveux et lui auraient brûlé les mains avec des morceaux de métal chauffés à rouge. Les cicatrices laissées par ces blessures sont encore visibles. Il a raconté son calvaire à Amnesty International : " Ils m’ont battu de nouveau et ils ont dit : "Coupons-lui la tête". Ils ont pris un grand couteau, de ceux que l’on utilise pour abattre le bétail, et ils m’ont tranché l’oreille gauche. Puis ils ont dit : "On te coupera la tête plus tard." " Une enquête a été ouverte sur les passages à tabac dont Alaoudine Sadykov affirmait avoir été victime, mais elle a été suspendue un peu plus tard, au motif que les auteurs des violences n’avaient pas pu être identifiés.
– Trois travailleurs du bâtiment d’origine tadjike auraient été torturés par des agents du Service de lutte contre le crime organisé de Moscou, en juillet 2000, et seraient restés trois semaines en détention sans avoir accès à un avocat. Ils auraient notamment été frappés à coups de pied et de bouteille en plastique remplie d’eau, et brûlés avec des cigarettes. Les trois hommes ont été libérés après deux mois de détention. La procédure engagée contre eux a été abandonnée. Après bien des atermoiements, une enquête a enfin été ouverte, en juin 2002, sur les agissements de trois policiers. Celle-ci est toujours en cours.

Vous trouverez également un ensemble d’éléments (en anglais) destinés à la presse sur le site http://www.web.amnesty.org/mavp/av.nsf/pages/Russian_press_kit

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