Fédération de Russie. Le procès Anna Politkovskaïa s’achève - mais l’enquête doit se poursuivre

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

L’enquête sur le meurtre de la journaliste défenseure des droits humains Anna Politkovskaïa doit se poursuivre avec encore plus d’énergie, a déclaré Amnesty International ce jeudi 19 février à l’énoncé de l’acquittement, prononcé par le jury d’un tribunal militaire de Moscou, de toutes les personnes accusées d’être impliquées dans le meurtre de la journaliste.

« Nous demandons instamment aux autorités russes de ne pas s’en tenir là, mais de poursuivre l’enquête sur le meurtre et de faire comparaître devant la justice toutes les personnes impliquées, y compris le tireur et les commanditaires du meurtre », a déclaré Nicola Duckworth, directrice du programme Europe et Asie centrale à Amnesty International.

Le jury a déclaré n’avoir pas trouvé de preuve de la culpabilité des accusés dans les éléments fournis par l’enquête.

Après le jugement, Anna Stavitskaïa, l’une des représentantes des enfants d’Anna Politkovskaïa, a opposé les faiblesses de l’enquête à la solidité de la défense des accusés.

« La fin du procès n’exonère pas les autorités de l’obligation qui est la leur de retrouver le meurtrier et les commanditaires du meurtre", a déclaré Nicola Duckworth.

« En rendant justice dans le meurtre d’Anna Politkovskaïa, les autorités russes prouveront qu’elles ont la volonté politique de mettre fin à la politique consistant à faire taire les défenseurs des droits humains. »

S’adressant aux jurés quelques jours avant la décision, l’avocate Karinna Moskalenko, qui représente également les enfants d’Anna Politkovskaïa, a déclaré : « Anna détestait l’impunité et le non-droit et elle n’aurait jamais voulu voir partir libre l’auteur d’un crime. Dans le même temps, elle n’aurait pas voulu voir quelqu’un condamné pour un crime qu’il n’aurait pas commis. »

Complément d’information

Anna Politkovskaïa, journaliste et défenseure des droits humains, a été assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou.

Anna Politkovskaïa était en butte aux actes d’intimidation et de harcèlement de la part des autorités russes, notamment en Tchétchénie, pour avoir critiqué haut et fort l’action et la politique du gouvernement russe. Après avoir écrit ses premiers articles sur le conflit armé en Tchétchénie et dans le Caucase du Nord en 1999, Anna Politkovskaïa avait été arrêtée et menacée de graves représailles, notamment de mort, à plusieurs reprises.

Depuis la fin août 2007, au moins 12 personnes ont été arrêtées en lien avec le meurtre mais plusieurs d’entre elles ont ensuite été libérées. Parmi les suspects dont les noms ont été rendus publics figurent des fonctionnaires du ministère de l’Intérieur, du FSB (Service fédéral de sécurité) et un ancien responsable d’une administration locale en Tchétchénie.

Au cours du procès qui a démarré en novembre 2008, les membres du jury devaient parvenir à une conclusion au sujet de la participation au meurtre et de la culpabilité de Djabraïl et Ibraguim Makhmoudov et de Sergueï Khadjikourbanov. Ce dernier, ancien policier, était également accusé d’avoir détenu et soumis à de mauvais traitements l’homme d’affaires Edouard Ponikarov, tout comme Pavel Riagouzov, ex-agent du FSB.

Amnesty International a assisté à une grande partie des audiences dans cette affaire.