FÉDÉRATION DE RUSSIE : Les étudiants étrangers de l’université de l’Amitié entre les peuples victimes de discrimination

Index AI : EUR 46/096/2003
ÉFAI

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Amnesty International est préoccupée par le fait que l’intervention des
services de secours lors de l’incendie qui a eu lieu récemment à
l’université de l’Amitié entre les peuples de Moscou pourrait ne pas s’être
déroulée dans des conditions normales pour des raisons à caractère raciste.
L’organisation de défense des droits humains demande instamment au
gouvernement russe de prendre immédiatement des mesures afin de garantir la
sécurité et le bien-être de tous les étudiants de l’université.

« Les témoignages sur les opérations de secours recueillis auprès des
rescapés, les fréquentes alertes à la bombe et les agressions racistes
persistantes dans les locaux de l’université constituent de graves motifs de
préoccupation », a déclaré Amnesty International.

Selon un porte-parole de l’organisation, « les informations recueillies par
Amnesty International montrent que le personnel des services de secours a
traité les étrangers pris dans l’incendie de façon discriminatoire, une
attitude qui s’inscrit dans le droit fil de celle constatée chez d’autres
fonctionnaires de l’État, par exemple les policiers ».

Quarante-deux personnes ont trouvé la mort lors de l’incendie qui a ravagé
le bâtiment n° 6 de la résidence de l’université de l’Amitié entre les
peuples dans la nuit du 24 novembre 2003. Pas moins de 200 autres étudiants
ont été blessés, parmi lesquels une centaine sont toujours hospitalisés. Le
groupe chargé de la lutte contre le racisme auprès de l’Aumônerie
protestante de Moscou et l’Association des étudiants africains de
l’université ont fait part à Amnesty International d’informations dignes de
foi selon lesquelles les services d’urgence ont réagi lentement lorsque
l’incendie leur a été signalé. Un grand nombre d’étudiants ont contesté la
version officielle selon laquelle les secours n’ont mis que quelques minutes
à se rendre sur place et ont critiqué la façon dont les opérations ont été
conduites. En outre, pour la plupart des étudiants interrogés par le groupe
de l’Aumônerie protestante de Moscou, l’incendie lui-même était « un acte
criminel à caractère raciste ».

De nombreux étudiants ont déclaré que les ambulances et les pompiers étaient
arrivés sur les lieux entre une demi-heure et une heure après que l’incendie
leur eut été signalé. Lorsque les pompiers sont parvenus sur place, beaucoup
d’étudiants - dont certains se trouvaient au cinquième étage - avaient déjà
été contraints de se jeter par les fenêtres du foyer. Un certain nombre de
témoins ont signalé que des ambulanciers avaient tenté d’extorquer de
l’argent aux étudiants en échange de leur transfert vers l’hôpital. Certains
ont également déclaré que les employés des services de santé avaient décidé
de transporter d’abord « leurs patients » - c’est-à-dire les Russes de
souche - à l’hôpital.

Selon certains témoignages, les pompiers et le personnel médical ont
manipulé les victimes - les morts et les blessés - brutalement et de manière
inappropriée.

Toute la communauté étudiante vit depuis plusieurs semaines dans un climat
de peur qui s’est installé à la suite de plusieurs agressions racistes,
d’alertes à la bombe et d’incendies volontaires présumés. Dans la semaine
qui a précédé l’incendie et au début du mois de décembre, plusieurs foyers
voisins ont dû être évacués en raison d’alertes à la bombe. Le 9 décembre,
un grand bâtiment situé au centre du campus a également été évacué à la
suite d’une alerte à la bombe. Quatre jours après l’incendie, six étudiants
(dont quatre étaient de nationalité jamaïcaine et un de nationalité
colombienne) ont été grièvement blessés après avoir été agressés sur le
campus par un groupe de skinheads. Plusieurs sont toujours hospitalisés.
Deux des victimes étaient des femmes.

Complément d’information

À la suite de ces événements, le recteur de l’université a démissionné et
des poursuites pour négligence ont été engagées contre le commandant des
pompiers pour l’arrondissement sud-ouest de Moscou, où se trouve
l’université. De hauts responsables ont dénoncé les mesures de sécurité
insuffisantes et les nombreuses violations des normes d’hygiène et de
sécurité constatées dans le foyer incendié et dans tous les autres logements
des étudiants sur le campus. Au moment où l’incendie s’est déclaré, deux des
trois sorties du foyer étaient verrouillées ; le bâtiment était dépourvu
d’extincteurs et de système d’alarme anti-incendie en état de
fonctionnement. Le gouvernement russe a affirmé publiquement que de
nouvelles mesures allaient être prises afin d’améliorer les conditions de
sécurité dans les résidences universitaires.

Depuis sa création en 1960, l’université de l’Amitié entre les peuples de
Moscou accueille des étudiants originaires d’Afrique, d’Asie et d’Amérique
latine. Des groupes de skinheads prennent fréquemment pour cible le campus
universitaire et ses alentours, où vivent une majorité d’étudiants
étrangers. Les agressions racistes continuent d’être monnaie courante,
malgré une présence policière accrue sur les lieux.

De nombreuses communautés de la Fédération de Russie ont rapporté que la
police s’en prend injustement aux membres des minorités ethniques et qu’elle
les considère systématiquement comme des suspects potentiels. Il arrive par
ailleurs que des groupes ethniques ou nationaux soient victimes de
stéréotypes très négatifs dans les rapports émanant de responsables de
l’application des lois. Or dans l’écrasante majorité des cas dont Amnesty
International a eu connaissance, les autorités n’ont rien entrepris pour
lutter contre ce type de racisme dans le système judiciaire.

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