FÉDÉRATION DE RUSSIE/RÉPUBLIQUE TCHÉTCHÈNE : La « normalisation » de la crise des droits humains

Index AI : EUR 46/036/2004
ÉFAI

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

« Si mon fils a commis un crime, qu’il soit jugé, mais qu’on me dise où il
se trouve ! »

En dépit de ce que prétendent les autorités russes et le pouvoir tchétchène
favorable à Moscou, la situation en République tchétchène est loin d’être
normale. Le conflit qui se poursuit en Tchétchénie est marqué par de
nombreuses violences et une foule d’atteintes systématiques aux droits
humains, et il est actuellement en train de déborder sur l’Ingouchie
voisine. C’est ce qu’a déclaré aujourd’hui Amnesty International, lors du
lancement d’un nouveau rapport intitulé Russian Federation : Chechen Republic
 "Normalization" in whose eyes ? [Fédération de Russie/République
tchétchène. Quelle « normalisation » et pour qui ?].

Rares sont les familles qui, dans cette République du nord du Caucase, n’ont
pas été touchées par des atteintes aux droits humains, à un moment ou à un
autre d’un conflit armé qui dure maintenant depuis cinq ans. « Les forces de
sécurité et les forces fédérales russes continuent de commettre en toute
impunité des violations des droits fondamentaux de la personne, multipliant,
entre autres, les exécutions extrajudiciaires, les « disparitions », les
arrestations arbitraires, les mauvais traitements et les actes de torture,
et notamment les viols », a déclaré Amnesty International. « Les groupes
d’opposition armés tchétchènes s’en prennent pour leur part à des membres
civils de l’administration tchétchène en place et sont accusés d’être
responsables d’un certain nombre d’attentats à la bombe ayant frappé sans
discernement la population civile. »

En Tchétchénie, des civils arrêtés par les forces de sécurité ou les forces
fédérales russes sont maintenus en détention au secret, dans des lieux
également tenus secrets. Aucune information concernant l’endroit où ils se
trouvent et leur état de santé n’est communiquée aux familles. Les femmes
sont de plus en plus souvent prises pour cibles. Un certain nombre de femmes
rencontrées par des représentants d’Amnesty International ont pu décrire les
actes de torture dont elles avaient été victimes (torture à l’électricité et
viol en détention, notamment). Des manifestants non violents ont été
frappés et placés en détention arbitraire.

L’impunité reste la règle. Très rares sont les auteurs de violations ou
d’exactions traduits en justice. Certaines personnes ayant saisi la Cour
européenne des droits de l’homme sont visiblement désormais dans le
collimateur des autorités. Ces personnes sont soumises à des menaces et à
des manœuvres d’intimidation. Dans certains cas, des membres de leur famille
ont « disparu » ou ont été tués. Plusieurs victimes ont confié aux délégués
d’Amnesty International qu’elles craignaient pour leur vie et qu’elles
avaient été mises en garde de manière explicite par les forces fédérales et
par les forces spéciales de sécurité tchétchène favorables à Moscou (placées
sous le commandement de Ramzan Kadyrov), qui auraient menacé de les tuer,
elles et leurs proches, si jamais elles portaient plainte auprès de la Cour
européenne des droits de l’homme. Les gens osent de moins en moins parler
pour dénoncer les auteurs d’atrocités, le climat général étant actuellement
dominé par la peur et par la méfiance.

Des atteintes aux droits fondamentaux des civils, constituant bien souvent
des crimes de guerre, continuent d’être perpétrées en toute impunité. Les
auteurs de ces actes ne sont en effet qu’exceptionnellement identifiés et
traduits en justice. « Les actes de ce genre, qui étaient jusqu’à présent
presque exclusivement limités à la Tchétchénie, touchent de plus en plus
l’Ingouchie voisine », a indiqué l’organisation de défense des droits
humains. Cette dernière République a ainsi été le théâtre, ces derniers
mois, d’une vague de « disparitions ».

Amnesty International a appris qu’au moins 34 personnes avaient « disparu »
entre septembre 2003 et mars 2004. Parmi elles figurent un certain nombre de
personnes qui avaient dénoncé les atteintes aux droits humains commises en
Ingouchie, ainsi que des personnalités influentes de la société civile. Les
hommes et les femmes qui participent, en Ingouchie, à des manifestations non
violentes contre les atteintes aux droits humains sont en outre visiblement
pris pour cibles par les pouvoirs publics et sont souvent victimes de
mauvais traitements et d’arrestations arbitraires.

Le dernier camp de toile qui accueillait encore, en Ingouchie, les personnes
fuyant le conflit qui déchire la Tchétchénie, a été fermé le 10 juin
dernier. Les personnes encore présentes en Ingouchie, dans des conditions
d’hébergement précaires ou de fortune, sont actuellement pressées par les
autorités locales et fédérales de rentrer en République tchétchène.

« Nous resterons ici. Tant qu’ils ne pourront pas garantir notre sécurité,
nous refuserons de rentrer [en Tchétchénie] », a déclaré à Amnesty
International l’un de ces réfugiés, marié et père de cinq enfants. « Si la
guerre est finie, pourquoi ne retirent-ils pas leurs troupes ? Nous
aimerions tous rentrer chez nous, mais c’est trop dangereux. »

Ce nouveau rapport s’appuie sur les constatations d’une délégation d’Amnesty
International qui a pu se rendre en Ingouchie en mars et en avril 2004,
ainsi que sur le travail de recherche permanent mené par le Secrétariat
international de l’organisation, à Londres. Des délégués d’Amnesty
International viennent en outre de rentrer d’une deuxième visite en
Ingouchie, où ils ont pu recueillir de nouveaux témoignages auprès de
personnes victimes d’atteintes aux droits humains perpétrés tant en
Tchétchénie qu’en Ingouchie.

« Plus d’un mois après l’assassinat du président de la République
tchétchène, Akhmad Kadyrov, et deux mois avant la tenue d’élections
présidentielles, la violence et les atteintes aux droits humains continuent
de faire rage, plongeant la population civile dans une situation de plus en
plus désespérée, sans qu’aucune paix ne se profile à l’horizon », a déploré
Amnesty International. L’organisation de défense des droits humains est
particulièrement préoccupée par les propos qu’aurait récemment tenus Ramzan
Kadyrov, fils du président de la République défunt et actuel premier
vice-Premier ministre de Tchétchénie, qui se serait prononcé pour le droit
de punir les proches des membres présumés de l’opposition armée. « Ils [les
combattants de l’opposition] ont le droit de tuer nos proches, nos pères et
nos frères, et pas nous », aurait-il dit. « Cela ne devrait pas être le cas.
 »

« Les déclarations officielles de ce genre encouragent les gens à commettre
des atteintes aux droits humains et renforcent le climat d’impunité qui
règne déjà en la matière », a regretté Amnesty International.

En tant que signataire d’un certain nombre de traités internationaux
relatifs aux droits humains, la Fédération de Russie est tenue de respecter
et de garantir les droits fondamentaux de tous les individus présents sur
son territoire et relevant de sa compétence, sans discrimination. Les
manquements à ce devoir constatés dans le cadre du conflit en Tchétchénie
n’ont pas suscité, le plus souvent, les réactions qui s’imposaient de la
part des gouvernements et de certains organismes intergouvernementaux.

« La communauté internationale doit être plus attentive à la situation et
faire pression sur la Fédération de Russie, pour que celle-ci s’acquitte de
ses obligations internationales en matière de droits humains », a plaidé
Amnesty International.

« Il est impératif que la question de la crise des droits humains dans le
nord du Caucase figure au rang des priorités de la communauté
internationale. »

Ce nouveau rapport, actuellement en cours de traduction, figure dans sa
version anglaise à l’adresse Internet suivante :
http://web.amnesty.org/library/index/engeur460272004

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