Communiqué de presse

Finlande. Les résultats de l’enquête sur la CIA sont décevants

L’échec d’une enquête officielle visant à mettre au jour des éléments de preuve tangibles sur le rôle qu’aurait joué la Finlande dans les programmes de « restitution » et de détention secrète menés par les États-Unis il y a une dizaine d’années est profondément décevant, a déclaré Amnesty International mardi 29 avril.

Si l’enquête menée par le médiateur du Parlement n’a pas permis d’attester que les responsables finlandais avaient conscience de la présence sur leur territoire de vols affrétés par l’Agence centrale du renseignement (CIA) pour procéder à des « restitutions », elle ne peut « donner aucune garantie », certaines informations relatives aux vols n’ayant pas été prises en compte car elles ne sont tout simplement plus disponibles.

« L’enquête finlandaise est un exemple classique de réaction trop faible et trop tardive. Les victimes des opérations de “restitution” et de détention secrète de la CIA doivent pouvoir bénéficier d’un recours effectif. Si le médiateur a travaillé dur pour faire la lumière sur cette affaire, le processus lancé par les autorités finlandaises n’est ni complet ni concluant, et prive les victimes potentielles de justice  », a déclaré Susanna Mehtonen, juriste à Amnesty International Finlande.

Si le gouvernement finlandais avait répondu en 2005 aux demandes de renseignements du Conseil de l’Europe au sujet des opérations de « restitution » de la CIA, les informations en question auraient été disponibles.

« La négligence du gouvernement finlandais a laissé des trous béants parmi les informations qui auraient permis de déterminer de façon probante que la Finlande n’était pas impliquée dans ces opérations. Tant que ces lacunes ne seront pas comblées, la Finlande restera vulnérable face aux allégations selon lesquelles son espace aérien et ses aéroports ont pu être utilisés pour les “restitutions” effectuées par la CIA », a déclaré Susanna Mehtonen.

L’enquête du médiateur a commencé en octobre 2012 et a porté sur des vols ayant fait halte sur le territoire finlandais entre 2001 et 2006. En raison des lacunes et défaillances que présentent les divers systèmes de suivi et données en Finlande, le médiateur n’a pas pu exclure de manière catégorique l’hypothèse de l’implication de la Finlande dans les opérations de « restitutions » et de détention secrète. Il a préconisé une refonte de ces systèmes et un renforcement de la surveillance de l’aviation et des opérations d’autres agences afin que les droits humains soient protégés. Les autorités finlandaises doivent faire état de leurs progrès au médiateur d’ici la fin de l’année.

« Le médiateur a à juste titre demandé une refonte de divers systèmes régissant l’aviation et la collecte et le stockage des données  » a déclaré Julia Hall, spécialiste de la question du contre-terrorisme et des droits humains à Amnesty International.

« Ces réformes doivent être menées. La Finlande ne doit plus jamais se trouver dans une situation où elle ignore si et quand son espace aérien et son territoire ont pu être utilisés d’une manière portant atteinte aux droits humains. »

L’enquête du médiateur n’a pas non plus élucidé certaines des principales questions que se pose Amnesty International. Par exemple, les autorités finlandaises ont-elles sciemment permis que la Finlande soit utilisée comme destination dans des plans de vol « factices » ? Une étude menée par les Nations unies en 2010 a indiqué que des plans de vol de ce type avaient été établis pour dissimuler la véritable destination descavions servant à effectuer des « restitutions ». Il a été signalé dans les médias que la Finlande avait été utilisée comme destination factice pour des vols susceptibles d’être à destination d’un site de détention secret en Lituanie.

Les autorités lituaniennes - qui ont précédemment admis leur implication dans le programme américain de « restitution » - ont refusé de répondre à la demande de renseignements que leur avait adressée le médiateur finlandais dans le cadre de son enquête.

« Ce silence est assourdissant, d’autant plus que l’implication présumée de la Finlande est en relation avec un vol découvert par Amnesty International qui suscitait des questions sur les possibles liens de la Finlande avec des opérations de “restitution” et de détention secrète en Lituanie. La Lituanie doit répondre de toute urgence à la demande d’informations émanant du gouvernement finlandais », a déclaré Julia Hall.

La Lituanie enquête actuellement sur la « restitution » par les États-Unis de Mustafa al Hawsawi, qui était détenu à Guantánamo Bay. Cette enquête devrait être élargie afin d’inclure tous les cas dans lesquels on soupçonne que la Lituanie s’est rendue complice des opérations de la CIA.

En septembre 2011, Amnesty International a publié un rapport intitulé Unlock the truth in Lithuania : Investigate secret prisons now, qui a été le premier à citer la Finlande parmi les pays potentiellement liés aux sites secrets lituaniens et demandait aux autorités lituaniennes de rouvrir les enquêtes sur leur propre implication et sur celle des États-Unis dans ces opérations en Lituanie. Un rapport rendu public en septembre 2012 par le Parlement européen a ensuite engagé la Finlande et la Lituanie à mener et/ou conclure des enquêtes dignes de ce nom sur leur rôle présumé dans les opérations de la CIA.

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