Gambie. Amnesty International demande la liberté pour les Gambiens

Déclaration publique

15 juillet 2009

La « Journée de la liberté », qui aura lieu le 22 juillet 2009, est une fête nationale en Gambie. À l’occasion de cette «  journée d’action », plusieurs milliers de militants provenant de 12 pays du monde attireront l’attention sur l’absence de liberté politique et les nombreuses violations des droits humains dans ce pays. La situation des droits humains, qui ne cesse de se détériorer depuis 1994, s’est aggravée à la suite de la dernière tentative de coup d’État déjouée, en mars 2006.

Le gouvernement gambien réprime l’opposition politique et sociale. L’armée, l’Agence nationale de renseignement (NIA) et la police ont commis de graves violations des droits humains. Dans un rapport publié en novembre 2008, Amnesty International relève que, depuis mars 2006, au moins 30 personnes ont été détenues sans inculpation ou emprisonnées illégalement à l’issue de procès iniques. Nombre d’entre elles ont été torturées ou soumises à d’autres mauvais traitements, ont fait l’objet d’une disparition forcée et sont mortes en détention ou peu après leur libération.

La liberté d’expression fait l’objet de dures restrictions : des journalistes ont été placés en détention et illégalement arrêtés parce qu’ils étaient soupçonnés d’avoir fourni des informations à la presse ou avaient écrit des articles défavorables aux autorités. Des journaux, y compris certaines publications en ligne, ont été fermés ou piratés. Les journalistes et les membres de l’opposition sont régulièrement harcelés, menacés et tués.

Depuis 2006, deux affaires concernant des journalistes gambiens ont été portées à la connaissance de la Cour de justice de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Chief Ebrima Manneh, journaliste au Daily Observer, fait l’objet d’une disparition forcée depuis trois ans, malgré une décision de cette instance exigeant sa libération et le versement de dommages et intérêts à sa famille. L’ancien rédacteur en chef du quotidien The Independent, Musa Saidykhan, affirme quant à lui avoir été torturé par des agents de la NIA en 2006. Son cas est en cours d’examen.

En juin 2009, sept journalistes ont été détenus illégalement dans un premier temps et sont actuellement jugés pour sédition, après avoir critiqué le président Yahya Jammeh car il avait formulé des remarques réfutant en bloc l’implication de l’État dans le meurtre non élucidé de Deydra Hydara, ancien rédacteur en chef du journal The Point, tué en 2004. Depuis 1994, au moins 27 journalistes ont quitté la Gambie, dont plus de la moitié au cours des deux dernières années, et au moins 10 d’entre eux ont obtenu l’asile dans un autre pays.

En mars 2009, Amnesty International a signalé que dans le district de Foni Kansala, près de Kanilai, le village du président, plus de 1 000 personnes auraient été kidnappées dans leur village, accusées de « sorcellerie », et conduites dans des centres de détention tenus secrets. Elles y auraient été forcées à boire des mixtures hallucinogènes et à « avouer » être des sorciers. Le liquide qu’elles ont dû absorber semble avoir causé des problèmes rénaux et serait à l’origine d’au moins six décès des suites d’insuffisance rénale. Halifa Sallah, figure de proue de l’opposition, a écrit des articles pour Forayaa, le principal journal d’opposition en Gambie, dans lesquels il critiquait les accusations de « sorcellerie » formulées par le gouvernement. Il a été arrêté, inculpé de trahison et placé en détention à la prison centrale de Mile II. À la suite d’importantes pressions extérieures, toutes les poursuites engagées contre lui ont été abandonnées et il a été libéré.

Les migrants et les visiteurs font également l’objet d’arrestations illégales, d’actes de torture et d’autres mauvais traitements aux mains des forces de sécurité. Certains en sont morts. En juillet 2005, un groupe de 50 étrangers, dont 44 Ghanéens, a été arrêté et aurait été tué par des membres des forces de sécurité gambiennes. Selon un récent rapport établi conjointement par la CEDEAO et les Nations unies, des agents dévoyés sont responsables de ces faits. Jusqu’à présent, le gouvernement de Gambie n’a encore pris aucune mesure pour déférer les responsables présumés devant la justice.

Amnesty International invite tous les membres de la société civile en Afrique à se rassembler le 22 juillet 2009 afin d’appeler :

 les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne à condamner publiquement les violations commises en Gambie et à faire pression sur le gouvernement pour qu’il améliore la situation des droits humains dans ce pays ;
 l’Union africaine et la CEDEAO à faire pression sur le gouvernement gambien pour qu’il mette en œuvre sans délai toutes les recommandations de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, notamment celles émises en juin 2009 par le rapporteur spécial sur la liberté d’expression en Afrique et la résolution 134 adoptée en novembre 2008 par cette organisation, qui demande notamment aux autorités gambiennes :
de mener des enquêtes sur toutes les allégations d’actes de torture en détention et d’exécutions extrajudiciaires ;
de permettre l’entrée en contact avec tous les prisonniers, de mettre fin immédiatement au harcèlement et aux manœuvres d’intimation dont les médias indépendants sont la cible, et de respecter les droits des journalistes et des défenseurs des droits humains ;
de s’acquitter pleinement des obligations qui incombent au gouvernement gambien en vertu de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples en ce qui concerne la liberté, la protection contre la torture, le droit à un procès équitable et la liberté d’expression et d’association, et de prendre toutes les mesures nécessaires afin de garantir le respect de l’obligation de rendre des comptes pour les violations des droits humains signalées en Gambie.

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