Communiqué de presse

Grèce. La crise humanitaire s’intensifie face à un système de soutien aux réfugiés arrivé à son point de rupture

Les dirigeants participant au Sommet de l’UE doivent en faire plus pour résoudre la crise mondiale des réfugiés

La forte augmentation du nombre de réfugiés arrivant sur les îles grecques dans la mer Égée pousse un système d’accueil déjà chancelant vers son point de rupture, et illustre l’échec des dirigeants européens qui ne proposent pas de réponse adéquate à la crise des réfugiés, a déclaré Amnesty International avant le Sommet de l’Union européenne (UE) qui s’ouvre jeudi 25 août.

Une mission récente d’établissement des faits dans ces îles et une étude de suivi révèlent que les nouveaux arrivants - parmi lesquels des mineurs - se trouvent face à des conditions d’accueil épouvantables. Une planification insuffisante, une utilisation inefficace des fonds alloués par l’UE et la crise du gel de l’embauche contribuent à ce que les autorités grecques ne soient pas en mesure de répondre aux besoins des réfugiés et de protéger leurs droits. Chaque mois, la crise humanitaire s’aggrave, attisée par la catastrophe financière grecque.

« Des dizaines de milliers de personnes vulnérables entreprenant un dangereux périple en mer pour échapper à la guerre ou à la pauvreté arrivent sur ces îles pour y trouver un système de soutien exsangue. La majorité des nouveaux arrivants n’ont guère, voire pas du tout, accès à un soutien médical ou humanitaire, et sont souvent obligés de vivre dans des conditions sordides dans des centres de détention surpeuplés ou des camps ouverts », a déclaré John Dalhuisen, directeur du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International.

« La crise humanitaire dans la mer Égée n’est pas qu’une tragédie grecque, elle résulte de l’échec du système européen de gestion de la migration. Il incombe aux dirigeants de l’UE qui se réunissent cette semaine de reconnaître que le poids intolérable pesant sur les États se trouvant en première ligne, comme la Grèce et l’Italie, est la conséquence de l’échec des politiques migratoires de l’Europe. Des solutions efficaces pour répondre à la crise mondiale des réfugiés et partager la responsabilité de manière plus équitable à travers l’UE doivent être mises en place de toute urgence. »

L’ampleur de la crise
Les recherches effectuées par Amnesty International révèlent qu’au moins 61 474 réfugiés sont arrivés sur les îles grecques entre les 1er janvier et 22 juin 2015 - soit beaucoup plus que pour toute l’année 2014 (43 500). Le nombre de nouveaux arrivants est en augmentation, et en moyenne, plus de 5 000 personnes sont arrivées chaque semaine les trois premières semaines de juin.

En raison du renforcement de la sécurité aux frontières, de la présence de clôtures le long de la frontière terrestre avec la Turquie et de la pratique du refoulement - le renvoi collectif illégal de migrants - vers ce pays, la grande majorité des réfugiés et des migrants essaient de se rendre en Grèce par la mer.

Bien que le gouvernement condamne la pratique et que le refoulement en mer soit semble-t-il de moins en moins fréquent, il se poursuit à la frontière terrestre gréco-turque, où Amnesty International a recueilli des témoignages sur des cas de refoulement violents.

Un Syrien, qui faisait partie d’un large groupe de réfugiés refoulés vers la Turquie le 14 avril 2015, a confié à Amnesty International avoir subi des mauvais traitements aux mains de policiers grecs cagoulés. « [Ils] se sont mis à nous donner des coups de poing et de pied alors que nous étions à terre. Ils m’ont attrapé par les cheveux et m’ont poussé vers la rivière. »

« Nos recherches indiquent clairement que malgré la réprobation du gouvernement, des refoulements brutaux continuent à avoir lieu », a déclaré John Dalhuisen. « Non seulement ces refoulements au-delà des frontières terrestres sont illégaux aux termes du droit international, mais ils incitent un nombre croissant de réfugiés aux abois à larguer les amarres pour se lancer dans de périlleuses traversées de la mer Égée.  »

Un système de premier accueil déficient
Ces îles disposent seulement de deux unités mobiles de premier accueil (à Lesbos et Samos). La plupart des nouveaux arrivants ne bénéficient toutefois pas de services de premier accueil. Ces services, dont l’objectif est de déterminer la nationalité des nouveaux arrivants et de leur fournir une assistance médicale, psychosociale et humanitaire de base, sont soit en sous-effectif grave, soit complètement absents des îles où arrivent la plupart des réfugiés, comme Kos et Chios.

Un réfugié afghan, détenu avec son épouse et leurs deux jeunes enfants à Lesbos, a déclaré à Amnesty International : « Mes enfants ont dormi dans des habits mouillés [...] personne n’est venu nous voir. La situation est mauvaise ici, mes enfants sont malades, nous sommes malades [...] nous avons besoin d’un médecin et de vêtements.  »

L’absence de procédures d’évaluation se solde par l’incapacité d’identifier les membres de groupes vulnérables tels que les mineurs non accompagnés. Les registres officiels montrent que 1 097 mineurs non accompagnés sont arrivés sur les îles et dans l’Evros en 2014, et que 216 sont arrivés entre le 1er janvier et le 3 juin 2015. Mais ces chiffres sont probablement bien en-deçà de la réalité.

En raison du nombre limité de places dans les centres d’accueil, beaucoup de mineurs non accompagnés sont maintenus dans des lieux de détention pour migrants pendant des périodes prolongées - 37 jours en moyenne.

Des mineurs non accompagnés ont dit à Amnesty International avoir fait l’objet de mauvais traitements. Un garçon afghan a expliqué avoir été jeté à terre par un policier au centre de détention des services de l’immigration de Moria à Lesbos. Un autre jeune Afghan, âgé de 17 ans, incarcéré à Moria pendant 70 jours, a dit à Amnesty International en mars 2015 : « Nous n’avons pas d’eau chaude pour nous laver [...] beaucoup d’entre nous n’ont même pas de couverture. »

Des conditions de détention inhumaines ou dégradantes
Les conditions de vie dans ces centres de détention sont bien loin de respecter les normes internationales et nationales, et pourraient constituer, dans certains cas, un traitement inhumain ou dégradant. Ces lieux sont caractérisés par une surpopulation chronique et le manque d’hygiène, notamment des toilettes qui débordent, des matelas souillés, une pénurie de linge de lit et de vêtements, des coupures électriques et une absence d’eau chaude.

Souvent, les nouveaux arrivants ne reçoivent pas de vêtements de rechange et doivent dormir dans les habits mouillés dans lesquels ils sont arrivés. La surpopulation fait que de nombreux réfugiés doivent dormir en plein air, notamment dans les ports.

À Lesbos, des demandeurs d’asile sont obligés de dormir dans un parking où ils sont trois fois trop nombreux. Le centre de détention des services de l’immigration à Samos, qui n’est censé accueillir que 280 personnes, hébergeait près de 600 personnes en juin, tandis que le centre de Chios comptait quelque 300 personnes de plus que les 208 prévues.

Les personnes effectuant une demande d’asile doivent souvent rester en détention pendant plusieurs semaines, le temps que leur demande soit enregistrée. Les réfugiés demandant l’asile se heurtent à de graves obstacles résultant du nombre insuffisant de bureaux et d’agents régionaux pour le traitement des demandes d’asile.

Il est temps d’agir
« Ensemble, la crise financière et la crise des réfugiés sont à l’origine d’une tempête dans la mer Égée que seule une action concertée de la part des autorités grecques et des dirigeants européen pourra apaiser. La Grèce doit de toute urgence fournir à ces îles des garde-côtes, des policiers et des services de premier accueil qui disposent de ressources suffisantes pour recevoir les nouveaux arrivants  », a déclaré John Dalhuisen.

« S’il est possible que la mise en œuvre des plans de l’UE pour la relocalisation des migrants soulage quelque peu les îles grecques et italiennes à court terme, il est indispensable de proposer aux réfugiés des itinéraires sûrs et légaux vers l’Europe. Cela suppose un plus grand nombre de places de relocalisation, ainsi qu’un soutien financier et opérationnel considérablement accru pour l’accueil et le traitement des demandes d’asile, et une plus grande liberté de mouvement pour les personnes dont la demande a été enregistrée. »

NOTES
Le Sommet européen des chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne (UE) se tiendra à Bruxelles les 25 et 26 juin.

Les recherches d’Amnesty International ont été effectuées entre novembre 2014 et juin 2015, et ont inclus une mission en Grèce entre le 25 février et le 2 avril 2015. Cette mission a en partie été menée sur les îles de Chios et Lesbos.

Des militants de ces îles, Médecins sans frontières et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés essaient de pallier les profonds manques en matière d’accueil, en fournissant une assistance médicale et humanitaire, ainsi que des informations sur l’asile.

La grande majorité des réfugiés nouvellement arrivés décident de ne pas effectuer leur demande sur les îles et préfèrent se rendre à Athènes. Beaucoup continuent leur chemin vers d’autres pays de l’UE en passant par les Balkans, tandis que d’autres essaient de déposer une demande d’asile au bureau régional traitant les demandes d’asile à Attika. L’accès aux procédures d’asile a été fortement restreint depuis la fin mai.

Le partage des responsabilités entre les États membres inclut un soutien non seulement financier, mais également en termes de ressources humaines pour l’enregistrement des demandes d’asile et la tenue des entretiens.

On espère que le programme de relocalisation proposé par la Commission européenne soulagera un tant soit peu la Grèce et l’Italie. Tout programme de relocalisation doit cependant prendre en considération les besoins des demandeurs d’asile, notamment leur droit à l’unité de la famille.

Un nouveau rapport d’Amnesty International, intitulé Europe’s Borderlands : Violations against refugees and migrants in Macedonia, Serbia and Hungary, qui examine les risques associés à l’itinéraire passant par les Balkans pour les réfugiés, sera rendu public le 7 juillet.

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