Grèce : Les demandeurs d’asile sont confrontés à des conditions épouvantables sur les îles grecques

Les organisations signataires demandent à Alexis Tsipras de les transférer sur le continent.

Le Premier ministre Alexis Tsipras doit mettre un terme à la politique visant à endiguer le flux des migrants mise en œuvre par le gouvernement grec, qui revient à bloquer les demandeurs d’asile sur les îles de la mer Égée, ont déclaré 19 organisations humanitaires et de défense des droits humains dans une lettre ouverterendue publique le 23 octobre 2017.

Des milliers de personnes, dont de très jeunes enfants, des femmes seules ou enceintes, ainsi que des personnes souffrant de handicaps physiques, sont prises au piège dans des conditions effroyables à l’approche de l’hiver. Contraindre des demandeurs d’asile à vivre dans des conditions qui violent leurs droits et nuisent à leur bien-être, leur santé et leur dignité, ne saurait être justifié par la mise en œuvre de l’accord UE-Turquie, ont déclaré les organisations.

Depuis l’application de la déclaration UE-Turquie en mars 2016, les îles grecques de Lesbos, Chios, Samos, Kos et Leros se sont transformées en lieux d’enfermement pour une durée indéterminée. Des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants sont pris au piège de conditions déplorables et instables, et beaucoup n’ont pas accès à des procédures d’asile appropriées. Les demandeurs d’asile arrivés sur les îles dans les jours qui ont suivi l’entrée en vigueur de l’accord UE-Turquie sont bloqués là depuis près de 19 mois.

La hausse récente du nombre d’arrivées d’hommes, de femmes et d’enfants accroît la pression sur les centres d’accueil et d’identification déjà surpeuplés – appelés « hotspots » (centres d’enregistrement). Les arrivées actuelles sont encore relativement limitées et la Grèce et l’UE en général devraient pouvoir les gérer ; elles englobent toutefois un nombre important de femmes et d’enfants.

La situation est particulièrement critique à Samos et Lesbos, où au total plus de 8 300 demandeurs d’asile et migrants vivent dans des centres d’enregistrement conçus pour en accueillir 3 000. Les organisations ont salué comme une mesure positive l’annonce concernant le transfert de 2 000 demandeurs d’asile depuis les deux îles vers le continent grec au cours des prochaines semaines, dans le cadre d’une mesure d’urgence de désengorgement. Cependant, elle ne suffira pas pour soulager l’engorgement actuel des centres et n’apporte pas de réponse durable aux problèmes systémiques qui ont engendré cette situation d’urgence – à savoir la politique visant à contenir les réfugiés et les migrants.

À l’approche du troisième hiver depuis que les îles connaissent des arrivées massives, il est évident que les autorités grecques ne peuvent pas répondre aux besoins élémentaires ni protéger les droits des demandeurs d’asile tant qu’ils restent sur les îles. La mise en œuvre de la déclaration UE-Turquie a été invoquée par des dirigeants grecs et européens pour justifier leur politique. Toutefois, forcer les demandeurs d’asile à vivre dans des conditions qui violent leurs droits et nuisent à leur bien-être, leur santé et leur dignité, ne peut se justifier, ont déclaré les organisations.

Elles ont demandé au Premier ministre Alexis Tsipras de protéger les droits fondamentaux des demandeurs d’asile bloqués sur les îles et de mettre fin à la politique mise en œuvre. Il faut transférer les demandeurs d’asile sur le continent afin de leur fournir un logement adéquat et des services appropriés répondant à leurs besoins, et faire en sorte qu’ils bénéficient d’une procédure d’asile équitable.

Déclarations des organisations signataires

« La Grèce doit mettre fin à sa politique cruelle qui prend les demandeurs d’asile au piège sur les îles, a déclaré Eva Cossé, chercheuse sur la Grèce à Human Rights Watch. Ils ne devraient pas être contraints de subir un autre hiver dans des tentes non chauffées et sans services adéquats. »

« La politique visant à contenir les migrants met en péril la vie de personnes qui cherchent refuge en Europe, a déclaré Jana Frey, directrice pays au Comité international de secours [1]. Si nous saluons l’annonce du gouvernement concernant le transfert de 2 000 personnes hors des îles de Lesbos et Samos dans les prochains jours, cette mesure d’urgence ne peut être considérée que comme une première étape. Il faut faire bien plus pour améliorer les conditions sur les îles, et amener les plus fragiles sur le continent, afin que l’hiver ne s’avère pas meurtrier. »

« L’accord UE-Turquie ne doit plus servir de prétexte pour abandonner les demandeurs d’asile dans des conditions inhumaines sur ces îles, a déclaré Irem Arf, chercheuse sur les questions migratoires à Amnesty International. Le gouvernement grec doit les transférer sans délai sur le continent. »

« La politique de mise en œuvre de la déclaration UE-Turquie bafoue les droits des demandeurs d’asile garantis par le droit international et contribue à ébranler la cohésion sociale sur les îles grecques concernées, a déclaré Spyros Rizakos, directeur d’Aitima [2] . Il est grand temps que l’UE et la Grèce renoncent à cette politique. »

« L’Europe refuse d’offrir des conditions d’accueil humaines et dignes aux personnes dans le besoin qui arrivent sur nos rivages, a déclaré Nicola Bay, responsable de mission pour Oxfam [3] en Grèce. Les autorités grecques et européennes doivent immédiatement transférer les migrants en Grèce continentale, au lieu de les bloquer dans des conditions très difficiles sur les îles. »

« Faire de ces îles grecques un immense centre de détention ne sert les intérêts de personne, a déclaré Gianmaria Pinto, directrice pays au Conseil norvégien pour les réfugiés [4] . Nous connaissons tous les besoins, le gouvernement aussi : fournir aux personnes les plus fragiles prises au piège sur les îles des logements dignes de ce nom et des services adaptés, sans négliger l’aide juridique. »

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