Communiqué de presse

Grèce. Un an après la tragédie des migrants de Farmakonisi, justice n’a toujours pas été rendue

« Les autorités grecques n’ont pas mené d’enquêtes adéquates sur la mort de 11 Afghans qui se sont noyés en mer. Cette attitude démontre un mépris flagrant pour la justice envers les victimes et leurs familles. Elle illustre par ailleurs la dureté de l’approche du pays en matière d’asile et de migration », a déclaré Amnesty International à la date anniversaire de la tragédie de Farmakonisi.

Le 20 janvier 2014, 11 Afghans, dont huit enfants, ont perdu la vie quand leur bateau de pêche a coulé près de l’île grecque de Farmakonisi. Des survivants affirment qu’ils ont été remorqués à grande vitesse en direction de la Turquie. Les autorités ont interrompu une enquête sur cette tragédie. Depuis, plus de 100 réfugiés et migrants sont morts en traversant la mer Égée.

« Il est scandaleux qu’au vu des témoignages des survivants et des incohérences dans les éléments de preuve fournis par les garde-côtes, les autorités grecques n’aient pas mené une enquête adéquate sur cette tragédie. Des personnes vulnérables, contraintes de fuir leur pays, ont été laissées en deuil de leurs proches, avec peu d’espoir de justice et de réparation », a déclaré John Dalhuisen, directeur du programme Europe et Asie centrale pour Amnesty International.

Un survivant afghan, Sabur Azizi, qui a perdu sa femme et son fils de 10 ans dans l’accident, a expliqué : « Quelqu’un leur a montré l’enfant en demandant de l’aide, mais les garde-côtes, au lieu de nous aider, nous ont injuriés [...] Quand les garde-côtes ont coupé la corde et essayé de s’éloigner, nous avons commencé à couler. »

Lui et un autre survivant, qui a perdu sa femme et ses quatre enfants, faisaient partie des 16 réfugiés ayant réussi à monter sur le navire des garde-côtes après que leur bateau eut chaviré. Ils ont affirmé à Amnesty International qu’ils avaient été battus et gardés à la pointe du fusil. Ils ont également dit que le capitaine les avait menacés de « leur causer encore plus de problèmes s’ils racontaient ce qui s’était passé cette nuit-là ».

En août, les autorités ont abandonné l’enquête sur cette tragédie, en affirmant que les témoignages des survivants n’étaient pas fondés. Quatre ONG, notamment le Conseil grec des réfugiés et le Groupe d’avocats pour les droits des réfugiés et des migrants, soulignent que l’enquête du procureur était basée uniquement sur les témoignages des garde-côtes et de leurs supérieurs, et avait omis de prendre en considération d’autres éléments importants, comme les graves divergences entre les informations fournies par les garde-côtes.

Des experts ont présenté des preuves montrant que le bateau avait chaviré parce qu’il était remorqué d’une manière inappropriée (câble de remorquage trop court, entre autres).

Les survivants portent plainte contre les autorités grecques devant la Cour européenne des droits de l’homme, en invoquant des violations du droit à la vie (article 2 de la CEDH), de la liberté envers la torture (article 3 de la CEDH) et du droit à un recours effectif (article 13 de la CEDH).

Amnesty International a alerté l’opinion à maintes reprises concernant les graves violations des droits humains visant les migrants et les réfugiés à la frontière Grèce-Turquie. L’organisation a appelé les autorités grecques à cesser de repousser vers la Turquie les migrants et les réfugiés interceptés à la frontière.

« Ces opérations de refoulement constituent une violation des obligations de la Grèce au regard des droits humains et mettent des vies en danger », a déclaré John Dalhuisen.

Amnesty International considère que de telles opérations sont incompatibles avec le droit communautaire et invite la Commission européenne à lancer une procédure d’infraction contre la Grèce à ce sujet.

Ceci est particulièrement important à l’heure où des mesures de sécurité accrues à la frontière terrestre de la Grèce avec la Turquie dans la région d’Evros, notamment la construction d’une clôture de 10,5 km, ont incité de plus en plus de réfugiés et migrants à prendre un itinéraire maritime dangereux vers les îles grecques sur de petites embarcations surchargées.

« L’absence d’enquête adéquate sur les événements de Farmakonisi démontre un mépris total pour des pertes tragiques de vies. Une telle attitude, ainsi que la détermination du gouvernement à boucler ses frontières, laisse penser que des réfugiés et des migrants continueront de se noyer dans la mer Égée », a déclaré John Dalhuisen.

« Les victimes et leurs familles ont droit à des réparations, ce qui comprend notamment l’accès à la vérité et à la justice. »

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