Communiqué de presse

Guantánamo : 4 000 jours d’incertitude

Vous avez 19 ans, vous dormez dans la maison de famille, dans un village loin de tout. Des soldats étrangers surgissent en pleine nuit.

Ils vous mettent une cagoule sur la tête et vous obligent à vous asseoir contre un mur. Vous êtes terrifié.

Au bout de quelques heures, pieds et poings liés et toujours avec votre cagoule, on vous emmène sur une base militaire.

Là, on vous agresse, on vous interroge, on vous menace avec un couteau, on vous prive de sommeil et de nourriture. Vous avez peur d’être tué.

Après quelque 48 heures (difficile d’être sûr, vous êtes désorienté), vous êtes transféré par hélicoptère vers une autre base, toujours enchaîné, encagoulé et menotté. Là, les interrogatoires et les violences se poursuivent. Trois mois plus tard, on vous sort de votre cellule. On vous rase le crâne, vous êtes menotté, encore, et des lunettes noires vous empêchent de voir quoi que ce soit. Vous êtes jeté, avec d’autres dans un avion.

Cette fois, vous vous retrouvez sur une base navale à l’autre bout du monde. Vos ravisseurs l’ont spécialement choisie pour garder des détenus comme vous hors de la portée des tribunaux ou des avocats. On vous interroge à l’infini, on détient indéfiniment. Vous aurez peut-être l’occasion d’être jugé par un tribunal militaire improvisé, ou vous resterez « en stock ».

Vous pensiez que la justice triompherait. Après plusieurs années de détention sans procès à l’horizon, vos espoirs se dissipent. Vous ne savez même pas quand on va vous relâcher. Si on vous relâche un jour.

Dix ans plus tard, vous êtes toujours sur cette base navale.

Obaidullah n’a pas besoin d’imaginer cela.

Cet Afghan a vécu cette détention militaire pendant 100 000 heures, soit plus de 4 000 jours ou environ 11 ans. Il est l’un des 166 hommes actuellement détenus sur la base navale américaine de Guantánamo Bay, à Cuba.

Il se trouve à environ 13 000 km de sa maison, en Afghanistan. Sa fille, née deux jours avant son enlèvement, a maintenant 11 ans, huit de moins qu’Obaidullah lorsqu’il a été emmené.

Les États-Unis condamneraient certainement un tel traitement, contraire aux notions fondamentales de décence et d’humanité... si un autre gouvernement était responsable de tels agissements.

Mais les États-Unis ont utilisé Guantánamo comme si la Déclaration universelle des droits de l’homme n’avait jamais existé.

Le sort d’Obaidullah illustre les violations des droits humains auxquelles les détenus de Guantánamo ont été soumis pendant des années. Les États-Unis n’ont pas su corriger ces injustices.

Entre février et juillet 2013, Obaidullah a participé à la grève de la faim lancée par des dizaines de détenus de Guantánamo. Il a arrêté la grève quand les autorités américaines ont adopté des pratiques qui visaient apparemment à mettre un terme à ces manifestations.

Le mois dernier, les choses sont devenues si difficiles pour lui qu’il a refusé de rencontrer son avocat. Il voulait éviter de nouvelles fouilles corporelles que lui et d’autres détenus considéraient dégradantes mais qui leur étaient néanmoins imposées lorsqu’ils quittaient leur cellule pour parler avec leurs avocats, en personne ou par téléphone.

Des avocats d’Obaidullah travaillant à s’assurer que les gouvernements respectent les droits des personnes en état d’arrestation, notamment leur passage devant un juge, ont reçu le mois dernier un courriel du Pentagone annonçant que le Conseil d’examen périodique (PRB) souhaitait déterminer si les détenus relevant du « droit de la guerre » pouvaient ou non être libérés.

Récemment, le Pentagone a dit aux avocats d’Obaidullah que son affaire pouvait être examinée par le PRB.

Depuis plus d’une décennie, Amnesty International appelle les autorités américaines à mettre fin à l’illégalité et à l’injustice qui règnent à Guantánamo. Le PRB va peut-être libérer certains condamnés, mais de façon discrétionnaire. Cela peut avoir un effet négatif sur les protections prévues dans le cadre du système de justice pénale ordinaire. Les prisonniers ont le droit de ne pas être détenus indéfiniment sans inculpation ni procès équitable.

Un jour, le président Barack Obama a décrit les détentions à Guantánamo comme une « expérience malencontreuse », instituée en vertu de « l’idée indécente qu’une prison pourrait être au-delà de la loi ».

Il avait raison, mais cette « expérience malencontreuse », qui dure depuis 12 ans, n’est toujours pas terminée. Selon la décision de Barack Obama, la prison de Guantánamo aurait dû être fermée depuis plus de trois ans.

Ces derniers jours, l’administration Obama a indiqué qu’elle pourrait transférer un certain nombre de détenus hors de la base. Elle a levé son moratoire sur le rapatriement des détenus au Yémen et a nommé un responsable pour superviser les procédures diplomatiques visant à favoriser la fermeture du centre de Guantánamo.

Amnesty International salue cette nouvelle. Cependant, l’organisation rappelle aux autorités des États-Unis qu’aucun détenu ne doit être renvoyé dans un pays s’il y est exposé à un risque réel de violations des droits humains. Par ailleurs, les États-Unis ne doivent pas imposer des conditions de transfert qui ne seraient pas conformes au droit international relatif aux droits humains.

Les États-Unis doivent rapidement libérer les détenus de Guantánamo, ou les inculper et les traduire en justice devant un tribunal civil ordinaire dans le respect des règles d’équité des procès. Ils doivent réparer les torts que leurs agissements ont causés à ces personnes et aux principes fondamentaux des droits humains pendant cette décennie.

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