Guantánamo, symbole international d’injustice

L’opposition du Congrès américain à la fermeture du centre de détention de Guantánamo Bay risque de placer les États-Unis au rang des pays qui font fi des normes internationalement reconnues en matière de justice et de droits humains, a déclaré Amnesty International à la veille du 14e anniversaire des premiers transferts de détenus à Guantánamo.

« Guantánamo reste ouvert parce que les responsables politiques exploitent la peur au sein de la population des attentats terroristes. Au lieu de mettre au point des mesures efficaces et légales afin de prévenir les attaques, les membres du Congrès se livrent à un jeu politique avec la vie de dizaines d’hommes qui pourraient mourir derrière les barreaux sans même avoir été jugés », a déclaré Naureen Shah, directrice du programme Sécurité et droits humains d’Amnesty International États-Unis.

« Guantánamo symbolise dans le monde entier la torture, les " restitutions " et la détention pour une durée indéterminée sans inculpation ni jugement. Pour le fermer, il ne suffit pas de transférer les prisonniers dans un autre site et d’éteindre les lumières. Il faut tirer un trait sur ces pratiques et amener les responsables présumés de violations commises par le passé à rendre des comptes. »

Actuellement, 105 détenus sont incarcérés sur la base navale américaine de Guantánamo Bay, à Cuba – 47 d’entre eux ont obtenu le feu vert pour leur transfert, mais demeurent derrière les barreaux.

Le cas de Shaker Aamer

Shaker Aamer faisait partie des premiers détenus transférés à Guantánamo. Pendant 13 ans, il y a été détenu sans inculpation ni procès : 13 ans de torture et mauvais traitements. Son état de santé mentale et physique s’y était gravement détérioré.

Shaker Aamer a été déclaré par deux fois « libérable » par les administrations Bush et Obama. Les demandes réitérées de rapatriement par le gouvernement britannique n’avaient jamais abouti jusqu’à présent. L’annonce du rapatriement de Shaker est un énorme soulagement pour sa famille et ses multiples soutiens qui ont travaillé sans relâche pendant des années pour le faire sortir de Guantanamo.Le 30 octobre dernier, il a été libéré et renvoyé au Royaume uni.

Lorsque le président Barack Obama est arrivé au pouvoir en janvier 2009, il a signé un décret ordonnant la fermeture du centre de détention dans un délai d’un an. Sept ans plus tard, Guantánamo est toujours là. Le gouvernement américain a fait allusion à un projet de fermeture du camp, via le transfert aux États-Unis de certains prisonniers qui poursuivraient leur détention à durée indéterminée.

« Cette proposition revient à changer le code postal de Guantánamo. En outre, elle établirait un dangereux précédent susceptible d’être exploité par de futurs gouvernements. Le président Barack Obama ne doit pas relocaliser la détention illimitée sans inculpation, mais y mettre un terme », a déclaré Naureen Shah.

« Il est possible de réduire fortement la population à Guantánamo en transférant des dizaines de détenus qui ont déjà obtenu le feu vert. Le président doit donner des instructions claires au Pentagone afin d’accélérer les transferts vers des pays tiers considérés comme sûrs.

« Les prisonniers qui ne peuvent pas être transférés doivent être inculpés devant un tribunal fédéral ou libérés, et il convient d’enquêter sur les informations faisant état de torture et de violations des droits humains subies par les détenus.

« Le président Barack Obama dispose encore d’une année à la tête du pays pour tenir son engagement et fermer Guantánamo. L’enjeu ? Son héritage en termes de droits humains, ainsi que celui de la nation. Ce ne sera pas facile, mais le président Barack Obama peut et doit réussir. »

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