GUINÉE : Le droit à la vie est méprisé

AI Index : AFR 29/003/2002 (Public)
17 May 2002

« À chaque fois que des opposants politiques ou des citoyens ont manifesté
leur insatisfaction vis-à-vis du gouvernement, les forces de sécurité n’ont
pas hésité à faire feu sur des foules de manifestants, au mépris du risque
réel de pertes de vies humaines », a déclaré Amnesty International dans un
rapport publié ce jour et intitulé Guinea : Maintaining order with contempt
for the right of life [Guinée. Maintien de l’ordre au mépris du droit à la
vie].

Le droit à la vie est garanti par la Constitution guinéenne et par les
traités internationaux auxquels la Guinée est partie. Pourtant, les forces
de sécurité guinéennes ont eu, à plusieurs reprises, recours à une force
armée excessive alors que ni leurs vies ni celles d’autrui n’étaient
exposées à un danger immédiat. Le caractère récurrent de l’usage abusif de
la force et l’impunité dont jouissent les auteurs d’exécutions
extrajudiciaires démontrent que les plus hautes autorités de l’État
couvrent, voire encouragent de tels agissements, dans le but d’étouffer
l’opposition politique en Guinée.

En décembre 2001, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur
des étudiants qui demandaient une amélioration de leurs conditions
d’études, dans plusieurs villes à travers le pays. Trois personnes ont été
tuées, dont un étudiant, Thierno Diallo et un puisatier, Mody Ousmane
Diallo Pettal.

Cette démonstration de brutalité policière n’est qu’un exemple parmi les
cas répertoriés par Amnesty International faisant état d’un usage excessif
de la force contre des civils par les forces de sécurité guinéennes. Depuis
les élections présidentielles de décembre 1998, plus d’une vingtaine de
personnes, parmi lesquelles femmes et enfants, ont trouvé la mort dans de
telles circonstances.

Amnesty International s’inquiète du fait que des médecins ont, à la suite
de consignes données par les autorités, refusé de délivrer des certificats
de décès ou de soigner des blessés. L’une des personnes interrogées par
l’organisation en avril 2000 a affirmé qu’un médecin lui aurait dit : « Je
ne peux rien faire, je ne peux pas vous donner de certificat médical
attestant de la mort de votre fils car je serais poursuivi par l’armée.
Nous avons reçu des instructions de la part des forces de sécurité. »

« Les autorités guinéennes doivent accorder la plus grande importance au
respect de la loi et à la protection de la vie humaine », a insisté Amnesty
International. « Elles doivent prendre des mesures immédiates afin de
garantir que les forces de sécurité se conforment aux normes
internationales régissant le comportement des responsables de l’application
des lois, le recours à la force et l’utilisation des armes à feu. La
culture de l’impunité doit cesser, et ceux qui ont recours à une force
excessive doivent être amenés à rendre compte de leurs actes. »

L’organisation de défense des droits humains lance un appel aux autorités
guinéennes afin qu’elles mettent en place un mécanisme indépendant chargé
de mener des enquêtes sur toutes les atteintes graves aux droits humains
commises au cours des quatre dernières années. Cet organe devra formuler et
rendre publiques des recommandations concernant les poursuites à engager
contre les responsables présumés de tels actes. Les autorités judiciaires
devront suivre ces recommandations et tenir compte, lors de poursuites
pénales ultérieures, des témoignages recueillis par le mécanisme d’enquête.

Amnesty International lance également un appel à d’autres pays afin
qu’ils condamnent le recours abusif à la force armée par les forces de
sécurité guinéennes, et qu’ils veillent à ce que le soutien militaire et
technique qu’ils apportent au gouvernement de Guinée ne serve pas à
commettre des violations des droits humains. l

Pour en savoir plus, veuillez consulter le rapport intitulé Guinea :
Maintaining order with contempt for the right of life [Guinée : Maintien de
l’ordre au mépris du droit à la vie]. Ce document est disponible sur
Internet

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