HAÏTI : Les auteurs de graves atteintes aux droits humains perpétrées dans le passé

HAÏTI : Les auteurs de graves atteintes aux droits humains perpétrées dans le passé
font une réapparition

Index AI : AMR 36/006/2004

Lundi 16 février 2004

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

L’apparition, à la tête de l’opposition armée, d’anciens dirigeants
paramilitaires déclarés coupables d’atteintes aux droits humains dans le
passé, alimente un conflit qui a déjà ôté la vie à de nombreuses personnes,
a déclaré Amnesty International, alors que la crise en Haïti continue de
s’aggraver.

« Même au meilleur de la situation, le spectre des atteintes passées aux
droits humains a continué de hanter Haïti, a déclaré Amnesty International
ce lundi 16 février 2004. En ce moment décisif, où l’état de droit est
encore si fragile, la dernière chose dont ce pays a besoin est le retour à
la tête de l’opposition armée de gens ayant commis des atteintes aux droits
humains dans le passé. »

Le 14 février, Louis Jodel Chamblain, ancien dirigeant paramilitaire
notoire, aurait donné une interview à une station de radio haïtienne, dans
laquelle il déclarait avoir rejoint le mouvement armé qui cherche à
renverser le président Jean Bertrand Aristide. Il était accompagné d’un
ancien commissaire de police.

En septembre 1995, Chamblain faisait partie des sept hauts dirigeants
militaires et paramilitaires reconnus coupables par contumace et condamnés
aux travaux forcés à perpétuité pour leur implication dans l’exécution
extrajudiciaire, en septembre 1993, d’Antoine Izméry, militant connu pour
ses positions en faveur de la démocratie. Chamblain était parti en exil pour
échapper aux poursuites.

Chamblain aurait rejoint les dirigeants de l’opposition armée basée aux
Gonaïves.

Un autre de ces dirigeants, Jean Pierre Baptiste, alias « Jean Tatoune »,
est également un ancien chef paramilitaire, condamné aux travaux forcés à
perpétuité pour sa participation au massacre de Raboteau en 1994. Il faisait
partie des prisonniers qui se sont échappés d’une prison des Gonaïves en
août 2002 en même temps qu’Amiot « Cubain » Métayer, chef aujourd’hui décédé
du groupe, autrefois favorable au gouvernement, ayant pris le contrôle des
Gonaïves par la force le 5 février. Les membres de la bande dont Jean
Tatoune était le chef ont été accusés d’avoir perpétrés de très nombreuses
atteintes aux droits humains contre des représentants et des partisans du
gouvernement ainsi que contre des habitants des Gonaïves au cours des mois
passés.

« Les autorités haïtiennes doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir
pour arrêter ces personnes, déjà reconnues coupables de graves atteintes aux
droits humains, a déclaré Amnesty International. Pour leur part, les partis
d’opposition politique doivent condamner la réapparition de ces personnes de
triste notoriété à la tête du mouvement armé qui cherche à faire partir
Aristide ; ils doivent également faire tout ce qui est en leur pouvoir pour
faire la preuve de leur attachement aux droits humains et à l’état de droit.
 »

Complément d’information

Louis Jodel Chamblain et Jean Tatoune font tous deux partie de
l’organisation paramilitaire des FRAPH, formée par les autorités militaires
qui se sont trouvées de facto à la tête du pays après le coup d’État de 1991
contre le président Jean Bertrand Aristide. Les membres du FRAPH ont été
reconnus responsables de très nombreuses atteintes aux droits humains avant
le rétablissement d’une structure de gouvernement démocratique en 1994.

Intitulé dans un premier temps Front révolutionnaire pour l’avancement et le
progrès haïtiens, le groupe a choisi comme acronyme FRAPH, qui sonne en
français et en créole comme « frappe » du verbe frapper.

Antoine Izméry a été abattu par balles à l’église du Sacré Cœur de
Port-au-Prince, le 11 septembre 1993, lors d’une messe à laquelle il
assistait. L’office se tenait en mémoire du cinquième anniversaire du
massacre commis lors de l’attaque contre Aristide, alors simple prêtre, le
11 septembre 1988 à l’église Saint Jean Bosco de La Saline, un bidonville
situé dans la banlieue de la capitale.

Après l’attaque du 5 février aux Gonaïves, les troubles se sont étendus à
près d’une douzaine d’autres villes dans le centre et le nord d’Haïti.
L’inquiétude grandit au sujet de la situation humanitaire des villes sous
contrôle des forces anti-gouvernementales et des zones coupées du reste du
pays à cause du conflit. La première manifestation de l’opposition politique
depuis le début des violences s’est déroulée à Port-au-Prince le 15 février.
Les manifestants ont essuyé des jets de pierre de la part de partisans du
gouvernement ; la police a fait usage de gaz lacrymogènes et tiré en l’air
pour disperser les deux groupes.

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