ONU, Les personnes handicapées doivent être consultées pour répondre à la crise au Yémen

Raja Abdullah Almasabi

Le Conseil de sécurité des Nations unies doit traduire en actes concrets sur le terrain son engagement en faveur de la protection des personnes handicapées dans les conflits armés, a déclaré Amnesty International mardi 28 juillet, faisant ainsi écho au fervent appel lancé à l’organe international par une défenseure des personnes en situation de handicap.

Raja Abdullah Almasabi, présidente de la Fondation arabe des droits humains, une organisation non gouvernementale yéménite qui défend les droits des personnes souffrant d’un handicap, s’est adressée au Conseil de sécurité mardi 28 juillet lors d’une réunion d’information sur le Yémen.

« Raja Abdullah Almasabi a décrit avec éloquence la dure réalité à laquelle sont confrontées de très nombreuses personnes en situation de handicap au Yémen chaque jour. Ces personnes ont déjà payé un tribut disproportionné à ce conflit armé qui dure depuis des années, et leurs droits sont trop souvent négligés par les interventions humanitaires dans une situation que les Nations unies ont qualifiée de pire crise humanitaire au monde », a déclaré Rawya Ragehn, conseillère d’Amnesty International pour les situations de crise.

« L’an dernier, le Conseil de sécurité des Nations unies s’est engagé à protéger les personnes handicapées lors des conflits. Il est désormais temps de traduire ces paroles en actes - notamment en garantissant que les interventions humanitaires soient plus inclusives et en demandant la publication de rapports périodiques par le secrétaire général et d’autres acteurs sur la situation des personnes handicapées lors des crises. »

Résolution historique

Le 20 juin 2019, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l’unanimité une résolution historique sur la protection des personnes souffrant de handicaps [1] et garantissant un accès égalitaire à l’assistance humanitaire. Il s’agissait de la première fois que le Conseil abordait dans une résolution le fait que les conflits armés et autres crises affectent de manière disproportionnée les personnes handicapées.

Deux mois plus tôt, Nujeen Mustafa [2], la première personne handicapée à faire un exposé devant le Conseil, avait décrit son enfance à Alep avec un handicap, puis son départ de Syrie dans le but de fuir la guerre. Elle a expliqué que le conflit démantèle les structures dont dépendent les personnes handicapées, et exhorté les membres du Conseil à impliquer dans tous les aspects de leur travail des personnes vivant avec un handicap.

Ces dernières années, les Nations unies ont intensifié leurs efforts, et les États ont réitéré leurs engagements afin que les interventions humanitaires soient plus inclusives à l’égard des personnes handicapées - qui représentent, selon certaines estimations, 15 % de la population mondiale, soit plus d’un milliard de personnes. Sur le terrain, cependant, peu de choses ont changé.

Les personnes handicapées prises au piège du conflit au Yémen

Les Nations unies ont qualifié la situation au Yémen de pire crise humanitaire au monde.

Amnesty International a recueilli de nombreux éléments montrant que cette crise et les années de conflit ont eu un impact disproportionné sur les personnes souffrant de handicaps - y compris celles qui ont été déplacées par les combats.

S’appuyant sur six mois de recherches, ayant notamment pris la forme de missions dans trois gouvernorats du sud du Yémen et de près de 100 entretiens, le rapport publié en décembre 2019 sous le titre Excluded : Living with disabilities in Yemen’s armed conflict a examiné les vastes répercussions du conflit sur les personnes handicapées. Ce document a souligné les difficultés qu’elles ont rencontrées lorsqu’elles ont fui les violences, mais aussi dans les camps de personnes déplacées, comme par exemple les problèmes d’accès à l’aide et des conditions de vie inadéquates bafouant leur dignité. Il a également signalé les obstacles auxquels les personnes handicapées sont confrontées dans l’accès aux services de santé, à l’éducation et à des opportunités d’emploi.

Dans ce rapport, Amnesty International a demandé aux autorités yéménites et à la communauté internationale de garantir que les personnes handicapées et les organisations qui les défendent soient associées à la conception et à la mise en œuvre de l’intervention humanitaire, mais aussi véritablement consultées et impliquées durant les processus et négociations de paix.

Une « crise sanitaire catastrophique » sur fond de COVID-19

« Nous devons avoir un siège à la table des négociations »

Dans ses remarques au Conseil, Raja Abdullah Almasabi a évoqué un grand nombre de ces difficultés et attiré l’attention sur la « crise sanitaire catastrophique » à laquelle le Yémen est désormais en proie sur fond de pandémie de COVID-19. « Il n’y a pas d’actions spécifiques et ciblées s’adressant à ce public, même si nous savons que les personnes handicapées sont plus vulnérables que les autres si elles sont infectées par le virus », a-t-elle déclaré.

Compte tenu du manque général de données fiables sur les personnes handicapées au Yémen, on ne sait pas clairement combien de personnes en situation de handicap ont contracté le COVID-19 ou en sont mortes. On s’inquiète du manque d’accès des personnes handicapées aux informations relatives à la prévention du COVID-19 et aux mesures de protection contre ce virus. De nombreuses personnes vivant avec un handicap ne peuvent observer la distanciation sociale requise avec celles et ceux qui leur apportent le soutien dont elles ont besoin.

« La propagation de la pandémie de COVID-19 ajoute à la détresse de ceux qui vivent la crise humanitaire au Yémen, situation déjà complexe et d’une grande gravité. La pandémie a une nouvelle fois mis en évidence les failles des mécanismes de réaction aux crises en ce qui concerne les personnes handicapées », a déclaré Rawya Rageh.

Le conflit au Yémen a accru la précarité des personnes souffrant de handicaps et a anéanti l’aide sociale déjà limitée dont celles-ci bénéficiaient auparavant.

Raja Abdullah Almasabi a demandé aux membres du Conseil de sécurité de cesser de soutenir les parties au conflit. Elle les a engagés à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour mettre fin à la guerre, et pour garantir que les personnes en situation de handicap aient voix au chapitre lors des négociations de paix. Elle a également exhorté les membres du Conseil à garantir que les droits des personnes handicapées soient pleinement pris en compte lors de la planification et de la budgétisation de l’intervention humanitaire.

« Je vais finir sur une requête simple - vous pouvez faire plus. Vous pouvez faire mieux. Nous ne sommes pas une préoccupation secondaire. Les personnes handicapées doivent être prises en compte dans toutes les déclarations que vous publiez et toutes les résolutions que vous envisagez. Nous devons avoir un siège à la table des négociations », a déclaré Raja Abdullah Almasabi.

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