Honduras : Le gouvernement emploie des méthodes dangereuses et illégales pour museler la population

Le gouvernement du Honduras déploie des méthodes dangereuses et illégales pour bâillonner toute voix dissidente dans le sillage d’une grave crise politique, notamment en empêchant les avocats et les défenseurs des droits humains de rendre visite aux manifestants détenus

« Le Honduras semble être en chute libre, et les simples citoyens se retrouvent victimes de jeux politiques hasardeux et égoïstes, a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques d’Amnesty International.

« Les éléments recueillis démontrent qu’il n’y a pas de place au Honduras pour que les citoyens puissent exprimer leurs opinions. Lorsqu’ils le font, ils se retrouvent face à la puissance de l’appareil répressif gouvernemental.

« Mesures nécessaires pour réparer certains torts constatés ces derniers jours, les autorités doivent faire cesser tout recours à la force illégitime ou excessif contre les manifestants, mettre fin aux détentions arbitraires et enquêter sur tous les cas de violations des droits humains. »

Une délégation d’Amnesty International s’est rendue dans la capitale hondurienne, Tegucigalpa, afin de rencontrer des militants des droits humains et des victimes de violations, au lendemain de la crise et de l’état d’exception qui ont fait suite à l’élection présidentielle du 26 novembre. Les délégués d’Amnesty International ont également rencontré des membres de la police nationale et du bureau du médiateur.

Au cours de leur visite, ils ont recensé de très nombreuses violations des droits humains contre les manifestants et d’autres personnes.

Violences contre les manifestants

Au moins 14 personnes sont mortes, la plupart de blessures par balles, et des dizaines ont été blessées dans le contexte de manifestations largement pacifiques organisées depuis l’élection du dimanche 26 novembre, selon les informations fournies à Amnesty International par des défenseurs des droits humains et des représentants de l’État.

Le 1er décembre, un couvre-feu a été imposé et beaucoup estiment qu’il augmente les risques pour l’intégrité et la vie des citoyens.

Selon un défenseur des droits humains, les actes de harcèlement et les coups imputables aux forces de sécurité lors des manifestations sont courants au Honduras depuis quelques jours et la situation devient de plus en plus dangereuse pour toute personne qui marche dans la rue.

Les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes, pourchassé et arrêté des manifestants. Dans certains cas, elles ont fait usage d’armes à feu. Les niveaux de violence sont comparables à ceux qui ont suivi le coup d’État de 2009.

Seul un policier a comparu devant un juge pour avoir tiré sur un manifestant, selon les informations fournies à Amnesty International par la police nationale.

Violations des droits humains pendant le couvre-feu

Durant le couvre-feu imposé par les autorités honduriennes le 1er décembre, les forces de sécurité ont agi en toute impunité.

Raúl Antonio Triminio, ouvrier du bâtiment de 39 ans, de Tegucigalpa, a été tué dans la nuit du 3 décembre. D’après le témoignage de sa famille, il manifestait pacifiquement devant chez lui lorsque des membres de la police militaire sont arrivés, ont ouvert le feu sur les lampadaires avant de lui tirer directement au visage. Ses proches n’ont pas pu lui porter secours immédiatement, car ils avaient trop peur de sortir et d’être ciblés par les policiers. L’une de ses sœurs a déclaré : « Ils auraient dû l’arrêter, pas l’abattre. Il ne faisait rien de mal... Nous voulons simplement la justice. »

La police militaire semble être impliquée dans plusieurs cas de violations des droits humains lors des manifestations et durant le couvre-feu.

Les chercheurs d’Amnesty International ont recensé le cas d’un jeune homme attaqué par la police militaire à Tegucigalpa, alors qu’il tentait de rentrer sa moto chez lui dans la nuit du 3 décembre.

D’après des témoins oculaires, les policiers ne l’ont pas averti et n’ont pas tenté de l’arrêter. Ils l’ont simplement roué de coups jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Il est hospitalisé depuis plusieurs jours et demeure dans un état critique.

Sa famille a déclaré aux chercheurs que lorsque ses frères et sœurs ont tenté de lui porter secours, les policiers militaires ont pointé leurs armes sur eux et leur ont conseillé de garder le silence sur cette affaire, car ils savaient où ils habitaient et pouvaient revenir les tuer.

Dans les deux cas, les proches ont dû appeler la police nationale pour conduire les victimes à l’hôpital, car ils ne pouvaient pas le faire eux-mêmes et avaient peur.

Le couvre-feu touche tous les aspects de la vie quotidienne. Nombreux sont ceux qui doivent constamment changer leur emploi du temps, d’autres perdent des heures de travail ou ne peuvent pas rendre visite à des amis ou des proches. S’ils ne quittent pas les rues au moment où le couvre-feu débute, ils courent le risque de ne pas pouvoir rentrer chez eux ou de subir des violences.

Les personnes arrêtées pour avoir enfreint le couvre-feu sont détenues au poste de police jusqu’à la fin du couvre-feu, à 5 heures du matin. Pendant cette durée, elles sont privées d’assistance juridique, car les avocats et les défenseurs des droits humains ne peuvent pas enfreindre le couvre-feu pour leur rendre visite ou engager des procédures légales en leur nom.

Le couvre-feu, modifié à deux reprises au niveau des horaires et de la zone géographique depuis sa mise en place, ne respecte pas les dispositions juridiques internationales et semble excessif face à des cas limités de violence.

Si le gouvernement doit encore prolonger cette mesure, il doit en démontrer dûment la nécessité et respecter toutes les procédures constitutionnelles et internationales requises, notamment en adressant des notifications officielles au secrétaire général de l’Organisations des États américains (OEA) et aux Nations unies.

Dans tous les cas, des garanties effectives doivent être mises en place afin de prévenir de nouvelles violations des droits humains et toutes les violations présumées doivent faire l’objet d’enquêtes et de poursuites.

Complément d’information

Le 26 novembre 2017 se tenait l’élection présidentielle au Honduras.

Dans la matinée du 27 novembre, le Tribunal électoral suprême a publié une première estimation des résultats, fondée sur le comptage de 57 % des bulletins, qui donnait cinq points d’avance au candidat de l’opposition Salvador Nasralla sur le président sortant du Honduras, Juan Orlando Hernández.

Les deux candidats se sont déclarés vainqueurs. D’après le rapport préliminaire de la Mission d’observation électorale de l’Organisation des États américains (OEA) au Honduras, publié après le scrutin, « le système de publication des résultats, que le public peut consulter en ligne, n’a pas été mis à jour [à la suite de la première annonce du Tribunal électoral suprême] le 27 novembre. Après examen, la Mission a observé que l’écart entre les candidats s’est réduit. »

Dans l’après-midi du 29 novembre, le Tribunal électoral suprême a publié des données officielles selon lesquelles le président actuel Juan Orlando Hernandez était en tête des résultats.

Le Honduras est l’un des pays les plus violents au monde, les taux d’homicides et le niveau d’insécurité y sont très élevés. La population ne fait guère confiance aux institutions, notamment parce que l’impunité prévaut pour la majorité des crimes et que les signes de corruption ou d’implication des forces étatiques dans des activités criminelles se multiplient.

Les défenseurs des droits humains sont particulièrement exposés à la violence. Le Honduras est l’un des pays les plus dangereux d’Amérique latine pour les défenseurs, en particulier pour ceux qui défendent l’environnement et le droit à la terre.

Conséquence du coup d’État du 28 juin 2009, au cours duquel ont été adoptés diverses mesures d’exception et des couvre-feux, de graves violations des droits humains imputables aux forces de sécurité honduriennes ont été signalées.

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