Communiqué de presse

Il est temps que les États-Unis cessent d’alimenter le conflit en Israël et à Gaza

Par Sunjeev Bery, directeur du plaidoyer pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Amnesty International États-Unis

Tandis que l’Assemblée générale des Nations unies ouvre sa réunion à New York le mardi 16 septembre, Amnesty International remet à la Maison-Blanche 187 563 signatures qui relaient un appel mondial pour qu’il soit mis fin aux livraisons d’armes qui alimentent les atteintes aux droits en Israël et dans les territoires palestiniens occupés. Des milliers de personnes des États-Unis et de 166 autres nations exhortent le président Obama et le secrétaire d’État John Kerry à cesser d’armer Israël et à soutenir un embargo des Nations unies sur les armes à destination d’Israël, du Hamas et d’autres groupes armés palestiniens.

Bien qu’un cessez-le-feu soit à ce jour en vigueur en Israël et à Gaza, ce conflit qui a duré 50 jours a laissé des blessures toujours ouvertes. Dans la bande de Gaza, 2 131 Palestiniens au moins ont été tués, et parmi eux figurent au moins 1 473 civils. Plus de 18 000 habitations ont été détruites ou endommagées, et on estime à 108 000 le nombre de personnes sans abri. Comme lors d’autres conflits au fil des sept dernières années, il est très probable que des crimes de guerre aient été commis, et il faut qu’une enquête soit menée sur ce point. Israël a bombardé des hôpitaux, des centres médicaux et des écoles : l’hôpital Al Aqsa à Deir Al Balah et l’hôpital Al Najjar à Rafah, entre autres, ont été gravement endommagés du fait d’attaques directes, de pilonnage par des chars ou de tirs de missiles. Actuellement, 450 000 personnes ne sont plus approvisionnées en eau par la municipalité, en partie à cause de dommages infligés pendant le conflit. Depuis sept ans, les habitants de Gaza subissent un blocus imposé par Israël qui leur impose une économie de subsistance. Environ 80 % d’entre eux dépendent de l’aide humanitaire.

Les 71 personnes tuées du côté israélien comportaient six civils. Les groupes armés palestiniens ont tiré sur Israël sans discrimination, à partir de la bande de Gaza, des milliers de roquettes et d’obus de mortier, ce qui, en soi, constitue un crime de guerre. Selon certaines informations, ces groupes auraient effectué des tirs aveugles de roquettes à partir de lieux proches d’hôpitaux ou de centres de santé, ou auraient utilisé ces bâtiments civils à des fins militaires.

Pendant ce temps, en Cisjordanie occupée, le gouvernement israélien continue à s’emparer de terres palestiniennes, poursuivant des pratiques assimilables à des crimes de guerre en s’appropriant avec persistance des parts de territoire de plus en plus importantes pour y installer des colonies illégales destinées aux seuls juifs. Des milliers de civils palestiniens ont perdu leurs maisons et leurs terres cultivables à cause des activités israéliennes de colonisation, toujours croissantes, qui remplacent, souvent par la force des armes, les villages palestiniens par des agglomérations réservées aux juifs.

Les résultats brutaux des pratiques israéliennes sont éloquents. Comme je l’ai écrit antérieurement, selon l’ONU, l’armée israélienne a tué plus de Palestiniens de Cisjordanie en 2013 qu’en 2011 et 2012 en additionnant ces deux années. Depuis janvier 2011, plus de 8 000 Palestiniens de Cisjordanie, dont 1 500 enfants, ont été grièvement blessés par des tirs de balles réelles des forces armées israéliennes ou ont subi d’autres atteintes physiques.

En continuant à fournir chaque année à Israël une aide militaire d’un montant de 3 milliards de dollars des États-Unis, le président Obama et le secrétaire d’État John Kerry contribuent à perpétuer cette crise des droits humains. Certes, les médias américains parlent d’un « processus de paix » appuyé par les États-Unis, mais ce pays n’a cessé de fournir des armes, des munitions, du carburant correspondant aux moyens utilisés par Israël pour rendre possibles de graves violations des droits humains dans les territoires palestiniens occupés. Il s’agit, par exemple, de pièces de missiles guidés, de lance-roquettes, de pièces d’artillerie, d’armes légères, ainsi que de milliers de tonnes de carburant pour avions de chasse et véhicules militaires. Ajoutons à cela que la politique étrangère des États-Unis protège aussi les groupes armés palestiniens et le Hamas en ne leur imposant pas de rendre des comptes.

Du fait de l’opposition des États-Unis à une action efficace du Conseil de sécurité des Nations unies, la Maison-Blanche met toutes les parties à l’abri de l’obligation de rendre des comptes pour leurs violations des droits humains. Les États-Unis devraient appuyer un embargo des Nations unies sur les armes, mais ils devraient aussi soutenir le renvoi à la Cour pénale internationale de la situation en Israël et dans les territoires palestiniens occupés.

Mais l’administration Obama n’a pris aucune de ces mesures. En conséquence, les États-Unis protègent Israël, le Hamas et les autres groupes armés palestiniens de leur obligation de rendre des comptes à l’échelle mondiale. Avec l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies, la Cour pénale internationale pourrait enquêter sur les personnes soupçonnées d’avoir commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, émettre contre elles des mandats d’arrêt et même les poursuivre. Mais, pour que le Conseil de sécurité puisse appuyer cette démarche, les États-Unis ne doivent pas mettre leur véto à cette résolution.

Voilà pourquoi presque 200 000 personnes de 167 pays ont apposé leur nom sur l’appel mondial d’Amnesty International. Tandis que des diplomates du monde entier se rassemblent à New York, des hommes et des femmes qui ont à cœur les droits humains fondamentaux leur demandent d’agir. Le cessez-le-feu actuel ne doit pas être considéré comme un prétexte pour que la politique étrangère américaine se poursuive sans aucun changement.

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