Île de Manus : L’Australie abandonne les réfugiés

  • De nouveaux centres peu sûrs qui ne répondent pas aux besoins élémentaires des réfugiés.
  • Les réfugiés affirment vivre en permanence dans la peur et la violence.
  • L’Australie doit renoncer à sa politique de cruauté et de négligence.

Le gouvernement australien abandonne des centaines de réfugiés et de demandeurs d’asile, les confinant en Papouasie-Nouvelle-Guinée dans une situation qui ressemble plus à une sanction qu’à une protection, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport le 1er février 2018.

Ce document, intitulé Punishment not protection : Australia’s treatment of refugees and asylum seekers in Papua New Guinea, révèle que les réfugiés ont été expulsés d’un centre de transit sur l’île de Manus en novembre 2017, pour être transférés dans des structures plus récentes mais inadaptées, où la violence des habitants de l’île demeure une menace constante.

« Transférer des réfugiés et des demandeurs d’asile d’une situation infernale à une autre n’est pas la solution, cela revient à prolonger la souffrance de ces hommes désespérés. Les nouveaux centres sur l’île de Manus représentent un risque en termes de sécurité et surtout, privent ceux qui y vivent de services élémentaires », a déclaré Kate Schuetze, directrice de la région Pacifique à Amnesty International.

« Au lieu de mettre en œuvre de nouveaux moyens créatifs pour s’exonérer de sa responsabilité et bafouer le droit international, le gouvernement australien doit mettre un terme à cette politique obstinée de cruauté et de négligence. Il doit choisir la seule option sûre et légale, à savoir transférer ces hommes sur son territoire et leur offrir la protection dont ils ont besoin et qu’ils méritent. »

D’un centre dangereux à un autre

À partir du 31 octobre 2016, l’Australie a supprimé tous les services au centre de rétention sur l’île de Manus - où elle a envoyé des centaines d’hommes depuis 2013 dans le cadre de sa politique illégale de traitement des réfugiés en dehors de ses frontières. Les réfugiés du centre ayant organisé des manifestations pacifiques et refusé de partir, la police de Papouasie-Nouvelle-Guinée les a expulsés de force et les a transférés dans les trois nouveaux centres fin novembre.

Les recherches d’Amnesty International, fondées sur des entretiens menés avec 55 réfugiés et demandeurs d’asile, révèlent que les nouveaux centres sont loin d’être sûrs et n’apportent pas de réponse aux problèmes de fond que soulève le traitement " offshore " mis en place par l’Australie.

Plusieurs réfugiés ont été violemment agressés par des habitants ces dernières années sur l’île de Manus, et aucune poursuite n’a été engagée. Les nouveaux centres offrent encore moins de protection que le précédent. Ils sont plus proches de la ville de Lorengau et manquent d’équipements basiques de sécurité comme des barrières.

De nombreux réfugiés ont déclaré à Amnesty International qu’ils avaient peur de sortir des centres parce qu’ils risquent d’être agressés ou dévalisés par des habitants. Les manquements de la police, qui n’a pas ouvert d’enquête sur ces agressions, et le fait que les responsables n’ont pas à rendre de comptes ont sapé la confiance dans les autorités et engendré un climat d’impunité.

Joinul Islam, Bangladais de 42 ans, a déclaré : « Je ne vais pas à Lorengau car c’est un endroit très dangereux. Il y a trois mois, j’y suis allé et quelqu’un m’a entaillé [au bras]. Ils ont pris mon portable et mon argent. C’est un endroit très dangereux… Je n’aime pas aller à Lorengau. »

Les réfugiés sont pris au piège d’une situation hostile, qui se caractérise par les obstacles érigés par le propriétaire foncier, les conflits entre les fournisseurs de service et les contestations des habitants.

Ces dernières semaines, la confrontation entre des sociétés d’agents de sécurité rivales ajoute encore au sentiment d’insécurité. Les agents d’une société de Manus auraient fait sortir ceux d’une entreprise engagée par le gouvernement australien de certaines structures, suscitant la confusion pour savoir qui est en charge d’assurer la sécurité des réfugiés.

« Des réfugiés ont déclaré qu’ils avaient été volés et agressés sur l’île de Manus et à Port Moresby. La police refuse d’agir même sur les cas de violence les plus graves. Force est de constater que la Papouasie-Nouvelle-Guinée n’apporte pas de solution sûre et durable aux réfugiés qui y sont envoyés par l’Australie », a déclaré Kate Schuetze.

Le 21 janvier 2018, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a également noté que si aucun couvre-feu officiel n’est en vigueur, la police locale conseille à tous les réfugiés et demandeurs d’asile de rentrer chez eux avant 18 heures chaque soir afin de limiter les risques pour leur sécurité.

Préjudices subis

Le traumatisme psychologique de la détention prolongée a de lourdes conséquences pour les réfugiés, 88 % d’entre eux souffrant de dépression ou de trouble de stress post-traumatique. Les nouveaux centres sont en lien avec une petite clinique médicale et un hôpital public, qui sont loin de suffire pour répondre à leurs besoins.

Les réfugiés sont soumis à de sévères restrictions de leur liberté de mouvement. La plupart ne peuvent pas quitter les centres de logement dédiés sur l’île de Manus ou à Port Moresby. Ils en sont réduits à survivre avec des allocations de base qui ne suffisent pas à couvrir leurs dépenses pour la nourriture, les médicaments et autres.

Les autorités de Papouasie-Nouvelle-Guinée ne fournissent pas aux réfugiés de statut légal, d’accès à des visas ou des papiers d’identité, ni la possibilité d’obtenir un travail à long terme, essentiel pour une réelle intégration. S’installer en Papouasie-Nouvelle-Guinée s’avère quasiment impossible pour les réfugiés qui ont tenté l’expérience, du fait des difficultés pour gagner sa vie et de la menace constante de violence.

L’Australie doit fournir une solution viable

Après presque cinq ans, le gouvernement australien ne propose pas d’options viables ni durables aux réfugiés qu’il transfère de force en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Ils sont dans les faits contraints de choisir entre retourner dans leur pays ou être transférés vers un environnement violent à Nauru.

Quelques rares chanceux - environ 83 jusqu’à présent - ont reçu un " ticket de loterie " pour une réinstallation aux États-Unis, mais c’est une procédure longue et arbitraire qui n’est pas ouverte à tous.

« Le gouvernement australien doit mettre fin à cette politique cruelle de détention en dehors de ses frontières et transférer immédiatement les réfugiés et les demandeurs d’asile sur son territoire ou dans un pays tiers sûr », a déclaré Kate Schuetze.

« À court terme, les autorités papouasiennes et australiennes doivent faire tout leur possible pour garantir la protection des réfugiés. Elles doivent veiller à répondre à leurs besoins élémentaires et à ce que leur sécurité ne soit pas mise en péril. »

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