Vingt ans apre ?s un massacre de paysans sans terre perpe ?tre ? par la police militaire bre ?silienne, l’impunite ? persiste pour les crimes commis contre des communaute ?s rurales dans le pays, et l’anne ?e 2015, au cours de laquelle 50 homicides ont e ?te ? recense ?s, a e ?te ? la plus meurtrie ?re depuis plus de dix ans, a de ?clare ? Amnesty International vendredi 15 avril 2016.
Depuis que 19 paysans sans terre ont e ?te ? tue ?s, le 17 avril 1996, dans le sudest de l’E ?tat du Para ? (e ?ve ?nement connu depuis lors sous le nom de massacre d’Eldorado de Caraja ?s), plus de 271 paysans et dirigeants ruraux ont e ?te ? tue ?s dans le seul E ?tat du Para ?.
Des membres du Mouvement des paysans sans terre (MST) se dirigeaient en corte ?ge vers la ville de Bele ?m lorsque la police leur a barre ? la route. Plus de 150 policiers, qui avaient retire ? l’insigne figurant sur leur uniforme et e ?taient arme ?s de fusils charge ?s de balles re ?elles, ont violemment re ?prime ? la manifestation.
Seuls deux officiers a ? la te ?te de l’ope ?ration, le colonel Mario Colares Pantoja, condamne ? a ? 258 ans de re ?clusion, et le major Oliveira, condamne ? a ? 158 ans de re ?clusion, ont e ?te ? reconnus coupables de ce massacre. Ils sont incarce ?re ?s depuis 2012. Aucun autre policier et aucun des dirigeants politiques susceptibles d’avoir incite ? la police militaire a ? commettre ce crime ou d’avoir consenti au massacre n’ont e ?te ? tenus pour responsables.
« Il est inacceptable que les crimes commis contre les paysans demeurent syste ?matiquement impunis. Il faut mener des enque ?tes sur ceux qui donnent et exe ?cutent les ordres, traduire ces personnes en justice et garantir le droit a ? la terre ; cela est indispensable pour que la justice re ?gne dans les zones rurales et que les droits humains soient effectivement respecte ?s dans le pays ?. », a de ?clare ? Atila Roque, directeur exe ?cutif d’Amnesty International Bre ?sil.
L’organisation a recueilli des informations sur les violations des droits humains commises lors du massacre d’Eldorado de Caraja ?s et les a analyse ?es, a suivi l’e ?volution des proce ?dures judiciaires et a demande ? que justice soit rendue lors des proce ?s des personnes soupc ?onne ?es d’e ?tre pe ?nalement responsables.
Les autopsies ont re ?ve ?le ? que 10 des 19 membres du MST qui avaient perdu la vie avaient e ?te ? exe ?cute ?s, certains paysans ayant e ?te ? tue ?s a ? bout portant et d’autres battus a ? mort au moyen de leurs propres outils.
L’ope ?ration a e ?galement fait 69 blesse ?s, dont de nombreux paysans qui souffrent de se ?quelles provoque ?es par des balles reste ?es dans leur corps, ce qui les empe ?che de reprendre le travail. Deux personnes sont de ?ce ?de ?es des suites de leurs blessures, portant a ? 21 le nombre de morts.
« La lumie ?re n’a jamais e ?te ? faite sur les raisons pour lesquelles les policiers qui ont participe ? a ? l’ope ?ration ont retire ? l’insigne figurant sur leur uniforme, ni sur la manie ?re dont ont disparu les documents qui e ?tablissaient un lien entre les policiers et les armes utilise ?es pour commettre le crime », a de ?clare ? Jose ? Batista Gonc ?alves Afonso, avocat repre ?sentant la Commission pastorale de la terre (CPT) de Maraba ?, dans l’E ?tat du Para ?.
« ?Personne n’a fait l’objet d’une enque ?te pour avoir retire ? les corps de la sce ?ne de crime alors que les lieux n’avaient pas e ?te ? du ?ment examine ?s. Aucune reconstitution des faits n’a e ?te ? re ?alise ?e ?. »
Violence et impunite ? en zone rurale
Le massacre d’Eldorado de Caraja ?s n’est pas un cas isole ?. Il est devenu le symbole des violations des droits humains et des injustices re ?currentes commises contre les agriculteurs, les paysans, les populations indige ?nes et les communaute ?s traditionnelles telles que les quilombolas ?, les pe ?cheurs et les personnes re ?sidant sur les rives de cours d’eau, leurs avocats et les de ?fenseurs des droits humains engage ?s dans le combat en faveur du droit a ? la terre et aux ressources naturelles au Bre ?sil.
Amnesty International Bre ?sil a notamment suivi le cas de Lai ?sa Santos Sampaio. La sœur et le beaufre ?re de Lai ?sa (Maria et Jose ? Claudio do Espirito Santo) ont e ?te ? tue ?s en mai 2011 a ? Maraba ? (Para ?) parce qu’ils avaient de ?nonce ? l’appropriation illicite de terres et la destruction des fore ?ts. Depuis lors, Lai ?sa rec ?oit des menaces de mort.
En 2015, le nombre de de ?ce ?s lie ?s a ? des litiges fonciers au Bre ?sil a e ?te ? le plus e ?leve ? de ces douze dernie ?res anne ?es. La Commission pastorale de la terre a recense ? 50 homicides, 144 menaces et 59 tentatives d’homicide lie ?s a ? des conflits fonciers. Quatrevingtdix pour cent de ces cas se concentraient dans les E ?tats de Rondo ?nia, du Para ? et de Maranha ?o.
Dans le seul E ?tat du Para ?, au cours des quarante anne ?es qui se sont e ?coule ?es entre 1964 et 2014, 947 paysans et dirigeants ruraux, chefs religieux et avocats ont e ?te ? tue ?s. Les niveaux de violence les plus e ?leve ?s ont e ?te ? releve ?s dans les re ?gions du sud et du sudest de cet E ?tat, ou ? se produisent la majorite ? des homicides de paysans et de dirigeants ruraux.
L’impunite ? permet a ? ces crimes de se perpe ?tuer. Sur les 40 municipalite ?s que comptent le sud et le sudest de l’E ?tat du Para ?, 30 ont un taux d’impunite ? de 100 % en ce qui concerne les homicides de paysans commis ces 43 dernie ?res anne ?es.
« Les homicides commis en zone rurale donnent peu souvent lieu a ? un proce ?s, mais il est encore moins fre ?quent que les responsables soient de ?clare ?s coupables, et plus rare encore que les personnes reconnues coupables purgent leur peine. L’impunite ?, la lenteur des expropriations et le me ?pris des de ?marcations de terres pre ?vues par la Constitution fe ?de ?rale encouragent les violations des droits humains ? », a de ?clare ? Atila Roque.
Exposition
Les images fortes pre ?sente ?es dans le cadre de l’exposition de photographies organise ?e en partenariat avec le Mouvement des paysans sans terre (MST) et Amnesty International Bre ?sil, avec des cliche ?s de Joa ?o Roberto Ripper, sous la supervision de Julia Mariano, contribuent a ? perpe ?tuer non seulement la me ?moire, mais aussi le combat mene ? pour le droit a ? la terre et la fin de l’impunite ?.
