Inde : Les accusations visant Kancha Ilaiah constituent une atteinte à la liberté d’expression

Les accusations portées à l’encontre de l’écrivain et fervent détracteur du système des castes Kancha Ilaiah, en raison de son livre, constituent une nouvelle atteinte au droit à la liberté d’expression, a déclaré Amnesty International Inde le 17 octobre 2017.

Dans son livre intitulé Samajika Smugglerlu Komatollu (« Passeurs sociaux – Komatis »), Kancha Ilaiah remet en cause le système des castes en Inde et critique le capital social et économique dont jouissent les castes dominantes, qui permet à la discrimination de perdurer.

Le 12 octobre, une plainte a été déposée auprès d’un tribunal local à Telangana au motif que le livre avait heurté les sentiments de la communauté Vyasa. Sur instruction du tribunal, une procédure a été ouverte à l’encontre de Kancha Ilaiah, au titre des articles 153A(a), 153B(a), 295-A et 509 du Code pénal. Il est notamment accusé de promouvoir l’hostilité entre différents groupes sociaux et de chercher à nuire à des croyances religieuses. Il est également inculpé au titre de l’article 3 de la Loi relative aux castes et tribus répertoriées (prévention des atrocités). S’il est reconnu coupable, il encourt jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.

« Les inculpations prononcées contre Kancha Ilaiah révèlent l’environnement dangereux dans lequel évoluent les universitaires et les défenseurs des droits humains en Inde, dans lequel le droit à la liberté d’expression est constamment attaqué, a déclaré Asmita Basu, directrice des programmes à Amnesty International Inde.

« La Cour suprême avait déjà rejeté une requête demandant l’interdiction de son livre et réaffirmé le droit à la liberté d’expression. Les autorités doivent abandonner les accusations visant Kancha Ilaiah et s’abstenir plus largement d’engager des poursuites qui découlent uniquement de l’exercice pacifique de la liberté d’expression. »

Kancha Ilaiah a déjà fait l’objet d’inculpations au seul motif qu’il avait exercé sans violence son droit à la liberté d’expression. En septembre 2017, une plainte avait été déposée au poste de police de Kanigiri pour des accusations similaires.

La publication de ce livre a déclenché une série de menaces et d’attaques contre son auteur. Le 23 septembre, un groupe de personnes a attaqué sa voiture. En outre, il a reçu plusieurs menaces et a notamment reçu un appel téléphonique au cours duquel son interlocuteur a menacé de lui couper la langue. Il avait alors porté plainte au poste d’Osmania, mais les autorités n’ont pas encore mis en place de mesures de protection.

« Les autorités sont tenues de protéger la liberté d’expression et doivent mener une enquête approfondie sur ces menaces et ces agressions, en vue de traduire en justice les personnes dont la responsabilité pénale serait engagée », a déclaré Asmita Basu.

D’autres écrivains ont été en butte à des menaces et des actes de harcèlement analogues, et certains ont même été tués. Début août, le gouvernement de l’État du Jharkhand a interdit le livre du militant et écrivain Hansda Sowvendra Shekhar. Gauri Lankesh, M. M. Kalburgi, Govind Pansare et Narendra Dabholkar ont été assassinés ces dernières années, après avoir été la cible de menaces et d’agressions.

« Les menaces et les actes de harcèlement visant ceux qui dénoncent le système des castes ne doivent pas se banaliser. Les autorités doivent en finir avec le climat de peur et d’impunité en protégeant efficacement le droit à la liberté d’expression », a déclaré Asmita Basu.

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