Communiqué de presse

Indonésie. Les victimes de 1965 attendent toujours d’obtenir vérité, justice et réparations

Le 30 septembre 2015, l’Indonésie commémorera le 50e anniversaire des violations massives des droits humains de 1965, sombre chapitre de l’histoire du pays. Amnesty International et l’ONG TAPOL estiment qu’il est temps que le gouvernement indonésien affronte le passé et prenne les mesures tant attendues afin de dévoiler la vérité, de rendre justice aux victimes et de leur accorder des réparations.

Au lendemain d’un coup d’État manqué en septembre 1965, l’armée indonésienne a lancé une attaque systématique contre les membres du Parti communiste indonésien (PKI) et ses sympathisants présumés. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont rassemblé des informations sur un grand nombre d’atteintes à ces droits commises lors de ce coup d’État : homicides illégaux, actes de torture, disparitions forcées, viols, esclavage sexuel et autres violences sexuelles, esclavage, arrestations et placements en détention arbitraires, déplacements forcés ou encore travaux forcés. On estime qu’entre 500 000 et un million d’individus ont été tués, et que des centaines de milliers ont été détenus sans inculpation ni jugement, pendant des périodes allant de quelques jours à plus de 14 ans.

Bon nombre de victimes et leurs familles ont également vu leurs droits sociaux, économiques et culturels bafoués. Encore aujourd’hui, elles sont victimes de discrimination en droit et en pratique. Les gouvernements indonésiens successifs ont abandonné toute une génération de victimes, les privant de la vérité, de la justice et des réparations auxquelles elles ont droit au titre du droit international. Dans la très grande majorité des cas, les auteurs de violations des droits humains repartent libres.

En de nombreuses occasions, des groupes d’autodéfense harcèlent et dispersent les réunions internes ou les événements publics organisés par les victimes sur les violations de 1965, pendant que la police s’abstient fréquemment d’intervenir.

Au terme de trois ans d’investigations, achevées en juillet 2012, la Commission nationale des droits humains (Komnas HAM) a conclu que des atteintes aux droits humains avaient été perpétrées de façon généralisée dans tout le pays entre 1965 et 1966, et que ces agissements avaient perduré, dans une moindre mesure, jusqu’à la fin des années 1970. Elle affirme que les éléments découverts correspondent à de graves violations des libertés fondamentales, notamment des crimes contre l’humanité, comme définies par la Loi n° 26/2000 sur les tribunaux des droits humains. En juillet 2012, Komnas HAM a invité le procureur général à diligenter une enquête officielle, fondée sur ses conclusions, et à traduire les responsables présumés en justice. Elle a également appelé les autorités à créer une commission vérité et réconciliation, et à adresser des excuses publiques aux victimes et à leurs familles. À ce jour cependant, rien n’indique que le procureur général a décidé de diligenter une enquête. Parallèlement, les initiatives visant à établir la commission vérité au niveau national sont au point mort, en raison d’une absence de volonté politique.

En octobre 2014, le président Joko ‘Jokowi’ Widodo est entré en fonction et s’est engagé à respecter et protéger les droits humains en Indonésie, notamment en prenant en compte les violations commises par le passé dans le pays. En août 2015, dans son discours délivré lors de la Journée d’indépendance, il a annoncé qu’il établirait un mécanisme non judiciaire, un « comité de réconciliation », afin de résoudre toutes les violations des droits humains commises par le passé. Cela engloberait les violations de 1965-66. Dans son discours, le président Joko Widodo a également déclaré que la « réconciliation nationale » était nécessaire, pour que les générations futures ne portent pas le fardeau de l’histoire. Les victimes et les ONG craignent que ce processus n’accorde la priorité à la réconciliation, au détriment de la vérité et de la justice.

L’incapacité à faire face aux violations de 1965-66 pointe du doigt une culture générale de l’impunité en Indonésie. Le gouvernement indonésien n’a pas non plus apporté vérité, justice et réparations pour les graves atteintes aux droits humains commises par le passé, notamment en Aceh, au Timor-Leste (alors Timor oriental), en Papouasie et durant les émeutes de mai 1998.

Le 23 septembre 2015, Amnesty International et TAPOL ont organisé au Royaume-Uni un événement public sur le thème « Se souvenir des oubliés », afin de commémorer le 50e anniversaire des violences de 1965.

Amnesty International lance d’autres initiatives au cours des prochaines semaines dans d’autres pays, en vue de demander aux autorités indonésiennes de s’acquitter de leurs obligations et de garantir aux victimes de 1965 les droits à la vérité, à la justice et à des réparations.

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