Communiqué de presse

Indonésie. Il faut mettre fin aux attaques visant la communauté chiite dans la province de Java-Est

Amnesty International exhorte les autorités indonésiennes à veiller à ce que toutes les personnes impliquées dans les violences répétées visant la communauté chiite dans la province de Java-Est soient tenues de rendre des comptes et que des mesures soient prises sans délai pour protéger les habitants déplacés et prévenir de futures attaques. La dernière, le 26 août, qui a fait au moins un mort, témoigne de l’incapacité du gouvernement indonésien à protéger les minorités religieuses contre les actes d’intimidation et les agressions et à traduire en justice les responsables présumés.

Dans la matinée du 26 août, une foule hostile aux chiites d’environ 500 personnes, armées d’objets tranchants et de pierres, s’en est pris à des habitants chiites du village de Nangkrenang, dans le district de Sampang, sur l’île de Madura. Muhammad Hasyim a été tailladé à mort, tandis que Muhammad Thohir a été poignardé et se trouve dans un état critique. Des dizaines d’autres personnes ont été blessées par les pierres lancées par la foule. Au moins quatre d’entre elles, grièvement blessées, reçoivent des soins à l’hôpital de Sampang. La foule a également mis le feu à 35 maisons appartenant à des chiites. Beaucoup ont fui le village et se cachent. D’autres ont été évacués vers un abri provisoire dans un complexe sportif à Sampang.

Amnesty International a appris avec satisfaction que le président a appelé de ses vœux des mesures décisives en réaction à cet événement et que la police de Sampang a arrêté au moins huit personnes qui seraient impliquées. Cependant, l’incapacité des autorités indonésiennes à gérer comme il se doit les précédentes attaques contre la communauté chiite soulève de sérieux doutes quant à leur volonté de traduire en justice les auteurs présumés de l’attaque de Sampang, d’accorder des réparations aux victimes et d’empêcher d’autres attaques contre des groupes minoritaires.

La communauté chiite de l’île de Madura a déjà subi des actes d’intimidation et des attaques. Le 29 décembre 2011, une foule a incendié un lieu de culte, un pensionnat et plusieurs maisons aux alentours. Les agents des forces de sécurité ont assisté à la flambée de violence et l’ont filmée. Seule une personne a finalement été inculpée et condamnée à trois mois de prison pour ces faits.

À la suite de cet épisode violent, Tajul Muluk, dignitaire chiite membre de la communauté, a été condamné à une peine de deux ans de prison pour blasphème. Amnesty International estime que Tajul Muluk est un prisonnier d’opinion, incarcéré uniquement pour avoir exercé de manière pacifique son droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion.

Enfin, Amnesty International invite les autorités indonésiennes à enquêter sur les informations selon lesquelles la police locale du sous-district d’Omben avait eu connaissance des menaces pesant sur la communauté chiite, mais n’avait pas pris les mesures nécessaires pour empêcher l’attaque contre le village de Nangkrenang, s’abstenant notamment de mobiliser le nombre de policiers requis. Selon la Commission nationale des droits humains Komnas HAM, seuls cinq policiers se trouvaient sur les lieux. En tant que partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), l’Indonésie est tenue de garantir le droit à la vie, le droit à la sécurité et le droit de ne pas être soumis à la torture ni à d’autres mauvais traitements. Aux termes de l’article 2(1) du PIDCP, cette protection doit être assurée sans distinction aucune, y compris de religion.

Amnesty International continue de recevoir des informations faisant état d’agressions et d’actes d’intimidation contre les minorités religieuses en Indonésie, notamment contre les communautés chiite, ahmadiyya et chrétienne. De nombreux habitants ont dû fuir en raison des attaques, et notamment des incendies, et les auteurs sont bien souvent restés impunis. Il est grand temps que l’Indonésie mette au point une stratégie concrète afin de prévenir les violences motivées par la religion et d’y apporter une réponse adéquate. Elles doivent entre autres renforcer le respect de la liberté de religion et la tolérance religieuse, qui se sont nettement dégradées ces dernières années.

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