INDONÉSIE : L’expulsion de deux membres de l’ICG traduit des atteintes croissantes à la liberté d’expression

Index AI : ASA 21/019/2004
ÉFAI

Jeudi 3 juin 2004

DÉCLARATION PUBLIQUE

« La décision d’expulser cette semaine deux membres étrangers de
l’International Crisis Group (ICG) [une organisation internationale
indépendante basée à Bruxelles] est la dernière d’une série de mesures
prises par le gouvernement indonésien afin de restreindre la liberté
d’information sur les questions concernant la politique, la sécurité et la
situation des droits humains », a déclaré Amnesty International.

Les deux membres de l’ICG ont reçu l’ordre de quitter l’Indonésie pour avoir
enfreint les conditions imposées par leur permis de travail. Mais il semble
que leur expulsion soit la conséquence de plaintes formulées par le chef de
l’Agence nationale de renseignement (BIN, services secrets) et le ministre
des Affaires étrangères selon lesquelles les rapports de l’ICG font preuve
de partialité et menacent la sécurité nationale.

Amnesty International estime que cette décision constitue une atteinte grave
à la liberté d’expression en Indonésie et au droit à l’information du
public.

Le chef de l’Agence nationale de renseignement, le général Hendropriyono, a
indiqué que 19 autres organisations non gouvernementales (ONG) sont sous
surveillance, car elles représenteraient aussi d’après lui une menace pour
la sécurité nationale. Seule jusqu’à présent l’ONG Institute for Policy
Research and Advocacy (ELSAM) de Jakarta a été nommément désignée.

« Cette approche répressive combinée à un manque total de transparence
paraît calculée pour répandre un sentiment de peur parmi les ONG nationales
et internationales », a encore déclaré Amnesty International. « Ces méthodes
étaient caractéristiques de l’époque de l’ancien président Suharto qui
dirigeait le pays d’une main de fer. Il est choquant de les voir employées
au moment où l’Indonésie prétend être sur le chemin de réformes
démocratiques. »

Ces événements confirment l’augmentation inquiétante d’actes de harcèlement
et d’intimidation visant un nombre croissant d’ONG, de militants politiques
et de journalistes en Indonésie.

En 2003, au moins 30 prisonniers d’opinion ont été condamnés à des peines
d’emprisonnement. On compte parmi eux des militants qui ont protesté
pacifiquement contre la politique gouvernementale et des rédacteurs en chef
de journaux qui ont publié des articles jugés insultant à l’égard des
dirigeants politiques.

La diffusion d’informations sur les atteintes aux droits humains est
particulièrement délicate, spécialement en ce qui concerne la Papouasie et
le district spécial de l’Aceh où le gouvernement mène des opérations
anti-insurectionnelles contre les groupes de l’opposition armée.

En Aceh, il y a dans les faits une interdiction de tout travail
d’information indépendant et de tout suivi de la situation des droits
humains depuis la loi martiale décrétée en mai 2003. Les organisations qui
ont critiqué les opérations militaires ou publié des informations sur les
atteintes graves aux droits humains dans cette région ont été accusées de
manque d’objectivité. Ailleurs, des membres d’ONG qui avaient accusé la
police ou l’armée de violations des droits humains ont été poursuivis pour
diffamation.

« Si on ne réagit pas face à cette situation, l’érosion continue des
avancées péniblement réalisées depuis l’époque post-Suharto, notamment une
plus grande liberté d’expression, va porter atteinte au droit à
l’information du peuple indonésien et à son droit de participer pleinement
au développement du pays », a conclu Amnesty International.

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