Indonésie : nécessité d’une enquête sur les atrocités commises en 1965

Les documents rendus publics récemment par le gouvernement américain à propos de massacres perpétrés en Indonésie en 1965 donnent à l’Indonésie une nouvelle chance de faire la lumière sur les atrocités qui, pendant des décennies, ont été ignorées par les autorités.

Le 17 octobre 2017, à la demande de la National Security Archive de l’Université George Washington, le gouvernement américain a rendu publics 39 documents déclassifiés de 30 000 pages au total de l’ambassade américaine à Djakarta.

« Ces documents démontrent qu’il est essentiel que les autorités indonésiennes trouvent un moyen de veiller à ce que la vérité soit établie et que les victimes obtiennent justice et des réparations adaptées et efficaces, conformément aux obligations internationales de l’Indonésie, à la suite de la publication des documents déclassifiés », a déclaré Usman Hamid, directeur d’Amnesty International Indonésie.

Amnesty International Indonésie demande aux autorités indonésiennes de redoubler d’efforts pour révéler la vérité sur ces atrocités afin d’amener les responsables présumés à rendre des comptes et de rendre justice aux survivants et leur famille.

Ces documents secrets sont des télégrammes diplomatiques envoyés de l’ambassade américaine à Djakarta au ministre américain des Affaires étrangères et signalant des violations systématiques des droits humains commises pendant les événements de 1965.

Par exemple, un télégramme daté du 28 décembre 1965 indique que des personnes accusées de faire partie du Parti communiste indonésien (PKI) aujourd’hui dissous étaient conduites vers un lieu inconnu où elles étaient massacrées et enterrées.

Un autre télégramme de décembre 1965 indique par ailleurs que l’armée indonésienne a confié l’exécution de 10 à 15 prisonniers à des civils.

On ignore comment les autorités indonésiennes utiliseront ces informations pour faire la lumière sur les massacres de 1965 et rendre justice ou fournir des réparations aux survivants.

« Nous demandons instamment aux institutions de l’État, notamment à l’armée indonésienne (TNI), qui est évoquée à de nombreuses reprises dans les archives, de respecter le droit à la liberté d’information et de rendre leurs propres archives publiques. Elles doivent également respecter le droit à la liberté d’expression afin que les survivants, leurs proches, des universitaires et la société civile puissent discuter ouvertement des événements de 1965 », a déclaré Usman Hamid.

« Nous demandons également à la Commission nationale des droits humains (Komnas HAM) de profiter de cette occasion pour continuer l’enquête sur les violations des droits humains commises en 1965 ».

Pendant trois ans, la Komnas HAM a mené une enquête sur les violations des droits humains commises en 1965. Elle a clos cette enquête en juillet 2012 et a affirmé que les éléments découverts correspondent à de graves violations des droits humains, notamment des crimes contre l’humanité, telles que définies par la Loi n° 26/2000 sur les tribunaux des droits humains. À ce jour, cependant, rien n’indique que les autorités aient décidé d’ouvrir une information judiciaire. Parallèlement, les initiatives visant à établir la commission vérité au niveau national sont au point mort, en raison d’une absence de volonté politique.

Amnesty International recueille depuis 1966 des informations sur les violations des droits humains commises dans le cadre des événements de 1965. Les archives des recherches de l’organisation sont disponibles à l’adresse www.indonesia1965.org.

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