Indonésie. Les accusations de blasphème retenues contre un responsable chiite doivent être abandonnées

Les autorités indonésiennes doivent abandonner les poursuites pour blasphème engagées contre Tajul Muluk, dignitaire musulman chiite de la province de Java-Est. Amnesty International estime que ces charges ont été retenues contre lui pour le seul fait d’avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté de pensée, d’opinion et de religion.

Tajul Muluk est un prisonnier d’opinion et doit par conséquent être libéré immédiatement et sans condition.

Tajul Muluk ainsi que plus de 300 musulmans chiites avaient été déplacés le 29 décembre 2011 du village de Nangkrenang, dans le district de Sampang (île de Madura), après que des maisons, un internat et un lieu de culte chiite eurent été attaqués et incendiés par une foule d’environ 500 personnes hostiles aux chiites. La police du sous-district d’Omben connaissait à l’avance le moment de l’attaque mais n’avait pas pris les mesures nécessaires pour l’empêcher ou protéger les villageois. À ce jour, seule une personne a été poursuivie pour ces agissements.

Si la plupart des musulmans chiites déplacés sont ensuite retournés à Nangkrenang, Tajul Muluk et environ 20 autres villageois, dont la famille du dignitaire, ont été empêchés de se rendre au village par des personnes ayant participé au saccage, qui auraient menacé de les tuer, et par la police.
Le 1er janvier 2012, la branche de Sampang du Conseil des oulémas d’Indonésie (MUI) a prononcé une fatwa (décret religieux) contre « les enseignements déviants » dispensés par Tajul Muluk ; deux jours plus tard, une plainte a été déposée contre lui auprès de la police. Le 16 mars 2012, la police régionale de Java-Est a inculpé Tajul Muluk de blasphème au titre de l’article 156-a du Code pénal indonésien, et d’« actes offensants » aux termes de l’article 335 de ce même texte.

Tajul Muluk est actuellement incarcéré à la prison de Sampang en attendant l’ouverture de son procès. Ses avocats craignent qu’il ne puisse être équitablement jugé à Sampang, en raison de la forte présence de groupes anti-chiites dans la région. Ils demandent donc que son procès soit transféré à Surabaya, la capitale de la province.

Le fait de poursuivre Tajul Muluk uniquement en raison de ses convictions religieuses et pour avoir pratiqué pacifiquement sa religion va à l’encontre des obligations qui incombent à l’Indonésie au titre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). L’article 18 du PIDCP protège le droit de toute personne à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de manifester sa religion ou sa conviction par le culte, les pratiques et l’enseignement. De plus, l’article 27 de ce traité dispose que les personnes appartenant à des minorités ethniques ne peuvent être privées du droit de professer et de pratiquer leur propre religion en commun avec les autres membres de leur groupe.

Le droit à la liberté de religion est également garanti par l’article 28-E de la Constitution indonésienne et par l’article 22 de la loi n° 39/1999 relative aux droits humains.

Amnesty International a reçu des informations crédibles selon lesquelles, depuis l’attaque de fin 2011, les habitants chiites de Sampang continuent de faire l’objet d’actes d’intimidation et de menaces de la part de personnes voulant les contraindre de renoncer à leurs croyances.

La police indonésienne doit veiller à ce que la communauté chiite bénéficie d’une protection adéquate et à ce qu’une enquête indépendante, impartiale et efficace soit rapidement menée sur toutes les informations faisant état de violences et de menaces à l’encontre des membres de cette communauté. Aux termes du PIDCP, l’Indonésie est tenue de garantir le droit à la vie et à la sécurité, et le droit de ne pas être torturé ni soumis à d’autres formes de mauvais traitements. Cette protection doit être assurée sans discrimination, notamment fondée sur la religion.

Amnesty International demande également aux autorités indonésiennes d’abroger le décret présidentiel n° 1/PNPS/1965 relatif à la prévention du blasphème ou des outrages à l’égard des religions, et l’article 156-a du Code pénal qui découle de ce décret présidentiel.

L’Article 156-a prévoit une peine maximale de cinq ans de prison pour « toute personne qui, d’une façon délibérée et publique, exprime des opinions ou se livre à des activités étant en principe assimilables à des incitations à l’hostilité ou considérées comme blasphématoires ou irrespectueuses à l’égard d’une religion pratiquée en Indonésie ». Cette disposition aux termes vagues permet aux autorités de transformer en infractions des activités pacifiques, y compris des pratiques religieuses.

Ces lois sur le blasphème sont foncièrement incompatibles avec les obligations internationales en matière de droits humains qui incombent à l’Indonésie, en vertu desquelles les libertés d’expression, de pensée, de conscience et de religion ainsi que l’égalité doivent être protégées et respectées.

Ces lois continuent d’être utilisées pour incarcérer des personnes pendant des périodes pouvant aller jusqu’à cinq ans, pour le seul fait d’avoir exercé de manière pacifique leur droit à la liberté d’expression ou leur droit à la liberté de religion. Ces textes servent souvent à cibler des personnes dont la religion, les convictions et les opinions sont minoritaires, et en particulier les personnes qui adhèrent à des interprétations de l’islam qui ne sont pas autorisées par le gouvernement.

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