Iran, Il faut laisser la minorité baha’ie persécutée enterrer ses morts dans la dignité

Iran Baha'is

Les autorités iraniennes interdisent aux baha’is, une minorité persécutée, d’enterrer leurs proches décédés dans des parcelles inoccupées d’un cimetière près de Téhéran qui est utilisé par les baha’is depuis des décennies, insistant pour que cette communauté inhume ses morts entre les tombes existantes de ce cimetière ou sur le site des fosses communes de Kharavan, non loin de là, où sont enterrées des victimes du massacre des prisons de 1988.

Le site des fosses communes de Kharavan, qui contiendrait les restes de plusieurs centaines de victimes des disparitions forcées et des exécutions extrajudiciaires de grande ampleur commises secrètement en 1988, a été passé au bulldozer à plusieurs reprises au cours des dernières décennies et a a pris une importance nationale dans le combat pour la vérité et la justice. En faisant pression sur les familles baha’ies pour qu’elles y enterrent leurs proches décédés, les autorités iraniennes exposent ce site à un nouveau risque de destruction, altèrent des preuves médicolégales essentielles et commettent les crimes contre l’humanité continus que sont les disparitions forcées, la torture et d’autres actes inhumains contre les familles des personnes soumises à des disparitions forcées et tuées en secret.

« Il s’agit de la dernière en date d’une série d’initiatives criminelles prises au fil des ans par les autorités iraniennes pour tenter de détruire les sites des fosses communes contenant les victimes du massacre perpétré en 1988 dans les prisons, dans le but d’éliminer des preuves cruciales de crimes contre l’humanité, privant ainsi de vérité, de justice et de réparations les familles des personnes soumises à des disparitions forcées et à des exécutions extrajudiciaires secrètes », a déclaré Diana Eltahawy, directrice adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International.

« Non contentes de plonger davantage encore dans la souffrance et l’angoisse la minorité baha’ie, déjà persécutée, en la privant de son droit d’offrir à ses proches un enterrement digne et conforme à ses croyances religieuses, les autorités iraniennes détruisent délibérément une scène de crime. »

« Il s’agit de la dernière en date d’une série d’initiatives criminelles prises au fil des ans par les autorités iraniennes pour tenter de détruire les sites des fosses communes contenant les victimes du massacre perpétré en 1988 dans les prisons »

Des familles qui se sont rendues sur le site des fosses communes le 23 avril ont vu huit tombes vides fraîchement creusées et deux nouvelles tombes marquées par une pancarte indiquant le nom des personnes décédées. Les photographies examinées par Amnesty International confirment ces informations et font également apparaître des lignes tracées dans la terre pour marquer l’emplacement de futures tombes. Les familles ont aussi constaté une présence accrue de membres des forces de sécurité et des services de renseignement sur le site ces deux derniers mois.

Amnesty International s’est entretenue avec un groupe baha’i de défense des droits humains et avec des familles de victimes du massacre des prisons de 1988 établies en dehors de l’Iran, qui ont reçu des informations crédibles des personnes qui se sont rendues sur le site le 23 avril ; elle a également examiné des éléments de preuve photographiques. En raison du climat de peur qui prévaut et des représailles exercées par les autorités contre les personnes qui osent s’exprimer, l’organisation n’a pas pu échanger directement avec les familles concernées à l’intérieur de l’Iran.

Les baha’is sont empêchés d’enterrer leurs proches dignement

Le mois dernier, contrairement à la pratique établie, un haut responsable de l’Organisation de Behesht Zahra, un organisme public qui réglemente les enterrements à Téhéran, a interdit aux baha’is d’inhumer leurs proches décédés dans les parcelles inoccupées du cimetière de Golestan Javid, selon l’ONG Baha’i International Community (BIC). Ce responsable a déclaré que dorénavant, les baha’is devraient soit insérer leurs morts entre les tombes existantes du cimetière, soit les enterrer sur le site des fosses communes de Khavaran. Compte tenu du manque d’espace entre les tombes du cimetière de Golestan Javid, les familles ne se voient pas réellement offrir d’autre option que d’inhumer leurs morts sur le site des fosses communes.

La communauté baha’ie s’est fermement opposée aux efforts déployés par les autorités pour la contraindre à profaner le site des fosses communes de Kharavan. Amnesty International a reçu des informations consternantes de l’ONG BIC selon lesquelles des corps attendent dans les morgues, les familles baha’ies refusant d’enterrer leurs proches sur le site des fosses communes.

Au moins une famille baha’ie a signalé qu’en avril, à son insu et sans son consentement, un de ses membres décédé avait été enterré dans une zone abandonnée à l’extérieur du cimetière du Golestan Javid, sans bénéficier des rites et coutumes funéraires bahá’ís, parce que la famille avait refusé de se rendre complice de la destruction des fosses communes de Khavaran.

« La communauté internationale doit faire pression sur les autorités iraniennes, [...] pour qu’elles reconnaissent et traitent Khavaran et d’autres sites de fosses communes à travers l’Iran en tant que scènes de crime »

En vertu du droit iranien, les enterrements ne peuvent avoir lieu qu’avec l’autorisation écrite des organismes officiels, dans des lieux de sépulture et cimetières officiels. Les personnes accusées d’avoir procédé à des enterrements illégaux risquent des poursuites pénales pouvant aboutir à des peines d’emprisonnement et à des amendes.

« La communauté internationale doit faire pression sur les autorités iraniennes, notamment celles de la ville de Téhéran et d’autres villes, ainsi que sur le ministère de l’Intérieur, qui supervise la gestion des lieux de sépulture dans le pays, pour qu’elles reconnaissent et traitent Khavaran et d’autres sites de fosses communes à travers l’Iran en tant que scènes de crime. L’expertise de professionnels de la médecine légale est nécessaire pour procéder à des exhumations et veiller à ce que les preuves soient préservées et les corps correctement identifiés », a déclaré Diana Eltahawy.

« Les autorités iraniennes doivent aussi permettre immédiatement aux membres de la minorité baha’ie de respecter les rituels et coutumes d’enterrement et de deuil correspondant à leurs croyances et mettre fin à leur persécution systématique. »

Depuis des décennies, les minorités religieuses en Iran, y compris les baha’is, ont leurs propres cimetières désignés, les cimetières dédiés à l’inhumation des musulmans ne pouvant prendre en charge leurs différents rituels pour la toilette et l’enterrement des morts. De plus, les autorités de la République islamique considèrent que les membres de ces minorités sont « sales » et ne doivent pas être enterrés aux côtés des musulmans. Les autorités qualifient la zone englobant le cimetière de Golestan Javid et le site des fosses communes de Khavaran de « terre damnée » (la’nat abad). L’ensemble de la zone est géré par l’Organisation de Behesht Zahra.

« Les autorités iraniennes doivent aussi permettre immédiatement aux membres de la minorité baha’ie de respecter les rituels et coutumes d’enterrement »

Ces quarante dernières années, les autorités iraniennes ont profané et démoli à maintes reprises [1] des cimetières baha’is un peu partout dans le pays. À plusieurs reprises, les autorités ont également soumis les corps de membres de la communauté baha’ie à une profanation et à des traitements dégradants, notamment en empêchant leur inhumation ou en les exhumant illégalement et en les transférant dans des zones abandonnées.

En empêchant la minorité baha’ie d’enterrer ses défunts dans la dignité et dans le respect de ses coutumes et rituels religieux, les autorités iraniennes violent l’article 15 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et l’article 27 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, tous deux ratifiés par l’Iran. Cela relève également des traitements cruels, inhumains ou dégradants, interdits par le droit international.

Ces agissements s’inscrivent dans un contexte de violations des droits humains systématiques [2] et généralisées contre des membres de la minorité baha’ie [3] : arrestations et détentions arbitraires, fermetures de commerces, confiscations de biens, interdiction de travailler dans le secteur public, refus d’accès à l’enseignement supérieur et propos haineux dans les médias d’État, notamment.

Une action internationale est nécessaire pour les crimes contre l’humanité commis par l’Iran

Dans un rapport de 2018, Amnesty International a conclu que non seulement les autorités iraniennes avaient commis en 1988 le crime contre l’humanité de meurtre en soumettant des milliers de dissidents et dissidentes politiques à des disparitions forcées et à des exécutions extrajudiciaires, mais aussi qu’elles commettaient les crimes continus contre l’humanité de disparition forcée, de persécution, de torture et d’autres actes inhumains, notamment en continuant à dissimuler le sort réservé aux victimes et le lieu où elles se trouvaient.

Étant donné le climat d’impunité systématique qui prévaut en Iran, Amnesty International appelle à nouveau les États membres du Conseil des droits de l’homme des Nations unies à mettre en place de toute urgence un mécanisme de collecte et d’analyse des preuves de violations des droits humains et de crimes passés et actuels, y compris des preuves liées au massacre des prisons de 1988, afin que des poursuites puissent être engagées contre les responsables présumés et que les victimes puissent obtenir justice et bénéficier de réparations, ce qu’elles attendent depuis trop longtemps.

« Plus de 33 ans après, ces crimes contre l’humanité restent une plaie béante en Iran, sur fond de crise d’impunité systématique. Ceux contre qui il existe des preuves d’implication directe dans ces crimes sont toujours aux premières loges du pouvoir. Parmi eux figurent les actuels responsable du pouvoir judiciaire et ministre de la Justice, qui jouent un rôle essentiel dans l’exercice de la justice », a déclaré Diana Eltahawy.

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