Iran. Il faut mettre un terme aux nouvelles effusions de sang


COMMUNIQUÉ DE PRESSE

ÉFAI -
28 décembre 2009

Amnesty International a condamné ce lundi 28 décembre 2009 les nouvelles effusions de sang, ayant fait entre 8 et 15 victimes qui auraient tout à fait pu être évitées, durant les commémorations religieuses de l’Achoura en Iran.

L’organisation a demandé aux autorités iraniennes de veiller à ce que les personnes assistant aux funérailles et aux commémorations dans les jours et les semaines qui viennent puissent exercer leur droit de se réunir pacifiquement et d’exprimer leur opposition au gouvernement en place.

« La spirale de la violence s’accentue en Iran et la force excessive utilisée par les forces de sécurité semble rencontrer une résistance sans précédent de la part des manifestants, a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

Lors des manifestations du 27 décembre 2009, le maintien de l’ordre a été confié aux bassidji, des miliciens volontaires en civil rattachés au corps des Gardiens de la révolution, ainsi qu’aux unités spéciales de la police. Durant les troubles qui ont suivi l’élection présidentielle de juin, les bassidji avaient fait usage d’armes à feu.

« Les victimes des commémorations de l’Achoura auraient pu être évitées et il faut faire immédiatement barrage au glissement vers de nouvelles effusions de sang », a indiqué Hassiba Hadj Sahraoui.

Amnesty International n’a pu entrer en contact qu’avec des personnes du centre de Téhéran. Elles ont parlé d’affrontements ayant duré toute la journée, depuis la place Vali Asr, les ponts College et Hafez – du haut desquels les agents de la sécurité ont jeté des pierres sur les véhicules en contrebas – et la place de la Révolution (Meydan-e Enghlab), jusqu’à la rue Mir Damad, en proie à des heurts très tard dans la soirée, tandis que des quartiers de la ville étaient envahis par la fumée des gaz lacrymogènes.

Les funérailles de Seyed Ali Mousavi, trente-cinq ans, neveu du dirigeant politique Mir Hossein Mousavi qui s’était présenté à l’élection présidentielle, est prévu ces prochains jours, à l’instar d’autres obsèques.

L’Iran est tenu de respecter les traités internationaux relatifs aux droits humains, tels que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), qui garantissent le droit à la liberté de réunion pacifique et d’expression.

« En dépit des demandes d’Amnesty International, entre autres, les autorités ont singulièrement omis, dans de nombreux lieux, de respecter les droits des Iraniens commémorant l’Achoura de se réunir pacifiquement et de s’exprimer, même pour s’opposer au gouvernement. Nous déplorons la recrudescence des violences et les nouvelles victimes, qui auraient pu être évitées, a poursuivi Hassiba Hadj Sahraoui .

« Le Guide suprême et le gouvernement doivent ordonner à la police de ne plus recourir à la force, tandis que les responsables des Gardiens de la révolution ne doivent plus faire appel aux bassidji pour maintenir l’ordre lors des manifestations, puisqu’à maintes reprises leurs agissements ont en fait accentué les affrontements, entraînant des pertes en vies humaines. »

Amnesty International a une nouvelle fois exhorté les autorités à inviter en Iran des experts indépendants spécialisés dans les droits humains, de l’ONU notamment, afin de mener des enquêtes indépendantes sur les atteintes aux droits humains commises dans le pays.


« Les enquêtes publiées jusqu’à présent par les autorités iraniennes s’avèrent peu claires et opaques et, surtout, la plupart des Iraniens ne les jugent pas crédibles »
, a expliqué Hassiba Hadj Sahraoui.

En outre, Amnesty International a fait part de ses inquiétudes concernant des arrestations qui auraient eu lieu le 28 décembre 2009. Selon certaines informations, un dirigeant politique a une nouvelle fois été interpellé, ainsi que trois conseillers de Mir Hossein Mousavi et un dignitaire religieux, l’ayatollah Mousavi Tabrizi.

Un militant des droits humains, Emadeddin Baghi, a été arrêté à 6h45, semble-t-il par quatre hommes armés, en civil, qui auraient pénétré de force dans sa résidence. Un ressortissant syrien, correspondant de Dubai TV, aurait disparu sans laisser de traces dans la journée du 27 décembre.

Amnesty International considère Emadeddin Baghi et Ebrahim Yazdi comme des prisonniers d’opinion.

Complément d’information

Les événements de l’Achoura sont les pires depuis ceux qui ont suivi l’élection présidentielle de juin 2009. Depuis lors, les réseaux de téléphonie mobile et les services d’Internet sont loin de fonctionner correctement.

L’Achoura est une célébration religieuse très importante pour les chiites. Une procession a lieu le 10e jour du mois de Moharram (1er mois de l’année musulmane) et commémore le martyre de Hossein, petit-fils du Prophète Mahomet et important responsable religieux et communautaire.

Le 27 décembre 2009, vers 21 h TU, le chef-adjoint des forces de police du Grand Téhéran, Ahmad Reza Radan, avait admis la mort de quatre personnes à Téhéran et l’arrestation de 300 personnes.

Selon sa déclaration, une des victimes a été tuée en tombant d’un pont, deux autres dans un accident de voiture et un homme – dont l’identité n’a pas été révélée – a été tué par balle. De l’avis général, il faisait alors référence au neveu de Mir Hossein Mousavi.

Le chef-adjoint de la police iranienne Ahmad Reza Radan a qualifié cette mort de suspecte, car la police n’était pas équipée d’armes à feu. Toutefois, au cours des troubles qui ont secoué l’Iran en juin et juillet 2009, seuls les bassidji et les Gardiens de la révolution auraient été armés.

D’après les autorités, certaines des personnes arrêtées seraient membres de l’Organisation iranienne des moudjahidin du peuple (OIMP), interdite depuis le début des années 1980.

Le média Jonbesh-e Rah-e Sabz (JARAS) a publié cinq noms de personnes qui auraient été tuées lors de la célébration de l’Achoura : Mehdi Farhadinia, Mohammad Ali Rasekhinia, Amir Arshadi, Shahram Faraji et Seyed Ali Mousavi, qui serait le neveu de Mir Hossein Mousavi, l’un des candidats à l’élection présidentielle du mois de juin. Amnesty International n’est pas en mesure de confirmer ces informations.

Des heurts entre les forces de sécurité et des milliers de personnes commémorant ce qui, pour les musulmans chiites, correspond au martyre de l’imam Hossein le 10e (Achoura) jour du mois de Moharram ont été signalés à Tabriz, Babol et Meched dans le nord du pays, à Téhéran, Qom, Najaf Abad et Ispahan dans le centre, et à Chiraz dans le sud.

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