Iran : Nombreuses fosses communes délibérément profanées et détruites

De nouveaux éléments de preuve incluant des analyses d’images satellites, de photos et de vidéos montrent que les autorités iraniennes détruisent délibérément des sites présumés ou avérés de fosses communes liées au massacre de 1988, au cours duquel des milliers de prisonniers incarcérés pour des motifs politiques ont été soumis à une disparition forcée et exécutés de façon extrajudiciaire, selon le rapport publié le 30 avril par Amnesty International et Justice for Iran.

Ce rapport, intitulé Criminal cover-up : Iran destroying mass graves of victims of 1988 killings, révèle que les autorités iraniennes procèdent à des travaux de terrassage, construisent des immeubles et des routes [1], déposent des ordures et établissent de nouvelles concessions funéraires sur les sites de fosses communes. En procédant de la sorte, elles détruisent des éléments de preuve cruciaux qui pourraient être utilisés pour établir la vérité au sujet de l’ampleur des crimes commis et pour permettre aux victimes et à leurs proches d’obtenir justice ainsi que des réparations. Ces sites sont constamment surveillés par des services de sécurité, ce qui incite à penser que des organes judiciaires, des services de renseignement et des services de sécurité sont impliqués dans les processus décisionnels liés à leur profanation et à leur destruction.

« Les atrocités commises en Iran lors du massacre de 1988 ont ouvert une plaie qui ne s’est jamais refermée. En détruisant ces éléments de preuve médicolégaux d’une importance cruciale, les autorités iraniennes renforcent délibérément un climat d’impunité », a déclaré Philip Luther, directeur des recherches et des actions de plaidoyer du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International.

« Il s’agit de scènes d’infraction qui doivent être protégées en tant que telles jusqu’à ce que des enquêtes médicolégales indépendantes et dignes de ce nom soient menées en vue d’identifier les restes des victimes et de déterminer les circonstances de leur mort  », a déclaré Shadi Sadr, directrice de Justice for Iran.

Sur l’un de ces sites, situé à Tabriz, ville du nord du pays, les autorités ont coulé du béton sur plus de la moitié de la surface de la zone où l’on soupçonne que se trouve une fosse commune. Des images satellites obtenues par Amnesty International et Justice for Iran montrent que d’énormes changements ont eu lieu dans cette zone entre juin 2016 et septembre 2017.

Autre exemple scandaleux : dans la ville de Qorveh, dans la province du Kurdistan, les autorités ont détruit au bulldozer des pierres tombales et d’autres signes commémoratifs déposés par des proches des victimes en juillet 2016, prétextant que cette zone avait été affectée à un usage « agricole ».

Depuis près de trente ans, les autorités iraniennes dissimulent de façon persistante le sort qui a été réservé aux victimes, et ne révèlent pas où se trouvent leurs corps. Il s’agit là de disparitions forcées, cette pratique constituant un crime au regard du droit international.

On ignore toujours aujourd’hui combien de prisonniers ont été exécutés de façon extrajudiciaire en 1988, même si les estimations minimales font état de 4 000 à 5 000 victimes. Aucun haut responsable iranien n’a fait l’objet d’une enquête ou de poursuites judiciaires, et certains des responsables présumés continuent d’occuper des fonctions politiques ou de jouir d’une position influente au sein du système judiciaire.

Les autorités ont interdit à des familles de tenir des rassemblements pour commémorer la mémoire des disparus ou de déposer des fleurs ou des messages commémoratifs sur les fosses communes, alors qu’il s’agit là de coutumes et de rites funéraires importants en Iran. Des proches de victimes ont en outre été poursuivis en justice et emprisonnés pour avoir cherché à obtenir vérité et justice.

«  Cela fait trente ans que cet impitoyable massacre a eu lieu ; il est grand temps que les autorités prennent de véritables mesures pour révéler, et non dissimuler, la vérité. On ne peut pas tout simplement effacer le souvenir des personnes qui ont été tuées, ni l’ensevelir sous une dalle de béton », a déclaré Philip Luther.

« Ces crimes abominables doivent faire l’objet de véritables enquêtes et tous ceux qui ont commis, ordonné ou dissimulé ces crimes doivent être déférés à la justice dans le cadre de procès équitable et sans recours à la peine de mort  », a déclaré Shadi Sadr. Justice for Iran estime qu’il existe plus de 120 sites à travers l’Iran qui contiennent les restes des victimes du massacre de 1988.

Le rapport fait état de sept sites présumés ou confirmés de fosses communes menacés de destruction entre 2003 et 2017. Ils sont situés à l’intérieur ou aux abords du cimetière de Behesht Reza à Mashhad, dans la province du Khorasan Razavi ; du cimetière de Behesht Abad à Ahvaz, dans la province du Khuzestan ; du cimetière de Vadieh Rahmat à Tabriz, dans la province de l’Azerbaïdjan oriental ; du cimetière de Golestan Javid à Khavaran ; du cimetière de Tazeh Abad à Rasht, dans la province de Gilan ; du cimetière baha’i de Qorveh, dans la province du Kurdistan ; et dans l’ancienne enceinte du tribunal révolutionnaire de Sanandaj, dans la province du Kurdistan.

Complément d’information

Le massacre de 1988 a commencé peu après la fin de la guerre entre l’Iran et l’Irak et l’incursion armée menée sans succès en juillet, cette année-là, par l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (OMPI), alors basée en Irak. Des personnes de tout le pays incarcérées pour des motifs politiques étaient détenues au secret. En août et en septembre, des informations ont circulé signalant que des prisonniers étaient exécutés en groupe et enterrés dans des fosses communes anonymes. Des proches désemparés ont recherché dans les cimetières des environs des traces de tombes récemment creusées. On ignore aujourd’hui encore ce qu’il est advenu de la plupart des victimes, et où se trouvent leurs corps.

À partir de la fin de l’année 1988, les autorités ont indiqué verbalement aux familles de victimes que leurs proches avait été tués, sans fournir d’information sur les circonstances de leur mort. Les corps n’ont pas été rendus aux familles et les autorités n’ont pas révélé où se trouvaient la plupart des sites d’inhumation.

La plupart des détenus exécutés de façon extrajudiciaire purgeaient de lourdes peines d’emprisonnement, infligées souvent en raison de leur dissidence pacifique, notamment pour des activités telles que la distribution de journaux et de brochures, la participation à des manifestations contre le gouvernement, et une affiliation supposée ou avérée à divers groupes de l’opposition politique. Certaines de ces personnes libérées plusieurs années auparavant ont été de nouveau arrêtées au cours des semaines qui ont précédé le massacre. D’autres avaient fini de purger leur peine mais n’avaient pas été libérées parce qu’elles avaient refusé de faire une déclaration de « repentir ».

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