Communiqué de presse

Iran. Une vague d’arrestations vise les militants arabes ahwazis

Les organes de renseignement et de sécurité iraniens ont rassemblé et arrêté des dizaines d’Arabes ahwazis, dont plusieurs mineurs, dans le cadre de ce qui semble constituer une répression croissante dans la province iranienne du Khuzestan, ont déclaré Amnesty International et Human Rights Watch mercredi 29 avril.

Selon des militants et des proches des personnes arrêtées, de nombreuses arrestations ont eu lieu à l’approche du 10e anniversaire de manifestations antigouvernementales de masse qui se sont emparées de cette province majoritairement arabe en avril 2005. Des membres de la famille de militants ont affirmé que les arrestations ont été effectuées sans mandat par des groupes d’hommes masqués affiliés aux organes de sécurité et de renseignement iraniens, généralement à la suite de descentes au domicile de militants arabes ahwazis tard le soir ou tôt le matin. Les organisations de défense des droits humains ont fait part de leur inquiétude que des personnes aient pu être arrêtées simplement en raison de leurs opinions politiques présumées, pour avoir exprimé leur opposition de manière non violente ou pour avoir ouvertement affiché leur identité et culture arabe.

« L’ampleur des arrestations de militants arabes ahwazis ayant eu lieu ces dernières semaines est alarmante », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Au lieu de recourir à des arrestations arbitraires, les autorités iraniennes doivent relâcher les personnes incarcérées pour avoir manifesté ou pour s’être exprimées de manière pacifique, et inculper les autres d’une infraction dûment reconnue par la loi et garantir qu’ils bénéficient d’un procès équitable, ou les relâcher. »

Les organisations ont souligné que les autorités doivent fournir des informations sur le sort réservé à l’ensemble des détenus, ainsi que sur l’endroit où ils se trouvent et sur leur situation au regard de la loi.

Des militants arabes ahwazis vivant hors d’Iran ont dit à Amnesty International et Human Rights Watch que les forces de sécurité avaient arrêté au moins 78 personnes, et peut-être plus de 100, depuis la mi-mars 2015 dans la ville d’Ahvaz, la capitale de la province du Khuzestan, et dans les villes et villages environnants à la suite de manifestations en grande partie pacifiques. Ils ont ajouté que figurent parmi ceux qui ont été appréhendés des personnes soupçonnées d’avoir joué un rôle important dans la mobilisation ayant débouché sur des actions locales de protestation. Les autorités iraniennes n’ont donné aucune raison pour les arrestations, ni révélé le statut des détenus au regard de la loi ou révélé où ils se trouvent, les exposant à un risque accru de torture et d’autres formes de mauvais traitements, ont déclaré les organisations de défense des droits humains.

Les forces de sécurité ont arrêté Hatam Ebyat, un militant de 35 ans originaire de la ville d’Hamidieh, le 6 avril, après avoir effectué une descente à son domicile à 2 heures du matin, selon Hossein Moayedi, un ami d’Hatam Ebyat résidant hors d’Iran. Depuis, sa famille n’a reçu aucune information concernant l’endroit où il se trouve ni sur son statut au regard de la loi. Hossein Moayedi a déclaré que depuis 2005, les autorités arrêtent Hatam Ebyat chaque année avant l’anniversaire des manifestations d’avril, le plaçant à l’isolement dans un centre de détention du ministère du Renseignement à Ahvaz sans l’autoriser à s’entretenir avec sa famille ni avec son avocat pendant plusieurs semaines. Hossein Moayedi a expliqué que lors d’arrestations précédentes, ses geôliers avaient sauvagement battu et torturé Hatam Ebyat afin de lui arracher des « aveux » sur le fait qu’il entretenait des « liens avec des États étrangers » et avait pris part à des « activités armées », avant de le libérer contre une caution d’un montant élevé.

Selon Hossein Moayedi, Hatam Ebyat dit toujours à ceux qui le soumettent à un interrogatoire qu’il ne soutient pas d’activités armées et ne revendique que les droits garantis aux minorités par la Constitution iranienne. Hatam Ebyat, qui a une boucherie à Hamidieh, s’implique principalement dans l’organisation de l’Aïd et d’autres fêtes religieuses et culturelles, et encourage les jeunes à porter des tenues arabes traditionnelles et à participer à des actions de protestation non violentes contre le gouvernement.

Mustafa Haidari, 17 ans, du quartier de Koi Alawi dans la ville d’Ahvaz, a été arrêté le 7 avril pour avoir semble-t-il joué un rôle dans l’organisation d’une manifestation pacifique visant à commémorer l’anniversaire des événements du 15 avril. Son oncle, Abdulrahman Haidari, qui se trouve hors d’Iran, a dit à Amnesty International qu’il est en contact avec ses parents à Koi Alawi et qu’ils lui ont dit que des dizaines de policiers antiémeutes portant des masques et des uniformes noirs ont fait irruption au domicile familial à 2 heures du matin le 7 avril et ont arrêté l’adolescent. Les hommes ont refusé de présenter un mandat ou de fournir un motif pour son arrestation, a déclaré Abdulrahman Haidari, ajoutant que les autorités n’ont depuis lors donné aucune information sur le sort réservé à Mustafa Haidari, malgré les demandes répétées de la famille en ce sens auprès du service d’information du ministère du Renseignement à Ahvaz.

La famille a ensuite raconté à Abdulrahman Haidari que le même soir des policiers antiémeutes ont également arrêté plusieurs autres hommes du quartier, dont Basem Batrani et Mahmoud Sawari, des voisins de Mustafa Haidari, qui participaient eux aussi à l’organisation d’une action de commémoration.

La dernière série d’arrestations a eu lieu alors que la province était en proie à la colère à la suite de la mort de Younes Asakereh, un vendeur des rues arabe ahwazi qui s’est immolé par le feu le 13 mars 2015 pour protester contre la saisie et la destruction de son étal de fruits par les autorités municipales. Faute d’argent, il n’a pas pu obtenir de soins d’urgence ni être transporté à Téhéran, et il a succombé à ses blessures le 22 mars, a déclaré à Human Rights Watch une source ayant connaissance de son cas. Des manifestants arabes ahwazis sont alors descendus dans la rue en nombre dans la ville de Khorramshahr. Selon certaines informations, les autorités ont harcelé la famille de Younes Asakereh, notamment en retardant la remise du corps à ses proches et en arrêtant brièvement son père et son frère avant son inhumation.

Plusieurs jours avant la mort de Younes Asakereh, une action de protestation a éclaté devant le stade Ghadir d’Ahvaz, après que des Arabes ahwazis, des jeunes gens pour la plupart, ont déployé une banderole affichant le message « Nous sommes tous Younes ! » dans le stade durant un match de football opposant l’équipe saoudienne d’Al Hilal à l’équipe locale, Foolad. La police a alors arrêté plusieurs dizaines d’hommes, les frappant sur le dos et la tête. Les policiers semblent avoir tout particulièrement pris pour cible les hommes portant des vêtements arabes traditionnels.

En sa qualité de partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, l’Iran a l’obligation de respecter le droit à la liberté d’expression (article 19) et de réunion pacifique (article 21). Il est en outre tenu de veiller à ce que les personnes appartenant à des minorités ethniques et linguistiques ne soient pas « privées du droit d’avoir, en commun avec les autres membres de leur groupe, leur propre vie culturelle [...] ou d’employer leur propre langue » (article 27). D’autres garanties similaires sont inscrites dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, notamment dans les articles 2 et 15, qui reconnaissent le droit de participer à la vie culturelle sans discrimination.

De nombreux Arabes - entre 2,5 et 5 millions - vivent dans la province du Khuzestan, où se trouvent une grande partie des réserves de pétrole et de gaz d’Iran. Bien que riche en ressources naturelles, cette province connaît de graves carences socioéconomiques et un niveau de pollution de l’air et de l’eau élevé. Concentrés dans des zones pauvres manquant d’équipements de base à la périphérie des villes, de nombreux Arabes iraniens affirment que le gouvernement opère systématiquement des discriminations à leur égard, en particulier en matière d’emploi, de logement, de représentation politique, et dans l’exercice des droits culturels, civils et politiques. L’impossibilité pour eux d’utiliser leur langue maternelle comme langue d’enseignement à l’école primaire est également source de ressentiment et d’agacement profonds.
« Au lieu d’intensifier la répression, les autorités doivent répondre aux doléances déjà anciennes des Arabes ahwazis sur la privation de leurs droits culturels et les discriminations persistantes », a déclaré Joe Stork, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les arrestations et les détentions arbitraires ne feront pas disparaître les revendications des Arabes ahwazis. »

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