Communiqué de presse

Irlande. La décision de rouvrir le dossier des « hommes cagoulés » est un triomphe de la justice après quatre décennies d’attente

La demande du gouvernement irlandais de rouvrir le dossier de l’arrêt rendu en 1978 par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) dans l’affaire Irlande c. Royaume-Uni constitue un triomphe pour la justice après plus de 40 ans d’attente, a déclaré Amnesty International mardi 2 décembre. Elle fait suite aux révélations d’un documentaire intitulé The Torture Files, diffusé sur une chaîne de la télévision nationale irlandaise en juin dernier, selon lequel le Royaume-Uni n’a pas fourni certaines informations cruciales à la CEDH à l’époque.

En 1978, cette dernière avait estimé que les traitements infligés à 14 individus surnommés « les hommes cagoulés », qui ont été internés en Irlande du Nord en 1971, constituaient des traitements inhumains et dégradants mais pas des actes de torture. Amnesty International – comme, de toute évidence, l’Irlande – considère aujourd’hui que les éléments de preuve dissimulés auraient pu aboutir à la conclusion que ces hommes avaient été torturés.

Mardi 2 décembre, la Haute Cour d’Irlande devait examiner la requête déposée par ces hommes en vue d’obliger le gouvernement irlandais à se décider à demander à la CEDH de rouvrir le dossier de l’arrêt de 1978. Cependant, un représentant de l’État a annoncé à la Haute Cour que le gouvernement avait déjà décider de demander une réouverture de l’affaire Irlande c. Royaume-Uni.

Colm O’Gorman, directeur exécutif d’Amnesty International Irlande, a déclaré : « Amnesty International salue la décision prise aujourd’hui par le gouvernement irlandais. Nous nous félicitons que l’Irlande aide ces hommes, et les familles de ceux qui sont morts depuis, à faire valoir leur droit à la vérité et la justice pour ce que nous savons maintenant qu’il leur est arrivé en 1971. Le Royaume-Uni n’a pas divulgué à la CEDH ce qu’il savait des terribles souffrances qui leur ont été délibérément infligées avec l’approbation des plus hautes sphères du gouvernement britannique. La décision prise aujourd’hui par l’Irlande soutient courageusement la cause des droits humains et l’interdiction universelle et inconditionnelle de la torture. »

Depuis la Haute Cour, Liam Shannon, l’un des « hommes cagoulés », s’est exprimé en leur nom : « Nous venons d’apprendre la décision de porter l’affaire devant la justice européenne. Nous en sommes absolument ravis. Nous avons attendu 43 ans et nous voulons remercier toutes les personnes ayant joué un rôle, notre équipe juridique et tous les chercheurs qui ont trouvé les informations pertinentes afin que nous puissions engager une action. »

Patrick Corrigan, directeur du programme Irlande du Nord d’Amnesty International, a également déclaré : « Le gouvernement irlandais de l’époque a pris une initiative courageuse et sans précédent en engageant l’action contre le Royaume-Uni en 1971 – celui d’aujourd’hui est resté fidèle à cette quête de justice. L’Irlande doit être félicitée d’avoir joué son rôle dans les efforts visant à amener enfin le Royaume-Uni à rendre des comptes pour ce qu’il a fait à ces hommes dans ces salles d’interrogatoire il y a 43 ans. »

« Nous espérons que le gouvernement britannique va maintenant annoncer sans délai l’ouverture d’une enquête indépendante sur ce qu’a révélé le documentaire de RTÉ. »

« Nous espérons sincèrement que personne n’insinuera que la décision de l’Irlande pourrait nuire au processus de paix en Irlande du Nord. Comme nous l’avons souligné à plusieurs reprises auprès du gouvernement irlandais, il ne peut y avoir de paix solide et durable en Irlande du Nord sans vérité et justice, y compris dans cette affaire. »

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